Bilan et chiffres clés de l’environnement – Ministères Aménagement du territoire Transition écologique







Le Penseur Laurent Vo Anh – Analyse des Chiffres Clés de l’Environnement


ACTUALITÉ SOURCE : Bilan et chiffres clés de l’environnement – Ministères Aménagement du territoire Transition écologique

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! Les chiffres, ces petits cadavres administratifs alignés en rang d’oignons sur le papier glacé des rapports ministériels… On nous les jette à la figure comme des hosties empoisonnées, ces statistiques écologiques, ces « bilans » qui sentent la naphtaline et le désespoir bureaucratique. Le ministère de la Transition écologique, quel joli nom pour une machine à broyer les rêves ! Une transition vers quoi, au juste ? Vers l’effondrement en costume trois-pièces ? Vers la fin du monde en PowerPoint, avec graphiques en couleurs et objectifs « SMART » ? Ces chiffres, ces pourcentages, ces courbes qui s’effondrent comme des empires en décomposition, ils ne sont que les symptômes d’une maladie bien plus profonde, d’un cancer métaphysique qui ronge notre époque : l’incapacité radicale à penser au-delà du prochain trimestre boursier.

Regardez-les, ces technocrates en costume gris, alignant leurs colonnes de données comme des soldats en parade. Ils parlent de « décarbonation », de « neutralité carbone », de « croissance verte » – autant de mots creux qui sonnent comme des incantations pour exorciser la réalité. La réalité, c’est que nous sommes en train de scier la branche sur laquelle nous sommes assis, et ces chiffres ne sont que les copeaux qui tombent, témoins silencieux de notre folie collective. « La civilisation est une maladie mortelle de l’animal humain », écrivait Emil Cioran. Ces bilans environnementaux en sont la preuve clinique, le diagnostic implacable d’un médecin qui aurait renoncé à soigner pour se contenter de compter les métastases.

Et que disent ces chiffres, au fond ? Que nous avons transformé la planète en un gigantesque open-space climatisé, où l’air est vicié, l’eau empoisonnée, et les sols stérilisés. Que nous avons créé une économie qui fonctionne comme un cancer, une croissance infinie dans un monde fini. Que nos dirigeants, ces apprentis sorciers en costume-cravate, continuent de jouer avec des équations qu’ils ne comprennent pas, comme des enfants qui joueraient avec des allumettes dans une poudrière. « L’homme est un animal métaphysique », disait Schopenhauer. Mais notre époque a tué la métaphysique pour la remplacer par l’algorithmique, cette nouvelle religion où les dieux s’appellent GAFAM et où les prophètes portent des hoodies à capuche.

Le plus tragique, c’est que ces chiffres ne sont même pas mensongers. Ils sont pires que cela : ils sont vrais, et c’est cette vérité qui est insupportable. Ils nous montrent l’ampleur de notre échec, l’étendue de notre lâcheté collective. Nous savons. Nous savons depuis des décennies que nous courons à la catastrophe, et pourtant nous continuons, comme des lemmings en costume trois-pièces, à suivre le chemin tracé par les marchés financiers. « La lucidité est la blessure la plus proche du soleil », écrivait René Char. Ces chiffres sont des coups de scalpel dans notre aveuglement, des éclairs de lucidité dans la nuit de notre inconscience.

Mais attention, car ces chiffres sont aussi des pièges. Des pièges tendus par le système pour nous enfermer dans une logique comptable, pour nous faire croire que le salut viendra des ajustements marginaux, des « petits gestes » écologiques, des « éco-gestes » qui ne sont que des cache-misère pour notre culpabilité. Le capitalisme vert, cette nouvelle escroquerie, nous vend l’illusion que l’on peut concilier croissance infinie et préservation de la planète. Comme si l’on pouvait guérir un cancer en changeant de marque de cigarettes ! Ces chiffres, ces bilans, ces rapports, ils sont les instruments d’une nouvelle forme de domination, plus subtile, plus insidieuse : la domination par la quantification, par la réduction du monde à des indicateurs de performance.

Et que dire de cette novlangue administrative, ce jargon technocratique qui transforme la catastrophe écologique en une suite de « défis » à relever, de « leviers » à actionner, d’ »opportunités » à saisir ? On croirait entendre les discours des généraux de la Première Guerre mondiale, expliquant que les tranchées sont une « opportunité » pour les poilus de « se dépasser ». « La langue est la maison de l’être », disait Heidegger. Mais quelle maison nous construit cette langue-là ? Une maison de carton-pâte, une maison hantée par les fantômes du productivisme et de la croissance à tout prix.

Ces chiffres, aussi, sont les témoins de notre schizophrénie collective. D’un côté, nous savons que la situation est désespérée. De l’autre, nous continuons à voter pour des politiques qui nous mènent droit dans le mur, à consommer comme si demain n’existait pas, à nous distraire avec des écrans qui nous abrutissent. Nous sommes comme ces fumeurs qui continuent à griller cigarette sur cigarette en lisant les avertissements sur les paquets. « L’homme est un animal qui se ment à lui-même », disait Nietzsche. Ces bilans environnementaux sont les miroirs brisés de nos mensonges, les éclats de vérité qui percent nos illusions.

Et que font nos dirigeants face à ces chiffres accablants ? Ils organisent des COP, ces grand-messes écologiques où les chefs d’État viennent se congratuler et signer des accords qui ne seront jamais respectés. Ils parlent de « transition écologique », comme si l’on pouvait passer en douceur d’un système mortifère à un autre, plus « durable ». Mais une transition, c’est un mouvement, une dynamique. Or, nous sommes paralysés, englués dans nos contradictions, incapables de bouger de peur de faire s’effondrer le château de cartes de notre économie. « Le monde est une prison dont la sortie est la mort », écrivait Kafka. Ces chiffres sont les barreaux de notre cellule, les murs de notre geôle climatique.

Pourtant, il y a une lueur d’espoir dans cette nuit noire. Ces chiffres, aussi accablants soient-ils, sont aussi des armes. Des armes pour ceux qui refusent de se résigner, pour ceux qui veulent encore croire en l’humanité. Car ces bilans, ces rapports, ces statistiques, ils sont la preuve que nous savons. Que nous ne pouvons plus dire « je ne savais pas ». Que la responsabilité est désormais collective, et que chaque acte, chaque choix, chaque vote compte. « La vérité est une arme », disait Sartre. Ces chiffres sont des munitions pour ceux qui veulent encore se battre.

Mais attention, car le combat est inégal. D’un côté, les forces du capitalisme vert, de la croissance infinie, du productivisme à tout crin. De l’autre, des citoyens désorientés, des militants épuisés, des écologistes divisés. Le système a tous les atouts en main : l’argent, le pouvoir, les médias, les institutions. Nous n’avons que notre lucidité, notre colère, et notre refus de nous soumettre. « La révolte est le seul luxe des esclaves », écrivait Camus. Ces chiffres sont les étincelles qui peuvent allumer le feu de la révolte.

Alors, que faire de ces chiffres, de ces bilans, de ces rapports ? Les jeter au feu, comme les livres maudits des alchimistes ? Les encadrer, comme des reliques d’une époque révolue ? Non. Il faut les lire, les décortiquer, les comprendre. Il faut en faire des armes, des outils de résistance. Car ces chiffres, aussi froids soient-ils, racontent une histoire. L’histoire de notre folie, de notre aveuglement, de notre lâcheté. Mais aussi, peut-être, l’histoire de notre réveil, de notre prise de conscience, de notre rébellion.

« Le monde se divise en deux catégories : ceux qui voient la réalité en face, et ceux qui préfèrent les illusions », disait Orwell. Ces chiffres sont la réalité en face. À nous de choisir : fermer les yeux, ou ouvrir les poings.

Analogie finale : Imaginez un homme, debout au bord d’un précipice, les yeux bandés. Il tient dans ses mains un rapport, épais comme un missel, rempli de chiffres et de graphiques. Ce rapport, c’est l’histoire de sa chute, écrite à l’avance, chaque page un pas de plus vers l’abîme. Autour de lui, des voix douces lui murmurent : « Avance, tout va bien, regarde comme c’est beau, ces courbes qui descendent en douceur… » Mais l’homme sent le vent du vide sur son visage, il entend le grondement sourd de la terre qui s’effrite sous ses pieds. Il sait. Il sait que le rapport dit vrai, que chaque chiffre est une pierre qui le rapproche du bord. Alors, que fait-il ? Il peut arracher son bandeau, jeter le rapport au feu, et reculer d’un pas. Ou bien il peut continuer à avancer, en serrant contre son cœur ce livre maudit, comme un talisman. Le choix est sien. Mais le précipice, lui, ne ment pas.



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