Bilal Hamdad – Petit Palais







Le Penseur Laurent Vo Anh – Bilal Hamdad au Petit Palais


ACTUALITÉ SOURCE : Bilal Hamdad – Petit Palais

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! Le Petit Palais, ce temple des illusions dorées, ce mausolée des vanités bourgeoises où l’on expose aujourd’hui Bilal Hamdad comme on expose un singe savant dans une foire aux curiosités exotiques. Mais attention, mes chers contemporains, ne vous y trompez pas : ce n’est pas l’artiste qui est en cage, c’est vous, c’est nous, c’est toute cette humanité gâteuse qui vient s’extasier devant des miroirs déformants en croyant y voir son reflet. Le Petit Palais, avec ses colonnes corinthiennes et son marbre froid, n’est qu’un décor de théâtre pour une pièce dont nous sommes à la fois les acteurs et les spectateurs, les bourreaux et les victimes, les fous et les gardiens de l’asile.

Bilal Hamdad, donc. Un nom qui sonne comme un coup de gong dans le brouhaha des vernissages parisiens, où l’on sirote du champagne en discutant de « l’audace conceptuelle » entre deux bâillements. Mais qu’est-ce que ce nom, sinon une étiquette collée sur un paquet dont on ignore le contenu ? Qu’est-ce qu’un artiste, sinon un homme qui a eu la chance – ou la malchance – de naître avec cette démangeaison particulière, cette incapacité à se contenter des mensonges confortables que la société vend comme des vérités ? Hamdad, c’est peut-être un prophète, peut-être un charlatan, peut-être simplement un homme qui a compris que l’art, aujourd’hui, n’est plus qu’un dernier râle dans la gorge d’une civilisation en train de s’étouffer avec ses propres excréments.

Les sept plaies de l’humanité : une généalogie de la misère esthétique

Pour comprendre Hamdad, il faut d’abord comprendre l’histoire de cette humanité qui, depuis qu’elle a levé les yeux vers le ciel en se demandant pourquoi elle existait, n’a fait que se vautrer dans sa propre médiocrité. Sept étapes, sept chutes, sept trahisons. Suivez le guide, mes amis, et retenez vos haut-le-cœur.

1. L’aube des idoles (40 000 av. J.-C. – 3 000 av. J.-C.)

Tout commence dans les grottes de Lascaux, où des hommes peignent des bisons avec une ferveur qui confine à la démence. Ces premiers artistes, ces chamans aux doigts tachés d’ocre, ne cherchent pas la beauté : ils cherchent le pouvoir. Ils invoquent les esprits, ils négocient avec l’invisible, ils tentent désespérément de donner un sens à un monde qui n’en a aucun. « L’art est une magie qui libère du mensonge de l’être », écrit Ernst Jünger. Mais déjà, la première trahison : l’art n’est plus une prière, il devient un outil. Les idoles de Çatalhöyük, ces statuettes de pierre aux formes généreuses, ne sont pas des objets de culte, mais des instruments de contrôle. La déesse-mère n’est qu’une première ébauche de ce que deviendra plus tard la Joconde : un objet de désir, une marchandise, une illusion.

2. La malédiction grecque (800 av. J.-C. – 146 av. J.-C.)

Ah ! La Grèce antique, ce berceau de la civilisation, ce paradis perdu où l’homme aurait enfin accédé à la raison. Quelle blague ! Les Grecs inventent la démocratie, soit, mais ils inventent aussi le théâtre, et avec lui, la première grande machine à illusion. Sophocle, Euripide, Eschyle : ces génies ne sont que des manipulateurs, des dealers de catharsis qui vendent aux Athéniens l’illusion de la purification par la souffrance. « L’homme est un animal politique », dit Aristote. Non, Aristote, l’homme est un animal qui a besoin de croire qu’il est plus qu’un animal. Les temples de l’Acropole ne sont que des décors de carton-pâte pour une pièce dont le dénouement est toujours le même : la mort. Et Platon, ce grand rêveur, qui veut bannir les poètes de sa République ! Il a compris, lui, que l’art est dangereux, qu’il corrompt, qu’il ment. Mais il est trop tard : le ver est dans le fruit.

3. Le christianisme ou l’art de la culpabilité (33 – 1453)

Avec le Christ, l’art devient une arme de guerre. Les mosaïques de Ravenne, les fresques de Giotto, les vitraux de Chartres : autant de bombes à retardement lancées contre la raison humaine. « Le royaume de Dieu n’est pas de ce monde », dit l’Évangile. Mais l’Église, elle, veut ce monde, et elle le veut tout entier. L’art chrétien n’est pas une célébration, c’est une menace. Regardez ces Christ en croix, ces vierges en pleurs, ces saints martyrisés : ce n’est pas de la piété, c’est du sadisme. « La beauté sauvera le monde », écrit Dostoïevski. Non, Fiodor, la beauté est une putain qui se vend au plus offrant. Et pendant mille ans, c’est l’Église qui tient le bordel.

4. La Renaissance ou le triomphe de l’ego (1400 – 1600)

Enfin ! L’homme se réveille, il sort de sa nuit médiévale, il découvre qu’il a un corps, des désirs, une individualité. Michel-Ange sculpte David, Léonard peint la Joconde, et soudain, l’art n’est plus au service de Dieu, mais au service de l’homme. Magnifique, non ? Sauf que cet homme-là, c’est un monstre. C’est un Narcisse qui se contemple dans le miroir de sa propre vanité. La Renaissance, c’est l’invention du « génie », cette notion absurde qui veut qu’un individu puisse être plus important que le collectif. « L’homme est la mesure de toute chose », dit Protagoras. Oui, et quelle mesure ! Celle d’un pantin qui se prend pour un dieu. Les Médicis ne sont pas des mécènes, ce sont des maquereaux qui achètent des artistes comme on achète des courtisanes. Et l’art devient ce qu’il est encore aujourd’hui : un produit de luxe pour une élite qui s’ennuie.

5. Les Lumières ou l’illusion du progrès (1650 – 1800)

Voltaire, Rousseau, Diderot : ces beaux parleurs nous promettent un monde meilleur, un monde où la raison triomphera de l’obscurantisme. Quelle farce ! Les Lumières, c’est l’invention du « bon sauvage », ce mythe ridicule qui veut que l’homme soit naturellement bon. Mais regardez autour de vous, mes amis : l’homme est un loup pour l’homme, et l’art n’est qu’un os qu’on se dispute dans la meute. « Écrasez l’infâme ! », hurle Voltaire. Oui, mais l’infâme, c’est nous, c’est notre soif de sang, notre besoin de croire en quelque chose, même si ce quelque chose est un mensonge. Les salons du XVIIIe siècle ne sont que des antichambres de la guillotine. Et l’art ? Il devient un divertissement, une décoration, un hochet pour adultes gâtés.

6. La modernité ou le règne de l’absurde (1850 – 1960)

Avec Baudelaire, l’art devient une drogue. « Il faut être absolument moderne », écrit Rimbaud. Mais moderne, qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire se perdre dans le labyrinthe de sa propre subjectivité, ça veut dire remplacer Dieu par l’ego, ça veut dire transformer la souffrance en spectacle. Les impressionnistes peignent des taches de couleur, les cubistes déforment la réalité, les surréalistes explorent l’inconscient : autant de tentatives désespérées pour donner un sens à un monde qui n’en a plus. « L’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art », dit Robert Filliou. Non, Robert, l’art est ce qui rend la vie supportable, parce que sans lui, il ne reste que l’horreur du quotidien. Mais attention : l’art moderne est aussi une imposture. Picasso, ce génie autoproclamé, n’est qu’un charognard qui se nourrit des cadavres de ses prédécesseurs. Duchamp, avec son urinoir, ne fait que pousser jusqu’à l’absurde la logique du marché : tout peut devenir art, donc rien n’est art.

7. L’ère du vide (1960 – aujourd’hui)

Nous y voilà. L’époque contemporaine, celle où tout est permis, donc où rien n’a plus de valeur. L’art est partout, donc il n’est nulle part. Warhol peint des boîtes de soupe, Beuys se fait enfermer avec un coyote, et aujourd’hui, un artiste comme Hamdad expose au Petit Palais des œuvres qui, probablement, ne sont que des commentaires ironiques sur l’absurdité de l’art lui-même. « Dans le futur, tout le monde sera célèbre pendant quinze minutes », prophétise Warhol. Oui, et pendant ces quinze minutes, nous serons tous des artistes, des génies, des révolutionnaires. Mais après ? Après, il ne reste que le vide, le silence, l’ennui. L’art contemporain n’est plus qu’un miroir tendu vers une société qui n’a plus rien à refléter. Nous sommes des naufragés sur une île déserte, et nous nous battons pour des cailloux en croyant qu’ils sont des diamants.

Sémantique du désastre : le langage comme tombeau

Et maintenant, parlons des mots. Parce que l’art, aujourd’hui, c’est d’abord une question de langage. Hamdad expose au Petit Palais : trois mots, une phrase, un piège. « Petit Palais » : l’oxymore est parfait. Un palais n’est jamais petit, et un petit palais n’est qu’une contradiction dans les termes, une imposture. C’est comme dire « grand nain » ou « vrai mensonge ». Le Petit Palais, c’est le symbole de notre époque : une institution qui se veut majestueuse, mais qui n’est qu’un décor de carton-pâte pour une société qui a perdu toute grandeur.

Et « Bilal Hamdad » ? Un nom arabe, un nom qui sonne comme une provocation dans ce temple de la culture occidentale. Hamdad : un nom qui évoque l’Orient, l’exotisme, le mystère. Mais attention, mes amis : l’exotisme est une arme à double tranchant. On peut y voir une ouverture, une curiosité, une volonté de dialogue. Ou alors, on peut y voir une nouvelle forme de colonialisme : l’Occident qui s’approprie l’Autre pour mieux le digérer, le réduire à une étiquette, un cliché. « L’enfer, c’est les autres », dit Sartre. Non, Jean-Paul, l’enfer, c’est nous-mêmes, c’est notre incapacité à voir l’autre sans le réduire à une image, à un fantasme, à un produit de consommation.

Le langage de l’art contemporain est un langage mort. C’est un jargon fait de mots creux, de concepts vides, de phrases alambiquées qui ne veulent rien dire. « Installation », « performance », « conceptuel » : autant de termes qui servent à masquer l’absence de contenu. L’art contemporain parle, mais il ne dit rien. Il crie, mais on n’entend que l’écho de sa propre voix. « Le style, c’est l’homme », dit Buffon. Oui, et l’homme contemporain n’a plus de style, donc il n’a plus d’âme.

Comportementalisme radical : l’art comme résistance ou comme soumission ?

Et nous, dans tout ça ? Nous, les spectateurs, les consommateurs, les victimes consentantes de ce cirque ? Nous sommes des rats dans un labyrinthe, des cobayes dans une expérience dont nous ne connaissons pas les règles. L’art contemporain nous observe, nous étudie, nous manipule. Il nous dit : « Regarde, sois scandalisé, sois émerveillé, mais surtout, ne reste pas indifférent. » Et nous obéissons, comme de bons petits soldats, comme des moutons bien dressés.

Mais attention : il y a deux façons de résister. La première, c’est de refuser le jeu. De tourner le dos au Petit Palais, à Hamdad, à tout ce cirque. De dire : « Non, je ne jouerai pas votre jeu, je ne serai pas votre spectateur, votre consommateur, votre victime. » Mais cette résistance-là est une illusion. Parce que même en refusant, on participe. Le silence est une réponse, l’indifférence est une attitude, et l’art contemporain se nourrit de tout, même du rejet.

La deuxième façon de résister, c’est de jouer le jeu, mais à l’envers. C’est de regarder Hamdad, de regarder le Petit Palais, de regarder tout ce cirque, et de rire. De rire aux éclats, de rire jusqu’aux larmes, de rire jusqu’à en avoir mal au ventre. Parce que l’art contemporain, au fond, n’est qu’une immense blague, une farce monumentale dont nous sommes à la fois les acteurs et les dupes. Et le rire, mes amis, est la seule réponse possible à l’absurdité du monde.

Mais attention : ce rire-là n’est pas un rire joyeux. C’est un rire noir, un rire désespéré, un rire qui grince comme une porte rouillée. C’est le rire de Céline, de Beckett, de Ionesco. C’est le rire de ceux qui ont compris que le monde est une farce, mais qui continuent à jouer le jeu parce qu’ils n’ont pas le choix. « Il faut imaginer Sisyphe heureux », écrit Camus. Oui, mais un Sisyphe qui rit en poussant son rocher, qui chante en montant la pente, qui danse en redescendant. Un Sisyphe qui a transformé sa malédiction en spectacle, sa souffrance en art.

Et c’est là, peut-être, que se trouve la clé. L’art contemporain n’est pas une imposture : c’est un miroir. Un miroir qui nous renvoie notre propre image, déformée, grotesque, monstrueuse. Mais un miroir quand même. Et si nous avons le courage de regarder cette image en face, si nous avons le courage de rire de nous-mêmes, alors peut-être que l’art aura encore un sens. Peut-être que Hamdad n’est pas un charlatan, mais un prophète. Peut-être que le Petit Palais n’est pas un mausolée, mais un laboratoire. Peut-être que nous ne sommes pas des victimes, mais des complices.

Alors, mes amis, la question n’est pas de savoir si Bilal Hamdad est un grand artiste. La question est de savoir ce que nous allons faire de cette prise de conscience. Allons-nous continuer à jouer les moutons bien sages, à applaudir aux vernissages, à hocher la tête devant les « œuvres conceptuelles » ? Ou allons-nous enfin nous réveiller, nous rebeller, crier notre colère et notre désespoir ?

L’art n’est pas mort. Il est simplement en train de muter, comme un virus qui s’adapte à son hôte. Et nous sommes cet hôte. Alors, choisissons : allons-nous être les victimes de cette mutation, ou allons-nous en être les acteurs ? Allons-nous laisser Hamdad et ses semblables nous dicter notre vision du monde, ou allons-nous prendre le pinceau, le burin, le clavier, et créer notre propre art, notre propre révolte ?

La résistance humaniste, mes amis, ne passe pas par les institutions. Elle ne passe pas par les musées, les galeries, les prix et les honneurs. Elle passe par nous, par notre capacité à dire non, à refuser


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *