Bordeaux et alentour : cinq expositions d’art contemporain à découvrir du 10 au 18 novembre – Sud Ouest







Laurent Vo Anh – L’Art Contemporain ou la Danse Macabre des Illusions Perdues


ACTUALITÉ SOURCE : Bordeaux et alentour : cinq expositions d’art contemporain à découvrir du 10 au 18 novembre – Sud Ouest

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! Bordeaux… cette ville où le vin coule plus abondamment que les idées, où les façades du XVIIIe siècle cachent mal l’odeur de moisi des ambitions artistiques avortées. Cinq expositions d’art contemporain, nous dit-on. Cinq occasions de se voiler la face, cinq prétextes à la masturbation intellectuelle collective, cinq jours pour célébrer l’imposture érigée en système. Mais plongeons, voulez-vous, dans cette farce tragique, car l’art contemporain n’est jamais que le miroir brisé de notre époque, et ces cinq expositions, qu’on se le dise, ne sont que les symptômes d’une maladie bien plus profonde, une gangrène qui ronge l’humanité depuis que l’homme a troqué ses instincts contre des concepts.

Commençons par le commencement, car toute analyse digne de ce nom doit s’enraciner dans la boue originelle. L’art, voyez-vous, n’a pas toujours été ce cirque décadent où des saltimbanques en costume de créateur s’autoproclament génies après avoir collé une chaise sur un frigo. Non. L’art fut d’abord un cri, une prière, une tentative désespérée de donner un sens à l’insensé. Lascaux, Altamira… ces grottes où nos ancêtres, accroupis dans l’obscurité, trempaient leurs doigts dans l’ocre pour tracer sur la pierre les contours tremblés de leur terreur et de leur émerveillement. Ils ne signaient pas leurs œuvres, ils ne les vendaient pas aux enchères chez Sotheby’s. Ils peignaient pour conjurer la mort, pour apaiser les dieux, pour dire : « Nous sommes là, et cela nous épouvante. »

Première étape cruciale : l’art comme sacerdoce. Les Égyptiens, ces bureaucrates de l’éternité, érigeaient des temples où chaque hiéroglyphe était une incantation, chaque statue un réceptacle pour l’âme des défunts. L’art n’était pas une question de style, mais de survie. Puis vinrent les Grecs, ces obsessionnels de la forme parfaite, qui sculptaient des corps si idéalisés qu’ils en devenaient inhumains. Platon, dans son Phèdre, méprisait déjà les artistes, ces imitateurs d’imitateurs, ces menteurs professionnels. « L’art, disait-il, est un pharmakon, à la fois remède et poison. » Et il avait raison, le vieux barbu. L’art a toujours été une drogue, une manière de s’évader de la réalité tout en la rendant plus supportable.

Deuxième étape : l’art comme pouvoir. Le Moyen Âge, cette longue nuit de mille ans où l’Église tenait les pinceaux et dictait les sujets. Chaque retable était un catéchisme en images, chaque vitrail une leçon de morale. Les artistes ? Des anonymes, des artisans besogneux qui peignaient des Christ en larmes pour rappeler aux paysans que leur misère était une bénédiction. Puis vint la Renaissance, et avec elle, l’individu. Vasari inventa le mythe du génie, et soudain, les artistes signèrent leurs toiles comme des contrats avec l’immortalité. Michel-Ange, ce titan torturé, écrivait des sonnets à ses propres sculptures, convaincu que son talent était un don de Dieu. « Le vrai artiste, disait-il, doit souffrir. » Et souffrir, il savait faire. Regardez son Moïse, ce colosse de marbre aux veines saillantes, comme si la pierre elle-même hurlait de douleur.

Troisième étape : l’art comme révolution. Le XIXe siècle, ce grand bordel où tout explosa. Les impressionnistes, ces rebelles en chapeau melon, sortirent des ateliers pour peindre la lumière crue des gares et des cafés. Monet alignait ses meules de foin comme un fou, obsédé par l’idée que la réalité n’était qu’une illusion d’optique. Puis vinrent les avant-gardes, ces kamikazes de la toile. Picasso, ce minotaure espagnol, réduisait les corps en cubes pour mieux les reconstruire dans le chaos. Duchamp, ce dandy ironique, exposait un urinoir et appelait ça de l’art. « Le ready-made, disait-il, est une façon de dire que tout peut être art, donc rien ne l’est vraiment. » Et il avait raison, le salaud. Il avait vu le futur : un monde où l’art n’était plus qu’un concept, une idée jetable comme un mouchoir en papier.

Quatrième étape : l’art comme marchandise. Le XXe siècle, ce grand supermarché des idées. Warhol, ce pape du pop art, transformait les boîtes de soupe en icônes et les stars en produits de consommation. « Dans le futur, disait-il, tout le monde sera célèbre pendant quinze minutes. » Et nous y sommes, mes amis. Aujourd’hui, l’art est une industrie, une machine à cash où les collectionneurs achètent des parts de génie comme on achète des actions en Bourse. Les musées ? Des temples du capitalisme culturel, où l’on expose des installations à 10 millions d’euros pour faire oublier que le monde brûle.

Cinquième étape : l’art comme thérapie collective. L’art contemporain, ce grand confessionnal laïque où chacun vient déverser ses névroses. On expose des cadavres de vaches dans du formol (Hirst), on invite les gens à marcher sur des bonbons (Gonzalez-Torres), on construit des tours de Lego géantes (Ai Weiwei). Tout est permis, donc rien n’a de sens. L’art n’est plus une quête, mais une thérapie de groupe. « L’art doit déranger », clament les critiques. Mais déranger qui ? Les bourgeois qui paient 50 euros pour entrer dans une galerie et se sentir subversifs ? Les artistes qui jouent les révolutionnaires entre deux vernissages ? Non, l’art contemporain ne dérange plus personne. Il est devenu un produit comme un autre, une distraction pour les riches, un sujet de conversation pour les dîners en ville.

Sixième étape : l’art comme miroir brisé. Aujourd’hui, l’artiste n’est plus un créateur, mais un commentateur. Il commente la société, la politique, l’écologie, comme un journaliste en mal de reconnaissance. Les expositions deviennent des manifestes, des tracts, des cris dans le vide. À Bordeaux, ces cinq expositions dont parle Sud Ouest ne sont que des variations sur ce thème. On y verra des installations « engagées », des performances « dérangeantes », des toiles « conceptuelles ». Mais tout cela n’est que du vent, du bruit, de la fumée. L’art contemporain est un langage sans grammaire, une parole sans voix, un cri étouffé dans l’œuf.

Septième et dernière étape : l’art comme résistance. Car malgré tout, malgré la décadence, malgré l’imposture, il reste une lueur. L’art peut encore être un acte de résistance, une manière de dire non au monde tel qu’il est. Mais pour cela, il faut revenir à l’essentiel : la sincérité. Pas celle des artistes qui pleurnichent sur leur enfance difficile, non. La sincérité du geste, du trait, de la couleur. Celle de Van Gogh, qui se coupait l’oreille pour prouver qu’il existait. Celle de Bacon, qui peignait des papes hurlants dans des cages de verre. Celle de Basquiat, ce gamin des rues qui griffonnait des crânes sur des frigos pour exorciser ses démons.

Mais revenons à Bordeaux, cette ville où l’on célèbre l’art contemporain comme on célèbre un anniversaire d’enfant : avec des ballons et des sourires forcés. Cinq expositions, cinq occasions de se voiler la face. Que verra-t-on ? Des installations « interactives » où le public est invité à participer, comme si l’art était une activité de loisir. Des vidéos « expérimentales » où des gens courent dans des paysages désolés, comme si le désespoir était une nouveauté. Des sculptures « conceptuelles » où des objets du quotidien sont détournés, comme si Duchamp n’avait jamais existé. Tout cela est déjà vu, déjà digéré, déjà oublié. L’art contemporain est un serpent qui se mord la queue, un cercle vicieux où l’on recycle des idées mortes pour faire croire qu’elles sont neuves.

Et le langage dans tout ça ? Ah, le langage… Parlons-en, de ce cancer qui ronge l’art depuis que les critiques ont décidé que tout devait être expliqué, justifié, théorisé. L’art contemporain est un royaume de mots creux, de concepts fumeux, de jargon prétentieux. On ne parle plus de « peinture », mais d’ »expérience immersive ». On ne dit plus « sculpture », mais « dispositif spatial ». On ne crée plus, on « problématise ». Les artistes écrivent des textes abscons pour accompagner leurs œuvres, comme si une toile avait besoin d’un mode d’emploi. Mais le pire, c’est que le public marche. Il lit ces élucubrations, hoche la tête, fait semblant de comprendre. L’art contemporain est devenu une religion où les critiques sont les prêtres, les galeries les églises, et les collectionneurs les fidèles. Et comme toute religion, elle a ses dogmes, ses hérétiques, ses excommunications.

Analyse comportementaliste, maintenant. Pourquoi allons-nous voir ces expositions ? Pourquoi payons-nous pour entrer dans ces temples de l’ennui ? Parce que nous avons peur du vide, peur du silence, peur de nous-mêmes. L’art contemporain est une distraction, une manière de fuir la réalité. Nous allons dans les galeries comme nous allons au cinéma : pour oublier. Nous regardons des installations vides, des vidéos sans queue ni tête, des sculptures incompréhensibles, et nous faisons semblant d’être émus. Nous applaudissons, nous sourions, nous disons « c’est génial » même quand nous n’y comprenons rien. Parce que l’art contemporain n’est pas fait pour être compris, il est fait pour être consommé. Comme un fast-food culturel, vite avalé, vite oublié.

Mais il y a une résistance, une lueur d’humanité dans ce désert. Certains artistes refusent le jeu, refusent les règles. Ils créent par nécessité, par obsession, par folie. Ils ne cherchent pas la reconnaissance, ils cherchent la vérité. Et la vérité, mes amis, est une chose rare et précieuse. Elle ne se trouve pas dans les galeries branchées de Bordeaux, elle se trouve dans les ateliers sordides, dans les caves humides, dans les esprits tourmentés. Elle se trouve dans le geste pur, dans le trait brut, dans la couleur qui hurle. Elle se trouve dans l’art qui dérange vraiment, pas celui qui fait semblant.

Alors, que faire de ces cinq expositions bordelaises ? Les ignorer ? Les boycotter ? Non. Allez-y, mais allez-y les yeux ouverts. Regardez ces installations, ces vidéos, ces sculptures, et demandez-vous : « Est-ce que cela me touche ? Est-ce que cela me parle ? Est-ce que cela a un sens, ou est-ce que c’est juste du vent ? » Et si la réponse est « non », alors sortez. Sortez et allez voir le monde. Allez voir les visages des gens dans la rue, les murs tagués, les affiches déchirées. Allez voir la beauté là où elle se cache, pas là où on vous dit qu’elle est. L’art n’est pas dans les galeries, il est partout. Il est dans le regard d’un enfant, dans le rire d’une vieille femme, dans le graffiti sur un mur de banlieue. Il est dans la vie, pas dans les musées.

Et maintenant, pour finir, un poème. Parce que malgré tout, malgré la décadence, malgré l’imposture, il reste la poésie. La vraie. Celle qui brûle, qui déchire, qui hurle.

Les Expositions

Bordeaux, ville des vins et des mensonges,
Où l’art se vend comme un fromage de chèvre,
Cinq temples du néant, cinq cages à illusions,
Où les singes en costard font des grimaces d’artistes.

Ils exposent des riens, des vides bien encadrés,
Des concepts en boîte, des idées en conserve,
Des installations pour gens qui n’ont rien à dire,
Des vidéos pour ceux qui n’ont rien à voir.

« C’est génial ! » disent les critiques en mal de copie,
« C’est profond ! » hurlent les snobs en mal de frissons,
« C’est l’avenir ! » prophétisent les marchands de fumée,
Tandis que le monde crève, et que personne ne bronche.

Mais dans l’ombre, loin des projecteurs et des vernissages,
Des fous peignent, des fous sculptent, des fous écrivent,
Des fous qui n’ont pas lu les manuels du bon goût,
Des fous qui créent parce qu’ils ne peuvent pas faire autrement.

Leurs toiles sont des plaies, leurs sculptures des cris,
Leurs mots sont des couteaux qui déchirent le silence,
Ils ne cherchent pas la gloire, ils cherchent la vérité,
Cette putain de vérité qui brûle comme un soleil noir.

Alors allez, allez voir ces cinq expositions,
Mais ne vous y attardez pas, ne vous y perdez pas,
Car l’art n’est pas là, dans ces salles aseptisées,
Il est dans la rue, dans la boue, dans le sang.

Il est dans le regard d’un clochard qui rit aux anges,
Dans la main d’un enfant qui dessine sur un mur,
Dans le silence d’une nuit sans étoiles,
Dans le cœur battant de ceux qui refusent de mourir.

Bordeaux, ville des vins et des mensonges,
Tu n’es qu’un décor, un théâtre d’ombres,
Mais quelque part, dans l’ombre de tes ruelles,
L’art respire encore, et il te survivra.



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