Art Paris à la conquête de la Chine – Le Journal Des Arts







Laurent Vo Anh – L’Art Parisien et la Chine : Une Conquête ou une Illusion Décadente ?


ACTUALITÉ SOURCE : Art Paris à la conquête de la Chine – Le Journal Des Arts

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! La conquête ! Ce mot qui sent la poudre, le sang séché des empires, et l’encre des traités signés sur le dos des peuples. « Art Paris à la conquête de la Chine » – quel titre délicieux, quel aveu involontaire de cette vieille arrogance occidentale qui croit encore que le monde est une foire aux vanités où l’on peut planter son drapeau comme un coq sur son fumier. Mais la Chine, messieurs-dames, n’est plus ce pays de porcelaine fragile que l’on brise d’un coup de canon ou que l’on souille d’opium. La Chine, aujourd’hui, c’est le dragon qui se réveille, et Paris, avec ses galeries d’art et ses marchands de rêves, n’est qu’un petit coq gaulois qui chante trop tôt sur son tas de fumier culturel.

Mais trêve de métaphores éculées – bien que j’adore les métaphores, surtout quand elles puent la vérité comme un cadavre sous le soleil. Plongeons plutôt dans les entrailles de cette « conquête » artistique, ce nouveau colonialisme en costume trois-pièces, où l’on ne parle plus de canons mais de cotes, plus de territoires mais de parts de marché, plus de mission civilisatrice mais de « soft power ». Quelle farce ! Quelle comédie grotesque où les acteurs, vêtus de costumes Armani, croient encore que l’art est une monnaie d’échange et non une âme qui se révolte.

Les Sept Étapes de l’Illusion : De l’Origine des Conquêtes à la Farce Contemporaine

1. L’Aube des Temps : La Naissance du Sacré et du Profane

Tout commence dans la boue, comme toujours. Les premiers hommes, ces singes égarés dans la conscience, gravent des bisons sur les parois des grottes. Lascaux, Altamira – des sanctuaires où l’art naît du sacré, où chaque trait est une prière, une offrande aux dieux invisibles. Mircea Eliade nous rappelle que l’art, à l’origine, n’est pas décoratif : il est thérapeutique, il guérit l’angoisse de l’homme face au chaos. Mais très vite, le sacré se corrompt. Les prêtres sumériens utilisent l’art pour justifier leur pouvoir, les pharaons égyptiens en font un outil de propagande. L’art devient politique, et la politique, comme le disait Mao, « est une guerre sans effusion de sang ».

2. La Grèce Antique : L’Idéal et la Marchandise

Ah, la Grèce ! Ces Athéniens qui inventent la démocratie et la philosophie, mais qui réduisent leurs esclaves à des outils et leurs femmes à des ventres. Platon, dans La République, rêve d’une cité idéale où les artistes seraient bannis – trop dangereux, trop subversifs. Mais Aristote, plus malin, comprend que l’art peut servir le pouvoir. Les statues des dieux deviennent des objets de culte, puis des objets de commerce. Les marchands de Corinthe vendent des amphores peintes comme on vendrait aujourd’hui des NFT. Déjà, l’art est une monnaie. Déjà, il pue l’argent.

3. La Renaissance : L’Art comme Arme de Classe

Florence, Venise, Rome – les Médicis, les Borgia, ces maquereaux en pourpoint qui financent Michel-Ange et Raphaël pour laver leur argent sale. L’art devient le jouet des riches, un moyen de montrer sa puissance. Machiavel, dans Le Prince, explique que le pouvoir doit être à la fois lion et renard : fort et rusé. Les mécènes de la Renaissance sont des renards qui achètent des lions. La Joconde ? Un trophée. La Chapelle Sixtine ? Une démonstration de force. Et aujourd’hui, que fait Art Paris en Chine ? La même chose, mais avec des costumes Dior et des catalogues en papier glacé.

4. La Révolution Industrielle : L’Art dans l’Usine à Rêves

Avec l’industrialisation, l’art devient une marchandise comme une autre. Walter Benjamin, dans L’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique, comprend que la reproduction mécanique tue l’aura de l’œuvre. Mais qui s’en soucie ? Les bourgeois veulent des paysages de Corot pour décorer leurs salons, des natures mortes pour meubler leur ennui. L’art devient un produit de consommation, et les artistes, des ouvriers spécialisés. Van Gogh meurt dans la misère, mais aujourd’hui, ses tournesols valent des millions. La boucle est bouclée : l’art est une spéculation, et les spéculateurs sont les nouveaux Médicis.

5. Le XXe Siècle : L’Art comme Arme de Guerre Froide

Après 1945, les États-Unis comprennent que l’art peut être une arme. Le MoMA devient le QG de la propagande culturelle américaine. Jackson Pollock, Andy Warhol – ces peintres sont des soldats en costume de peintre, qui combattent le réalisme socialiste soviétique avec des taches de couleur et des boîtes de soupe. La CIA finance des expositions d’art abstrait en Europe pour montrer la « liberté » américaine. Pendant ce temps, la Chine, sous Mao, utilise l’art comme outil de révolution : les affiches de propagande, les opéras modèles, tout est contrôlé, tout est politique. Deux visions de l’art : l’une prétend à la liberté, l’autre assume son rôle de serviteur du peuple. Laquelle est la plus honnête ?

6. La Mondialisation : L’Art comme Monnaie d’Empire

Avec la chute du mur de Berlin, le néolibéralisme triomphe. L’art devient un placement financier, une bulle spéculative. Les oligarques russes achètent des Basquiat comme on achète des actions en Bourse. Les galeries parisiennes deviennent des supermarchés de luxe, où l’on vend des « expériences » plutôt que des œuvres. Et la Chine, dans tout ça ? Elle observe, elle apprend, elle copie – puis elle dépasse. Aujourd’hui, les collectionneurs chinois achètent des Picasso comme on achète des parts de marché. L’art n’est plus une conquête : c’est une OPA.

7. Le XXIe Siècle : La Farce de la « Conquête » Culturelle

Et nous voilà en 2024, avec ce titre ridicule : « Art Paris à la conquête de la Chine ». Comme si la Chine était encore ce pays exotique que l’on pouvait séduire avec des expositions de Monet et des vernissages arrosés au champagne. La Chine, aujourd’hui, c’est le premier marché de l’art au monde. Elle a ses propres artistes, ses propres collectionneurs, ses propres galeries. Elle n’a pas besoin de Paris. Elle tolère Paris, comme un adulte tolère les caprices d’un enfant gâté. Les galeries parisiennes qui s’installent à Shanghai ou Pékin ne « conquièrent » rien : elles mendient des miettes. Elles sont les nouveaux missionnaires, mais sans la foi – juste l’appât du gain.

Analyse Sémantique : Le Langage de la Conquête et ses Mensonges

Regardons de plus près ce mot : « conquête ». Un terme militaire, chargé d’histoire, de violence, de domination. On conquiert un territoire, on conquiert un peuple, on conquiert un marché. Mais peut-on « conquérir » la Chine ? La Chine, qui a résisté aux Mongols, aux Japonais, aux colonialistes européens, et qui aujourd’hui résiste au néolibéralisme américain ? La Chine, qui a inventé le papier, la poudre, la boussole, et qui aujourd’hui invente les villes du futur ? Non. La « conquête » dont parle Le Journal des Arts n’est qu’un euphémisme pour soumission économique. Les galeries parisiennes ne conquièrent pas la Chine : elles se soumettent à son marché.

Et puis, il y a ce mot : « art ». Un mot galvaudé, vidé de son sens. Aujourd’hui, l’art est ce que les marchands disent qu’il est. Une toile blanche avec une tache ? De l’art. Une banane scotchée à un mur ? De l’art. Un requin dans du formol ? De l’art. Mais où est l’âme ? Où est la révolte ? Où est la beauté ? L’art, aujourd’hui, est une monnaie. Il n’a plus de valeur intrinsèque : il n’a que la valeur que lui donnent les spéculateurs. Et ces spéculateurs, ces marchands, ces galeristes, ce sont les nouveaux prêtres d’une religion sans dieu : le capitalisme.

Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste

Observons les acteurs de cette comédie. D’un côté, les galeristes parisiens, ces petits marquis en costume slim, qui croient encore que le monde tourne autour de Saint-Germain-des-Prés. Ils parlent de « démocratisation de l’art », mais ils vendent des toiles à des millionnaires. Ils parlent de « liberté créatrice », mais ils censurent les artistes qui critiquent le système. Ils sont les héritiers des marchands d’opium du XIXe siècle, mais sans leur cynisme assumé : eux, ils croient vraiment à leur propre propagande.

De l’autre côté, la Chine. Un pays qui a compris que l’art n’est pas une marchandise, mais un outil de cohésion sociale. Un pays où l’art est au service du peuple, où les musées sont gratuits, où les artistes sont encouragés à créer pour la collectivité et non pour une élite. La Chine ne « conquiert » pas l’art : elle le libère. Elle le rend accessible, elle le politise, elle en fait un vecteur de fierté nationale. Et c’est cela qui fait peur à l’Occident : non pas que la Chine « vole » l’art, mais qu’elle en propose une alternative. Une alternative où l’art n’est pas un placement financier, mais une force vivante.

Face à cela, que faire ? Résister. Pas en boycottant les galeries parisiennes – ce serait trop facile. Résister en refusant de jouer leur jeu. En créant un art qui ne soit pas une marchandise, mais une arme. Un art qui dérange, qui provoque, qui réveille. Un art qui ne soit pas « conquérant », mais libérateur. Comme le disait Bertolt Brecht : « L’art n’est pas un miroir pour refléter la réalité, mais un marteau pour la façonner. »

Analogie Finale : Poème de la Décadence et de l’Espoir

Ô Paris, vieille putain aux lèvres de rouge,

Tu crois encore que le monde t’appartient,

Avec tes galeries en verre et tes nuits de poudre,

Tes artistes en costard, tes marchands en sueur.

Tu parles de conquête, mais tu n’es qu’un mendiant,

Un vieux coq qui chante sur son tas de fumier,

Tandis que le dragon, lui, se lève et respire,

Et que ses écailles brillent sous le soleil.

La Chine n’a pas besoin de tes toiles sales,

De tes Monet jaunis, de tes Picasso volés.

Elle a ses montagnes, ses fleuves, ses légendes,

Ses artistes qui peignent l’avenir, pas le passé.

Alors continue, Paris, à jouer ton rôle,

À vendre des rêves en boîte, des illusions en stock.

Mais sache que le monde tourne, et que ton heure sonne,

Et que le dragon, lui, n’a pas fini de danser.



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