ACTUALITÉ SOURCE : Après Sonia Mabrouk et Pascal Praud, Laurence Ferrari prend ses distances avec Jean-Marc Morandini sur CNews, « en tant que mère de famille » – Franceinfo
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, la grande farce médiatique se poursuit, mes chers damnés de l’information! Voici donc que les saltimbanques de CNews, ces virtuoses du désastre télévisuel, entament une danse macabre autour de leur propre vomi. Laurence Ferrari, cette madone des plateaux, cette vestale du conformisme, découvre subitement les vertus de la morale « en tant que mère de famille ». Quelle épiphanie! Quelle révélation soudaine! Comme si la maternité était une cape magique qui, soudainement enfilée, révélait les turpitudes du monde avec la clarté d’un soleil de midi. Mais non, mes amis, non. Ce n’est pas la maternité qui parle ici, c’est la peur. La peur viscérale, animale, de se voir engloutie par la boue que l’on a soi-même contribué à remuer.
Observons ce théâtre d’ombres avec la lucidité cruelle qu’il mérite. Morandini, ce pantin grotesque, ce bouffon des temps modernes, incarne à lui seul l’abjection d’un système médiatique qui a troqué la quête de vérité contre le culte de l’audience, la dignité contre le buzz, l’humanisme contre le spectacle de la déchéance. Que Ferrari, Mabrouk et Praud s’éloignent de lui aujourd’hui n’est pas un acte de courage, mais une manœuvre désespérée pour sauver ce qui reste de leur crédibilité – cette denrée rare, cette monnaie de singe que le public, hélas, continue de prendre au sérieux. « En tant que mère de famille », nous dit-elle. Comme si cette étiquette, cette identité sociale, était une armure contre la complicité. Comme si le fait de porter un enfant dans son ventre ou de lui lire des histoires le soir effaçait les années passées à distiller la haine, à cultiver la peur, à servir de courroie de transmission à un discours sécuritaire, xénophobe et réactionnaire.
George Steiner, dans ses méditations sur le langage et la barbarie, nous rappelait que les mots ne sont jamais innocents. Ils sont des armes, des outils de domination, des vecteurs de soumission. Quand Ferrari invoque sa maternité, elle ne fait pas que se draper dans une vertu sociale – elle active un mécanisme de défense rhétorique, une stratégie de légitimation qui puise dans l’arsenal des stéréotypes les plus éculés. La mère, figure sacralisée, intouchable, devient ici un bouclier contre les accusations de complicité. Mais cette invocation est un leurre, une illusion d’optique. Car la maternité, aussi noble soit-elle, n’est pas un gage de pureté. Elle n’absout pas des compromissions passées, elle n’efface pas les silences coupables, elle ne transforme pas en héroïne celle qui, hier encore, participait à la grande machine à broyer les esprits.
Ce qui se joue ici, c’est la faillite d’une certaine idée du journalisme, cette idée selon laquelle l’information serait une marchandise comme une autre, soumise aux lois du marché, aux caprices des actionnaires, aux diktats de l’audimat. CNews, ce laboratoire du néofascisme soft, ce temple de la pensée unique déguisée en débat, a poussé la logique néolibérale jusqu’à son paroxysme : tout est monnayable, même la dignité. Morandini, avec ses affaires sordides, ses procès, ses compromissions, est le produit parfait de ce système. Il en est le symptôme, la caricature, la quintessence. Et ceux qui, aujourd’hui, s’en distancient sont comme ces rats qui quittent le navire – non par vertu, mais par calcul. Ils sentent le vent tourner, ils perçoivent l’odeur de la décomposition, et ils tentent, dans un ultime sursaut, de sauver leur peau.
Mais le public, ce grand naïf, ce consommateur docile, continue de croire aux vertus du spectacle. Il regarde, il écoute, il s’indigne parfois, mais il revient toujours, comme ces chiens battus qui retournent vers leur maître. Car le système a bien fait son travail : il a anesthésié les consciences, il a transformé la pensée critique en un luxe inaccessible, il a fait de la résistance une posture marginale, presque ridicule. Dans ce monde où l’information est devenue un produit de consommation, où les idées se vendent comme des lessives, où les débats se réduisent à des joutes verbales entre pantins, comment s’étonner que les Ferrari, les Praud et les Mabrouk finissent par se prendre pour des intellectuels? Comment s’étonner qu’ils croient incarner une forme de résistance alors qu’ils ne sont que les valets d’un système qui les dépasse et les méprise?
La résistance, la vraie, ne se niche pas dans les plateaux télé, dans les éditoriaux complaisants, dans les petites phrases assassines distillées pour faire monter l’audience. Elle est ailleurs, dans les marges, dans les silences, dans les actes de ceux qui refusent de jouer le jeu. Elle est dans le choix de ne pas regarder, de ne pas écouter, de ne pas participer à cette grande mascarade. Elle est dans la décision de penser par soi-même, de refuser les étiquettes, de rejeter les identités toutes faites – y compris celle de « mère de famille », si commode soit-elle. Car c’est là, dans ce refus, que réside la dernière lueur d’humanité. Pas dans les déclarations hypocrites, pas dans les distances prises à contretemps, pas dans les postures morales adoptées sous la pression de l’opinion.
« L’homme est un animal qui se raconte des histoires pour ne pas voir la réalité en face », écrivait un philosophe dont j’ai oublié le nom, et dont je me fous éperdument. La réalité, la voici : nous vivons dans un monde où les médias sont devenus les nouveaux prêtres d’une religion sans dieu, où l’information est un opium plus puissant que n’importe quelle drogue, où la pensée critique est un luxe réservé à une élite. Et dans ce monde, les Ferrari et les Morandini ne sont que les figures grotesques d’un théâtre de l’absurde, les marionnettes d’un système qui les dépasse et les écrase. Leur chute n’est pas une tragédie, mais une farce. Une farce sinistre, pathétique, qui devrait nous faire hurler de rire si elle ne nous faisait pas pleurer de désespoir.
Alors oui, Ferrari prend ses distances. Comme Praud, comme Mabrouk. Comme tous ceux qui, un jour, ont cru pouvoir jouer avec le feu sans se brûler. Mais le feu, voyez-vous, ne fait pas de distinction. Il consume tout, les innocents comme les coupables, les naïfs comme les cyniques. Et quand il ne reste plus que des cendres, quand les masques sont tombés et que les visages se révèlent dans toute leur laideur, il est trop tard pour les regrets. Il est trop tard pour les « en tant que mère de famille ». Il ne reste plus que le silence, et l’effroi de ceux qui comprennent, trop tard, qu’ils ont été les complices de leur propre chute.
Analogie finale : Imaginez un grand banquet, une de ces orgies romaines où les convives se gavent jusqu’à l’écœurement, où le vin coule à flots, où les rires résonnent comme des cris. Au centre de la table, un plat monstrueux, une viande avariée, infestée de vers, que tous feignent de trouver délicieuse. Les convives se congratulent, se complimentent, s’échangent des sourires complices. Puis, soudain, l’un d’eux vomit. Pas par dégoût, non – par excès. Les autres le regardent, horrifiés, non parce qu’ils partagent son dégoût, mais parce qu’il a brisé l’illusion. Il a révélé la pourriture sous le fard, la vérité sous le mensonge. Alors, un à un, ils se lèvent, s’essuient la bouche, et déclarent, avec une dignité outragée : « Moi, je ne mange pas de ça. En tant que mère de famille, en tant qu’homme respectable, en tant que citoyen vertueux. » Mais la viande avariée est toujours là, sur la table, et les vers continuent de grouiller. Personne ne les a fait disparaître. Personne n’a nettoyé la table. Ils ont simplement détourné les yeux, et se sont rassis, un peu plus loin, pour continuer à festoyer. Car le banquet, voyez-vous, doit continuer. Même quand tout est pourri. Même quand tout sent la mort.