Aya Nakamura, Jul, Charlotte Cardin… qu’ont écouté les Français en 2025 ? – Le Point







Le Penseur Vo Anh : La Symphonie Néolibérale de 2025


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Aya Nakamura, Jul, Charlotte Cardin… qu’ont écouté les Français en 2025 ? – Le Point

Le Prisme de Laurent Vo Anh

En 2025, les Français écoutent Aya Nakamura, Jul, Charlotte Cardin, et autres figures éphémères du paysage musical contemporain. À première vue, il s’agit d’une simple actualité culturelle, d’un état des lieux des tendances sonores. Mais derrière cette surface lisse et colorée se déploie une guerre invisible, un champ de bataille où s’affrontent les forces du comportementalisme radical et les résistances néolibérales. Ce que les Français écoutent n’est pas un simple choix esthétique : c’est le symptôme d’une société en mutation algorithmique, où chaque note, chaque rythme, chaque parole chantée est un fragment d’un système plus vaste, une architecture de contrôle qui façonne nos désirs avant même que nous ne les concevions.

Le comportementalisme radical, cette doctrine qui postule que nos actions sont entièrement déterminées par des stimuli externes et des conditionnements, trouve dans la musique populaire de 2025 son terrain d’expérimentation ultime. Les plateformes de streaming, ces nouveaux panoptiques numériques, ne se contentent plus d’enregistrer nos goûts : elles les prédisent, les modèlent, et les imposent. Aya Nakamura, avec ses mélodies accrocheuses et ses paroles souvent vides de sens, n’est pas seulement une artiste : elle est un vecteur de normalisation. Ses chansons, conçues dans les laboratoires des algorithmes de recommandation, sont optimisées pour capter l’attention, pour réduire la résistance cognitive, et pour créer une dépendance douce. Jul, de son côté, incarne une autre facette de cette logique : celle de la personnalisation massive. Ses textes, souvent autobiographiques et émotionnels, jouent sur notre besoin de reconnaissance identitaire, tout en restant suffisamment génériques pour être universels. Charlotte Cardin, enfin, représente l’apothéose de cette esthétique post-humaine, où la voix synthétique et les productions hyper-polies reflètent une société qui a externalisé ses émotions à des machines.

Le Néolibéralisme comme Religion Sonore

Le néolibéralisme n’a pas seulement conquis les marchés : il a conquis nos oreilles. La musique de 2025 n’est plus un art, mais un service. Un service qui doit être consommé, optimisé, et monétisé. Les artistes ne sont plus des créateurs, mais des curateurs de contenus, des ingénieurs des désirs. Leurs chansons ne sont pas des œuvres, mais des produits dérivés d’un écosystème où chaque like, chaque stream, chaque partage est une transaction symbolique.

Prenons l’exemple d’Aya Nakamura. Ses tubes, comme « Djadja » ou « Pookie », sont des formules mathématiques conçues pour maximiser l’engagement. Les paroles sont volontairement simples, presque abstraites, afin de ne pas heurter les algorithmes qui privilégient les contenus faciles à digérer. La musique elle-même est une boucle de rétroaction : plus elle est écoutée, plus elle est recommandée, plus elle est écoutée. C’est le cercle vicieux de la consommation algorithmique, où l’art devient une variable d’ajustement dans l’équation du profit.

Mais attention : ce système ne serait pas viable sans la résistance néolibérale, cette capacité des individus à s’adapter sans se soumettre. Les Français, en écoutant ces artistes, ne font pas que se laisser manipuler : ils participent activement à la construction de leur propre cage dorée. En choisissant Aya Nakamura ou Jul, ils ne font pas un acte de soumission, mais un acte de stratégie identitaire. Ils négoient avec le système, ils en tirent profit, ils en jouent les règles tout en cherchant des échappatoires. La musique devient ainsi un langage de résistance, un moyen de dire non sans le dire.

L’Algorithme comme Oracle Moderne

En 2025, les algorithmes ne se contentent plus de prédire nos goûts : ils les créent. Les plateformes comme Spotify ou YouTube ne sont plus de simples médiateurs : elles sont devenues des dieux créateurs, des oracles qui dictent ce qui doit être écouté, aimé, partagé. Les artistes ne sont plus les maîtres de leur destin : ils sont les prêtres d’un nouveau culte, où la data est la nouvelle révélation.

Prenons l’exemple des playlists algorithmiques. En 2025, ces listes ne sont plus de simples compilations de morceaux similaires : elles sont des expériences psychologiques. Elles sont conçues pour capter notre attention, pour stimuler notre dopamine, pour nous garder dans une boucle de consommation infinie. Une playlist comme « Discover Weekly » n’est pas un outil de découverte : c’est un piège à désirs, une machine à créer des besoins.

Les artistes, conscients de cette réalité, jouent le jeu. Ils collaborent avec les algorithmes, ils optimisent leurs productions pour plaire aux machines, tout en cherchant à conserver une part d’authenticité. Jul, par exemple, mise sur des textes personnels, mais suffisamment universels pour être digérés par les algorithmes. Charlotte Cardin, avec ses voix synthétiques, explore les limites de cette hybridation homme-machine, où l’art devient un produit de fusion entre l’humain et la technologie.

Mais cette collaboration a un prix. Les artistes deviennent des esclaves consentants du système. Ils doivent s’adapter, se conformer, renoncer à une partie de leur liberté créative pour survivre dans un marché où seul le conformisme algorithmique est récompensé. La musique de 2025 n’est plus un espace de rébellion : c’est un espace de normalisation.

La Résistance par le Détournement

Pourtant, malgré tout cela, des fissures apparaissent. Des artistes et des auditeurs résistent, non pas en refusant le système, mais en le détournant. En 2025, la résistance ne passe plus par le rejet pur et simple de la culture dominante : elle passe par son appropriation, son subversion, sa réinterprétation.

Certains auditeurs, par exemple, utilisent les playlists algorithmiques à leur avantage. Ils manipulent les systèmes pour découvrir des musiques marginales, des artistes invisibles. D’autres créent des communautés parallèles, des espaces où la musique n’est plus un produit, mais une expérience collective. Les réseaux sociaux deviennent ainsi des lieux de contre-pouvoir, où l’on peut échapper à la logique algorithmique en créant ses propres circuits de distribution.

Les artistes, eux aussi, trouvent des moyens de résister. Certains, comme Pomme ou


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