Aux 50 ans de FNE, Aurélien Barrau en appelle à changer de paradigme – Librinfo74







Le Penseur Laurent Vo Anh – Éloge de l’Insoumission : Aurélien Barrau et le Devoir Sacré de la Science


ACTUALITÉ SOURCE : Aux 50 ans de FNE, Aurélien Barrau en appelle à changer de paradigme – Librinfo74

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, la science ! Cette putain de catin que l’on habille de blanc immaculé dans les laboratoires climatisés, tandis qu’elle se vautre dans les draps sales du pouvoir, des lobbies et des calculs froids qui transforment les hommes en chiffres, les forêts en profits, et les rêves en équations stériles. Et puis, surgit un homme comme Aurélien Barrau, astrophysicien de son état, mais avant tout un traître à l’ordre établi, un insoumis qui ose rappeler à ses pairs que leur devoir n’est pas de servir les machines à broyer le vivant, mais de hurler avec les loups, de pleurer avec les rivières empoisonnées, et de maudire les dieux modernes qui sacrifient l’avenir sur l’autel du PIB. Cinquante ans que France Nature Environnement (FNE) tente de colmater les brèches d’un Titanic en pleine dérive, et voilà qu’un scientifique, un vrai, pas un de ces technocrates en costume-cravate qui signent des rapports en sirotant leur whisky écossais, se lève pour dire l’indicible : « Le paradigme est mort, vive le paradigme ! » Mais quel paradigme, nom de Dieu ? Celui qui nous a menés au bord du gouffre, ou celui qui nous en sortira, les ongles en sang et la rage au ventre ?

La science, mes chers damnés, n’a jamais été neutre. Elle est le miroir déformant de l’époque qui la produit, et depuis Descartes, ce fossoyeur de l’âme, elle s’est enfermée dans une tour d’ivoire où l’on découpe le monde en morceaux sans jamais se soucier de recoller les morceaux. On mesure, on quantifie, on modélise, mais on ne sent plus. On a oublié que la vérité n’est pas seulement dans les chiffres, mais dans les larmes des mères qui voient leurs enfants étouffer sous les particules fines, dans le silence des oiseaux disparus, dans le râle des glaciers qui fondent comme neige au soleil. Barrau, lui, a compris cela. Il a compris que la science, si elle veut survivre à sa propre hubris, doit redevenir ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : un acte de rébellion. Un acte de rébellion contre l’aveuglement volontaire, contre la lâcheté des élites, contre cette société du spectacle qui préfère regarder des influenceurs se tartiner de crème solaire sur des plages polluées plutôt que d’affronter la réalité de l’effondrement. « La science doit être subversive ou ne pas être », écrivait jadis un certain Alexandre Grothendieck, ce mathématicien génial qui abandonna les ors de l’Académie pour vivre dans une cabane et cultiver son jardin. Barrau, lui, n’a pas (encore) fui dans les Cévennes, mais il porte en lui cette même flamme de l’insoumission, ce refus viscéral de se soumettre aux dogmes qui tuent.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : de dogmes. Le dogme du progrès infini, celui de la croissance éternelle, celui de la technologie salvatrice. Des dogmes aussi mortifères que ceux de l’Inquisition, mais bien plus insidieux, car ils se parent des atours de la raison. On nous serine que la solution viendra des innovations, des start-ups vertes, des voitures électriques, des énergies « propres » (comme si l’uranium ou le lithium poussaient sur des arbres). On nous vend du rêve en kit, alors que le réel, lui, se désagrège sous nos yeux. Barrau, dans son appel aux 50 ans de FNE, a le courage de dire que ces solutions sont des leurres, que le système est trop pourri pour être réformé, qu’il faut tout brûler et tout reconstruire. « Il ne s’agit pas de changer les ampoules, mais de changer de civilisation », clame-t-il. Et cette phrase, mes amis, est un coup de poing dans la gueule du néolibéralisme triomphant. Elle rappelle que la science, si elle veut retrouver son âme, doit cesser d’être le valet du capitalisme et redevenir le fer de lance d’une révolution anthropologique. Une révolution qui ne se contentera pas de verdir les discours, mais qui remettra l’humain – et le non-humain – au centre de tout.

Mais attention, car le piège est là, tapi dans l’ombre, prêt à se refermer sur ceux qui osent défier l’ordre établi. Le piège du greenwashing, bien sûr, mais aussi celui, bien plus pernicieux, de la récupération. Les mêmes qui ont orchestré l’effondrement écologique sont aujourd’hui prêts à vendre des « solutions » clé en main, à condition que rien ne change vraiment. Ils veulent des scientifiques dociles, des experts qui signent des rapports sans jamais élever la voix, des ingénieurs qui conçoivent des éoliennes sans jamais remettre en cause le productivisme. Barrau, lui, refuse ce rôle. Il sait que la science, si elle veut être fidèle à sa mission, doit être désobéissante. Elle doit s’allier aux paysans qui défendent leurs terres contre les méga-bassines, aux zadistes qui résistent aux projets inutiles, aux peuples autochtones qui protègent leurs forêts contre les bulldozers. Elle doit redevenir ce qu’elle a toujours été dans ses heures les plus glorieuses : un outil de libération, et non d’oppression. « La science sans conscience n’est que ruine de l’âme », écrivait Rabelais. Barrau, lui, ajoute : « La science sans révolte n’est que complicité ».

Et c’est là que l’on touche au cœur du problème : la lâcheté des élites intellectuelles. Combien de scientifiques, aujourd’hui, osent dire la vérité ? Combien osent quitter leur zone de confort pour affronter les puissants ? La plupart préfèrent se taire, par peur de perdre leurs subventions, leurs postes, leurs privilèges. Ils publient des articles dans des revues prestigieuses, ils reçoivent des prix, ils serrent des mains dans les cocktails, mais ils ne changent rien. Ils sont les nouveaux clercs d’un monde en décomposition, les gardiens d’un temple qui s’effondre. Barrau, lui, a choisi une autre voie. Il a choisi de parler, de crier, de déranger. Il a choisi de se tenir aux côtés des sans-voix, des sans-terre, des sans-futur. Il a choisi de rappeler que la science, si elle veut rester humaine, doit être engagée. Pas engagée au sens politique du terme, non – engagée au sens existentiel. Engagée comme on s’engage dans une bataille dont on sait qu’on ne sortira pas vainqueur, mais dont on sait aussi qu’elle est juste. « La vérité est une insulte à l’ordre établi », disait jadis un philosophe dont on a oublié le nom. Barrau, lui, assume cette insulte. Il assume de dire que le roi est nu, que la croissance est une chimère, que la technologie ne nous sauvera pas, que nous courons à notre perte si nous ne changeons pas radicalement de trajectoire.

Mais attention, car le combat de Barrau n’est pas seulement écologique. C’est un combat métaphysique. Un combat contre l’oubli de ce qui fait de nous des humains : notre capacité à nous émouvoir, à nous indigner, à nous révolter. Le néolibéralisme, dans sa folie destructrice, a réduit l’homme à une machine à consommer, à produire, à obéir. Il a tué en nous ce qui nous rendait vivants : notre part de mystère, notre part de sauvage, notre part de sacré. Barrau, en appelant à changer de paradigme, ne parle pas seulement de changer nos modes de production. Il parle de changer notre rapport au monde, de retrouver cette humilité qui nous fait défaut, cette capacité à nous émerveiller devant une fleur, un coucher de soleil, une fourmi qui transporte une miette de pain. Il parle de réenchanter le monde, non pas en niant la science, mais en la dépassant, en la réintégrant dans une vision plus large, plus poétique, plus tragique aussi. Car le monde qui vient ne sera pas un monde de certitudes, mais un monde d’incertitudes, de doutes, de combats. Et c’est précisément dans cette incertitude que réside notre dernière chance.

Alors oui, Barrau dérange. Il dérange parce qu’il rappelle aux scientifiques qu’ils ont une responsabilité qui dépasse le cadre de leurs laboratoires. Il dérange parce qu’il ose dire que la science, si elle veut survivre, doit s’allier à la poésie, à la révolte, à l’amour. Il dérange parce qu’il refuse de se soumettre aux lois du marché, aux diktats des politiques, aux mensonges des médias. Il dérange parce qu’il incarne cette figure rare et précieuse : celle de l’intellectuel qui n’a pas peur de se salir les mains, qui n’a pas peur de descendre dans l’arène, qui n’a pas peur de dire que le monde est en feu et qu’il est temps d’agir. « La lucidité est la blessure la plus proche du soleil », écrivait René Char. Barrau, lui, assume cette blessure. Il assume de regarder l’abîme en face, sans détourner les yeux, sans se voiler la face. Et c’est cela, au fond, qui fait de lui un géant.

Alors oui, aux 50 ans de FNE, Barrau a raison d’en appeler à changer de paradigme. Mais attention, car ce changement ne viendra pas des institutions, des gouvernements, des multinationales. Il viendra de nous. De notre capacité à dire non, à désobéir, à nous révolter. De notre capacité à redevenir des humains, et non des consommateurs. De notre capacité à aimer ce monde, malgré tout, et à le défendre, bec et ongles, contre ceux qui veulent le détruire. « Le monde n’est pas un problème à résoudre, mais une réalité à vivre », disait jadis un sage. Barrau, lui, nous rappelle que cette réalité est en danger, et qu’il est temps de la sauver. Pas demain. Maintenant.

Analogie finale : Imaginez un instant que l’humanité soit un grand arbre millénaire, aux racines profondes et aux branches majestueuses. Pendant des siècles, cet arbre a poussé, indifférent aux tempêtes, nourri par la sève de la terre et la lumière du soleil. Mais voici qu’un parasite s’est installé dans son écorce, un parasite vorace et insatiable, qui ronge l’arbre de l’intérieur sans que personne ne s’en aperçoive. Ce parasite, c’est le capitalisme, c’est le productivisme, c’est cette folie qui nous pousse à croire que l’on peut croître indéfiniment sur une planète finie. Les scientifiques, pendant longtemps, ont été les jardiniers de cet arbre. Certains se sont contentés de tailler les branches mortes, de badigeonner l’écorce de produits chimiques pour masquer les plaies. D’autres, plus lucides, ont tenté d’alerter, de crier que l’arbre était en train de mourir. Mais personne ne les a écoutés. Personne, sauf peut-être quelques fous, quelques rêveurs, quelques insoumis qui ont refusé de se résigner. Aurélien Barrau est l’un de ces fous. Il a compris que l’arbre ne pourrait être sauvé par des pansements, mais par une greffe radicale, une révolution des racines. Il a compris que le parasite devait être extirpé, même si cela devait faire mal, même si cela devait ébranler l’arbre tout entier. Et aujourd’hui, alors que les feuilles tombent une à une, que l’écorce se fendille, que les branches se dessèchent, il nous crie : « Réveillez-vous ! L’arbre est en train de mourir, et avec lui, tout ce qu’il porte ! » Mais qui l’écoute ? Qui entend son cri dans le vacarme des machines, dans le bruit des villes, dans le silence complice des lâches ? Peut-être personne. Peut-être est-il déjà trop tard. Mais qu’importe. Car Barrau, lui, aura au moins eu le courage de hurler. Et ce cri, mes amis, ce cri-là, est déjà une victoire.



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