Artmarket.com publie le 30ème Rapport Artprice sur Marché de l’Art en 2024 : record historique d’oeuvres… – Actusnews







Le Marché de l’Art – Une Nécropole du Capitalisme Tardif


ACTUALITÉ SOURCE : Artmarket.com publie le 30ème Rapport Artprice sur Marché de l’Art en 2024 : record historique d’oeuvres… – Actusnews

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! Voici donc le trente-et-unième rapport, comme un nouveau chapitre dans le grand livre des nécrologies du beau, rédigé par les croque-morts du capitalisme tardif. Trente ans que ces comptables du sublime, ces fossoyeurs en costume trois-pièces, nous abreuvent de chiffres, de records, de « performances » – comme si l’art n’était qu’un cheval de course, un pur-sang à faire galoper sur les pistes dorées de la spéculation. Trente ans que l’on nous serine, avec cette morgue typiquement occidentale, que le marché de l’art est « en bonne santé », alors qu’il n’est qu’un cadavre embaumé, un corps momifié dans les bandelettes des hedge funds et des fortunes offshore. Trente ans que l’on célèbre, avec une hypocrisie consubstantielle à l’idéologie néolibérale, la « démocratisation » de l’art, alors qu’il n’est plus qu’un produit financier parmi d’autres, un actif comme un autre, un jouet pour oligarques et fonds de pension.

Mais cette année, ô stupeur ! Record historique ! Le marché explose, les enchères s’envolent, les cotes s’affolent. Comme si, dans un ultime soubresaut, ce cadavre que l’on croyait définitivement refroidi se mettait soudain à danser, à tressauter, à convulser sous les lumières crues des salles des ventes. Comme si, par quelque magie noire, l’art – ce vieux rêve d’absolu, cette quête désespérée de transcendance – se retrouvait soudain réduit à une simple équation comptable, à un vulgaire jeu de Monopoly pour milliardaires en mal de reconnaissance. Record historique, vraiment ? Non. Nécrologie historique, plutôt. Épitaphe définitive d’une certaine idée de la culture, enterrée sous les montagnes de dollars et les pyramides de vanités.

I. Les Sept Âges du Marché de l’Art : Une Généalogie de la Spéculation

Pour comprendre l’abjection contemporaine du marché de l’art, il faut remonter aux sources, là où tout a commencé, dans cette boue originelle où l’homme, à peine sorti des cavernes, a commencé à échanger des pigments contre des peaux de bête. Sept étapes, sept chutes, sept trahisons. Suivez le guide, chers amis, dans cette descente aux enfers de la marchandisation du beau.

1. L’Âge des Cavernes : L’Art comme Rituel (40 000 – 10 000 av. J.-C.)

Tout commence dans l’obscurité, dans le ventre de la terre, là où nos ancêtres, armés de torches et de pigments, traçaient sur les parois les premières images de l’humanité. Les grottes de Lascaux, Chauvet, Altamira : autant de sanctuaires où l’art naissait, non comme objet de commerce, mais comme acte sacré, comme pont jeté entre le visible et l’invisible. Ces hommes des cavernes, ces premiers artistes, n’étaient pas des marchands, mais des chamans, des médiateurs entre les mondes. Leurs œuvres n’avaient pas de prix, car elles étaient, littéralement, sans prix. Elles étaient l’expression même de l’humanité en train de se découvrir, de se nommer, de se rêver. Comme l’écrivait Mircea Eliade, « l’homme des cavernes ne peignait pas pour décorer, mais pour participer au mystère du monde ».

Anecdote cruelle : Les premiers « marchands d’art » de l’histoire furent probablement ces chasseurs-cueilleurs qui, voyant la beauté des peintures rupestres, tentèrent d’en arracher des fragments pour les échanger contre des outils ou de la nourriture. Déjà, la profanation commençait. Déjà, l’art devenait monnaie d’échange.

2. L’Âge des Cités : L’Art comme Pouvoir (3 000 – 500 av. J.-C.)

Avec l’avènement des premières civilisations, en Mésopotamie, en Égypte, en Chine, l’art change de statut. Il n’est plus seulement rituel, il devient politique. Les pharaons se font ériger des pyramides, les empereurs chinois des mausolées, les rois mésopotamiens des ziggourats. L’art est désormais l’apanage du pouvoir, un instrument de propagande avant l’heure. Comme l’écrivait Confucius, « l’art est le reflet de la vertu du souverain ». En Chine, sous la dynastie Zhou, les bronzes rituels, ornés de motifs complexes, servaient à légitimer le pouvoir impérial. Ils n’étaient pas des objets de commerce, mais des symboles de l’ordre cosmique.

Pourtant, déjà, la corruption guettait. Hérodote raconte que le roi Crésus, dernier roi de Lydie, fit fondre des statues grecques pour en récupérer l’or. Déjà, l’art était réduit à sa simple valeur matérielle. Déjà, le capitalisme pointait son nez hideux.

3. L’Âge des Cathédrales : L’Art comme Foi (500 – 1400 ap. J.-C.)

Le Moyen Âge européen, souvent décrié comme une période d’obscurantisme, fut en réalité l’un des âges d’or de l’art. Les cathédrales gothiques, ces « Bibles de pierre », étaient des œuvres collectives, financées par les dons des fidèles, réalisées par des artisans anonymes. L’art n’était pas une marchandise, mais une offrande à Dieu. Comme l’écrivait Suger, l’abbé de Saint-Denis, « le beau conduit à Dieu ».

Pourtant, même dans cette période de ferveur religieuse, le marché commençait à s’immiscer. Les reliques, ces fragments de saints, étaient déjà des objets de spéculation. Les pèlerins payaient pour les voir, les églises se les arrachaient. Déjà, l’art devenait un business.

4. L’Âge des Princes : L’Art comme Mécénat (1400 – 1750)

Avec la Renaissance, l’art entre dans une nouvelle ère. Les Médicis à Florence, les papes à Rome, les rois de France : tous se disputent les services des plus grands artistes. Léonard de Vinci, Michel-Ange, Raphaël ne sont plus des artisans, mais des génies, des courtisans. L’art devient un instrument de prestige, un moyen pour les puissants de s’immortaliser. Comme l’écrivait Machiavel, « les princes doivent être des mécènes, car l’art est le plus sûr moyen de gagner la postérité ».

Pourtant, déjà, la logique marchande s’insinuait. Les artistes devaient plaire à leurs mécènes, adapter leur style à leurs désirs. L’art devenait un produit de luxe, réservé à une élite. Comme le disait Vasari, « l’art est une marchandise comme une autre, mais une marchandise qui ennoblit celui qui la possède ».

5. L’Âge des Marchands : L’Art comme Spéculation (1750 – 1914)

Avec la révolution industrielle et l’avènement de la bourgeoisie, l’art entre dans l’ère du marché. Les salons parisiens, les expositions universelles, les premières maisons de vente aux enchères : tout concourt à faire de l’art une marchandise comme une autre. Comme l’écrivait Karl Marx, « le capitalisme transforme tout en marchandise, même les rêves ».

Les impressionnistes, ces « peintres maudits », furent les premiers à subir de plein fouet la logique du marché. Rejetés par les institutions, ils durent se tourner vers les marchands, comme Durand-Ruel, pour survivre. Monet, Renoir, Pissarro : autant de noms qui devinrent des marques, des valeurs sûres. Comme le disait Degas, « l’art est une putain, il faut la payer pour qu’elle se donne ».

6. L’Âge des Avant-Gardes : L’Art comme Révolte (1914 – 1989)

Le XXe siècle fut celui des avant-gardes, de Dada au surréalisme, du constructivisme au pop art. Pour la première fois, l’art se voulait subversif, révolutionnaire. Comme l’écrivait André Breton, « l’art doit être une arme au service de la révolution ».

Pourtant, même dans cette période de contestation, le marché ne perdit jamais ses droits. Les surréalistes, ces « révolutionnaires », vendaient leurs œuvres à des collectionneurs fortunés. Warhol, le pape du pop art, était un homme d’affaires avisé, qui transformait l’art en produits de consommation. Comme il le disait lui-même, « faire de l’argent est un art, et travailler est un art, et les bons business sont le meilleur art ».

7. L’Âge des Oligarques : L’Art comme Actif Financier (1989 – 2024)

Nous y voilà. L’âge contemporain, celui du capitalisme triomphant, où l’art n’est plus qu’un actif financier parmi d’autres, un placement comme un autre. Les records d’enchères, les fonds d’investissement spécialisés, les « art funds » : tout concourt à faire de l’art une simple ligne dans un portefeuille boursier. Comme l’écrivait le philosophe chinois Wang Hui, « le néolibéralisme a transformé l’art en une marchandise pure, déconnectée de toute valeur esthétique ou spirituelle ».

Les oligarques russes, les milliardaires chinois, les fonds de pension américains : tous se ruent sur l’art comme sur une valeur refuge. Les œuvres de Picasso, de Warhol, de Basquiat s’arrachent à des prix astronomiques, non pour leur beauté, mais pour leur rareté, pour leur capacité à prendre de la valeur. Comme le disait le marchand Larry Gagosian, « l’art est le meilleur investissement qui soit, car il ne se dévalue jamais ».

Anecdote sordide : En 2015, un fonds d’investissement chinois a acheté une œuvre de Picasso pour 179 millions de dollars, non pour l’exposer, mais pour la revendre avec une plus-value. L’œuvre, « Les Femmes d’Alger », a été achetée comme on achète une action en Bourse, avec l’espoir de la revendre plus cher. L’art, réduit à une simple équation comptable. La beauté, transformée en produit dérivé.

II. Analyse Sémantique : Le Langage comme Instrument de Domination

Le langage du marché de l’art est un langage de guerre, un langage de conquête. Chaque mot, chaque expression est soigneusement choisie pour masquer la réalité sordide de la marchandisation du beau. Analysons, décortiquons, déconstruisons.

1. « Record historique »

Qu’est-ce qu’un « record historique » ? Une performance, une prouesse, une victoire. Mais une victoire de qui, sur quoi ? Une victoire du capital sur la culture, de la finance sur l’esthétique. Un « record historique », c’est la preuve que le marché a encore frappé, qu’il a encore réussi à transformer une toile en un produit financier, un chef-d’œuvre en un actif spéculatif. Comme le disait le philosophe Jean Baudrillard, « le record est la forme ultime de la simulation, la preuve que la réalité n’existe plus, qu’elle a été remplacée par sa propre image ».

2. « Marché de l’art »

Le « marché de l’art » : quelle expression obscène ! Comme si l’art était une denrée comme une autre, un produit de consommation courante. Comme si Van Gogh, Picasso, Basquiat étaient des marques, des logos, des franchises. Le « marché de l’art » est une contradiction dans les termes, un oxymore monstrueux. L’art n’est pas un marché, c’est une expérience, une émotion, une quête. Le réduire à un marché, c’est le nier dans son essence même.

Comme l’écrivait le poète chinois Bei Dao, « l’art n’est pas une marchandise, c’est un cri dans la nuit ».

3. « Performance »

La « performance » : voilà un mot qui sent bon le néolibéralisme, le productivisme, l’efficacité. Une « performance », c’est une œuvre qui « performe », qui « délivre », qui « créé de la valeur ». Comme si l’art était une entreprise, une start-up, une machine à cash. La « performance », c’est l’art réduit à sa plus simple expression : un investissement, un placement, un pari sur l’avenir.

Comme le disait le critique d’art John Berger, « la performance, c’est la mort de l’art ».

4. « Collectionneur »

Le « collectionneur » : quelle belle appellation pour désigner un spéculateur, un prédateur, un vautour. Le « collectionneur » est celui qui achète, non par amour de l’art, mais par amour de l’argent. Il collectionne les œuvres comme on collectionne les timbres, les voitures de luxe, les montres suisses. Pour lui, l’art n’est qu’un trophée, un symbole de statut, une preuve de sa réussite sociale.

Comme l’écrivait Walter Benjamin, « le collectionneur est le dernier avatar du capitalisme, celui qui transforme tout en objet, même les rêves ».

III. Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste

Face à cette machine de guerre qu’est le marché de l’art, que faire ? Comment résister ? Comment préserver l’essence même de l’art, cette quête désespérée de beauté, de vérité, de transcendance ?

1. Le Comportementalisme du Marché : Une Machine à Déshumaniser

Le marché de l’art est une machine à déshumaniser, une usine à broyer les âmes. Il fonctionne selon une logique comportementaliste, une logique de stimulus-réponse. Le stimulus, c’est le record, la cote, l’enchère. La réponse, c’est l’achat, la spéculation, la revente. Entre les deux, plus de place pour l’émotion, pour la contemplation, pour la beauté. Juste une équation comptable, une opération financière.

Comme l’écrivait le philosophe chinois Ai Weiwei, « le marché de l’art est une prison, un système qui enferme les artistes dans une logique de production, de consommation, de profit ».

2. La Résistance Humaniste : L’Art comme Acte de Rébellion

Face à cette machine, une seule solution : la résistance. La résistance par l’art, la résistance par la beauté, la résistance par la subversion. L’art doit redevenir ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : un acte de rébellion, un cri dans le désert, une quête désespérée de sens.

Comme l’écrivait le poète français Arthur Rimbaud, « l’art doit être une insulte au bon goût, une provocation, un scandale ».

En Chine, des artistes comme Xu Bing, Ai Weiwei, ou Cao Fei résistent à la logique marchande en créant des œuvres qui défient les catégories, qui brouillent les frontières entre art et vie, entre beau et laid, entre sacré


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