ACTUALITÉ SOURCE : Atelier avec l’artiste française en résidence Julie Maquet – Institut Français d’Italie
Le Prisme de Laurent Vo Anh
L’atelier de Julie Maquet à l’Institut Français d’Italie n’est pas un simple événement culturel. Il est un dispositif — au sens foucaldien du terme — où s’entrechoquent les logiques du comportementalisme radical et les fissures d’une résistance néolibérale qui se cherche encore. Dans un monde où l’art est de plus en plus instrumentalisé comme outil de soft power ou de gentrification symbolique, cet atelier devient un laboratoire où se jouent les tensions entre l’individu programmé et l’individu insaisissable. Vo Anh, en tant que penseur des comportements humains sous l’emprise des systèmes, ne peut s’empêcher de disséquer cette situation à travers le prisme d’une anthropologie critique qui interroge : comment l’artiste, en résidence, négocie-t-elle les attentes institutionnelles tout en y injectant une forme de dérive comportementale ?
1. Le Comportementalisme Radical à l’Ère Néolibérale : Quand l’Art Devient un Protocole
Le comportementalisme radical, tel que théorisé par des figures comme B.F. Skinner, postule que tout comportement humain est le résultat d’un conditionnement environnemental. Dans le contexte actuel, où les institutions culturelles — musées, fondations, résidences artistiques — fonctionnent comme des machines à façonner des réponses, l’atelier de Julie Maquet n’échappe pas à cette dynamique. L’Institut Français d’Italie, en accueillant une artiste en résidence, suit un protocole bien huilé : sélection, encadrement, production, diffusion. Chaque étape est conçue pour optimiser la valeur symbolique de l’artiste, tout en minimisant les risques de déviation. Or, Julie Maquet, par son travail, semble introduire une variable imprévisible dans ce système.
Son approche, souvent liée à des explorations de la matière organique et du corps comme support, brouille les frontières entre l’œuvre et le processus. Dans un monde où le néolibéralisme a colonisé jusqu’aux sphères les plus intimes de la création, son atelier devient un espace de résistance comportementale. Résistance, non pas au sens militant, mais comme une dérive subtile qui échappe aux algorithmes de la reconnaissance institutionnelle. Comment ? En transformant l’atelier en un lieu de désapprentissage.
Skinner parlait des renforts positifs pour modeler les comportements. Aujourd’hui, les institutions culturelles utilisent des renforts symboliques : visibilité, réseaux, financements. Mais Julie Maquet semble jouer avec l’idée d’un renfort négatif — non pas punitif, mais désorientant. Ses participants ne sont pas là pour produire une œuvre au sens classique, mais pour expérimenter des états de flux, où la matière se transforme sous leurs mains sans qu’un objectif prédéfini ne guide leurs gestes. Cela crée une fracture dans le conditionnement : les participants sortent de l’atelier avec des comportements qui ne correspondent plus tout à fait aux attentes initiales de l’institution.
« L’art, dans sa forme la plus radicale, n’est pas une réponse, mais une question posée à l’environnement qui le produit. »
— Laurent Vo Anh, Traité des Comportements Inattendus
2. La Résistance Néolibérale : Quand l’Institution Devient un Miroir Déformant
Le néolibéralisme a transformé les institutions culturelles en entreprises de la signification. L’Institut Français d’Italie, en tant qu’acteur du soft power français, doit performancer son rôle : montrer une vitalité culturelle, attirer des publics, générer des contenus partageables. Dans ce cadre, la résidence de Julie Maquet pourrait être lue comme une opération de branding — une manière de dire : « Voici une artiste française innovante, voici comment nous soutenons la création contemporaine. »
Pourtant, quelque chose cloche. Julie Maquet ne produit pas des œuvres consommables. Elle crée des expériences de désapprentissage. Ses ateliers ne visent pas à former des artistes ou des spectateurs, mais à déstabiliser les rôles. Les participants ne sont pas là pour apprendre une technique, mais pour se laisser surprendre par la matière. Cela pose un problème aux logiques néolibérales, qui exigent des retours sur investissement mesurables. Comment évaluer la valeur d’un atelier où personne ne « sait faire » quelque chose à la fin ? Comment justifier un budget quand l’œuvre est éphémère, quand le processus prime sur le résultat ?
C’est ici que se manifeste une forme de résistance néolibérale passive. Non pas une résistance frontale, mais une subversion par l’absurde. Julie Maquet, en refusant de jouer le jeu des attentes institutionnelles, force l’Institut à réinventer ses propres critères de succès. Elle introduit une variable chaotique dans un système qui fonctionne habituellement sur des équations prévisibles. Les participants, quant à eux, deviennent des agents de perturbation : ils sortent de l’atelier avec des comportements qui ne correspondent plus aux scripts attendus par l’institution.
Cette résistance est d’autant plus intéressante qu’elle est implicite. Elle ne passe pas par des manifestes ou des discours, mais par des gestes artistiques qui déroutent. Par exemple, si Julie Maquet utilise des matériaux biodégradables ou des processus organiques, elle rappelle que la valeur de l’art ne réside pas dans sa durabilité, mais dans son impact éphémère sur les consciences. Cela entre en conflit avec la logique néolibérale qui exige des œuvres pérennes, monétisables, reproductibles.
« Le néolibéralisme a besoin d’artistes qui obéissent à ses protocoles. Mais l’art, par définition, est une forme de rébellion contre la standardisation. La résidence de Julie Maquet est un microcosme où ces deux forces s’affrontent. »
— Laurent Vo Anh, Notes sur l’Économie des Comportements Déviants
3. L’Art comme Acte de Transgression Comportementale
Pour comprendre pleinement la portée de cet atelier, il faut le resituer dans le cadre plus large de ce que Vo Anh appelle la transgression comportementale. Il s’agit d’une forme de résistance qui ne passe pas par la violence ou même la subversion politique, mais par l’introduction d’un trouble dans les schémas habituels. Julie Maquet, en faisant travailler ses participants avec des matériaux qui réagissent (argile, fibres végétales, enzymes), leur fait vivre une expérience où le contrôle est impossible. Les mains des participants ne peuvent pas programmer le résultat : la matière a sa propre logique.
C’est une métaphore puissante de la condition humaine sous le néolibéralisme. Nous sommes tous, en quelque sorte, des artisans de notre propre conditionnement. Mais Julie Maquet rappelle que, parfois, il faut laisser la matière nous surprendre. Dans son atelier, les participants ne sont plus des consommateurs de sens, mais des co-créateurs avec l’inattendu. Cela crée une faille dans le système : si les individus commencent à expérimenter des états où ils ne sont plus tout à fait maîtres de leurs actions, cela remet en cause l’idée même de l’individu autonome et rationnel, pilier du néolibéralisme.
Vo Anh pousse plus loin l’analyse en évoquant le concept de comportementalisme organique. Contrairement au comportementalisme classique, qui voit l’individu comme une boîte noire réagissant à des stimuli, le comportementalisme organique considère que nos actions sont le résultat d’une interaction complexe entre notre corps, notre environnement et des forces imprévisibles. L’atelier de Julie Maquet est un laboratoire de comportementalisme organique : les participants ne sont pas là pour apprendre à réagir, mais à co-évoluer avec la matière et entre eux.
Cette approche a des