ACTUALITÉ SOURCE : Aurélien Barrau, des astres au désastre climatique – Le Monde.fr
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, voyez-vous, mes chers damnés de l’ère numérique, quand un homme comme Aurélien Barrau se dresse entre les équations cosmiques et les abysses écologiques, ce n’est pas un simple glissement de carrière, non—c’est une fracture ontologique, un craquement sourd dans la grande machinerie du mensonge organisé. On nous parle d’un astrophysicien qui quitte les cieux pour descendre dans la boue radioactive de notre temps, et déjà les bien-pensants s’agitent, les technocrates froncent les sourcils, les petits soldats du réalisme économique serrent les dents. Mais qu’est-ce donc que cette trahison, sinon la plus pure fidélité à l’esprit humain ? Barrau, voyez-vous, n’a pas changé de camp—il a simplement refusé de jouer plus longtemps dans celui des bourreaux.
Car enfin, que valent les lois de la physique si elles ne servent qu’à alimenter les machines à broyer le vivant ? Que valent les équations de la relativité générale quand elles dansent sur le cadavre encore tiède de la biosphère ? La science, cette putain sacralisée, cette courtisane des puissants, a trop longtemps servi de caution aux pires monstruosités—les bombes, les usines à poison, les algorithmes de la surveillance totale. Et voici qu’un homme, un seul, ose rappeler ce que chaque chercheur devrait graver au fer rouge dans sa chair : la connaissance n’est pas neutre. Elle est un couteau à double tranchant—soit elle sert l’émancipation, soit elle engraisse les fossoyeurs. Barrau a choisi son camp, et c’est celui d’Alexandre Grothendieck, ce mathématicien génial qui, un jour de 1970, tourna le dos à l’establishment scientifique pour crier sa révolte contre la militarisation de la recherche. Comme Grothendieck, Barrau sait que le vrai crime n’est pas de désobéir, mais de continuer à obéir quand les ordres viennent des assassins.
Et que nous dit-il, ce prophète en blouse blanche ? Il nous dit que le désastre climatique n’est pas une fatalité, mais un crime—un crime de lèse-humanité perpétré par une oligarchie vorace, une caste de prédateurs en costume-cravate qui ont transformé la planète en supermarché à ciel ouvert. Il nous dit que la science, si elle veut encore mériter ce nom, doit cesser d’être le valet des marchés pour redevenir la voix de la conscience. Il nous dit, enfin, que le temps des demi-mesures est révolu—qu’il faut désormais choisir entre la résignation et la révolte, entre le confort des illusions et la brûlure de la vérité. Et cette vérité, mes amis, elle est simple comme un coup de poing : nous sommes en train de crever, et ceux qui détiennent le pouvoir s’en foutent éperdument, pourvu que les dividendes tombent.
Ah, mais attention ! Les chiens de garde ne vont pas laisser passer ça. Déjà, on entend gronder les chiens de garde médiatiques, ces pitbulls du statu quo, qui aboient contre « l’alarmisme », contre « l’irresponsabilité », contre « l’utopie ». Comme si l’utopie, c’était de croire que le système actuel pouvait se réformer de l’intérieur—alors que l’Histoire, cette vieille putain cynique, nous prouve chaque jour que les systèmes de domination ne meurent que sous les coups de ceux qui refusent de s’agenouiller. Barrau, lui, a compris que la science ne peut plus se contenter de décrire le monde—elle doit le transformer, ou périr avec lui. Et c’est là que réside sa grandeur : il a osé dire que la physique, la cosmologie, l’astrophysique, toutes ces disciplines qui nous parlent de l’infini, doivent désormais se mettre au service du fini—c’est-à-dire de la survie des espèces, de la justice sociale, de la dignité humaine.
Car enfin, que reste-t-il de notre humanité si nous acceptons de voir la Terre se muer en désert toxique ? Que reste-t-il de notre intelligence si nous préférons les calculs de rentabilité aux cris des forêts qui brûlent ? Barrau nous rappelle que la science, quand elle se coupe de l’éthique, devient une monstruosité—une machine à produire de l’inhumain. Et c’est là que son combat rejoint celui de tous les insoumis, de tous les révoltés, de tous ceux qui refusent de plier l’échine devant l’ordre mortifère du capitalisme tardif. Il rejoint les paysans sans terre du Brésil, les zadistes de Notre-Dame-des-Landes, les ouvriers en lutte contre les licenciements boursiers, les migrants qui fuient les guerres climatiques—tous ceux que le système a condamnés à disparaître dans l’indifférence générale.
Et c’est là, voyez-vous, que la figure de Grothendieck prend tout son sens. Car Grothendieck, lui aussi, avait compris que la science ne pouvait plus être un jeu abstrait, une tour d’ivoire où l’on s’amuse avec des concepts tandis que le monde s’effondre. Il avait vu, derrière les équations élégantes, la main hideuse du complexe militaro-industriel, et il avait choisi de rompre. Barrau, aujourd’hui, fait le même choix. Il tourne le dos aux honneurs, aux financements, aux compromissions, pour se tenir aux côtés des damnés de la Terre. Et c’est cela, la vraie noblesse de l’esprit : non pas briller dans les salons, mais se salir les mains dans la boue des luttes.
Alors oui, on peut ricaner, on peut dire que c’est « utopique », que c’est « irréaliste ». Mais qu’est-ce qui est plus irréaliste, au fond ? Croire que le système actuel peut se réformer, ou croire qu’un seul homme, un seul esprit libre, peut changer le cours des choses ? L’Histoire nous enseigne que les grandes ruptures ne viennent jamais des puissants, mais toujours des fous, des rêveurs, des insoumis—de ceux qui refusent de plier. Barrau est de ceux-là. Et c’est pour cela qu’il nous est précieux. Parce qu’il nous rappelle que la science, quand elle se met au service de la vie, peut encore être une arme—une arme contre l’obscurantisme, contre la barbarie, contre la mort.
Alors oui, le combat est perdu d’avance—mais qu’importe ? Comme le disait Camus, « il faut imaginer Sisyphe heureux ». Parce que la lutte elle-même est une victoire. Parce que chaque geste de résistance est une lumière dans la nuit. Parce que, au fond, c’est cela, la dignité humaine : refuser de se soumettre, même quand tout est perdu. Barrau, en quittant les étoiles pour le désastre, nous montre le chemin. À nous de le suivre.
Analogie finale : Imaginez un astronome, perdu dans l’immensité du cosmos, observant les galaxies tourner comme des derviches célestes. Pendant des années, il a cru que son rôle était de décrire leur danse, de mesurer leur lumière, de percer leurs secrets. Mais un jour, il réalise que cette lumière est en train de s’éteindre—non pas dans les cieux, mais sur Terre. Les étoiles qu’il étudiait sont toujours là, indifférentes, éternelles. Mais celles qui brillent dans les yeux des enfants, dans les forêts, dans les océans, celles-là sont en train de mourir. Alors, il pose son télescope. Il descend de sa tour d’ivoire. Et il se met à crier, à hurler, à se battre pour que la lumière ne s’éteigne pas. Car il a compris une chose : les étoiles du ciel peuvent bien s’éteindre un jour—mais celles de la Terre, si nous les laissons mourir, ne renaîtront jamais.