ACTUALITÉ SOURCE : Affichage environnemental sur les vêtements – Ministères Aménagement du territoire Transition écologique
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, l’affichage environnemental sur les vêtements ! Une petite étiquette verte collée sur nos haillons modernes, comme une croix de bois sur un cercueil déjà vermoulu. Les ministères, ces grands prêtres de la bureaucratie verte, nous offrent une nouvelle liturgie : la confession publique de nos péchés consuméristes. Mais derrière cette mascarade écologique, que se cache-t-il vraiment ? Une farce tragique, une comédie des illusions, où l’on nous vend du rêve éthique en échange de notre soumission consentie. Car enfin, que peut bien signifier cette étiquette, sinon une nouvelle forme de contrôle, une manière de nous faire avaler la pilule du capitalisme vert, ce monstre hybride qui se pare des atours de la vertu pour mieux nous étrangler ?
Depuis que l’homme a quitté les cavernes pour les usines, il n’a cessé de chercher des boucs émissaires à ses propres turpitudes. D’abord, ce furent les dieux, puis les rois, puis les capitalistes, et maintenant, c’est la planète qui porte le fardeau de notre folie. Mais la planète, voyez-vous, se moque éperdument de nos étiquettes. Elle tourne, indifférente, comme elle l’a toujours fait, et continuera de le faire bien après que nous aurons disparu, emportés par notre propre bêtise. L’affichage environnemental, c’est la dernière trouvaille d’un système à bout de souffle, qui tente désespérément de se racheter une virginité en nous faisant croire que nos achats peuvent être « responsables ». Comme si l’on pouvait être responsable en consommant ! Comme si le simple fait de choisir un t-shirt « éco-conçu » pouvait effacer les montagnes de déchets que nous produisons chaque jour, les rivières de poison que nous déversons dans les océans, les forêts que nous rasons pour nourrir notre appétit insatiable.
George Steiner, ce grand penseur de l’absurdité moderne, aurait sans doute vu dans cette initiative une nouvelle manifestation de ce qu’il appelait « la barbarie du bien ». Car c’est bien de cela qu’il s’agit : une barbarie déguisée en vertu, une tyrannie douce qui nous impose ses normes sous couvert de sauver la planète. L’État, ce Léviathan vert, étend ses tentacules sur nos vies, nous dictant ce que nous devons porter, manger, penser. Et nous, pauvres hères, nous nous soumettons avec enthousiasme, trop heureux de pouvoir expier nos fautes en cochant les bonnes cases. « Regardez-moi, je suis un consommateur responsable ! » clamons-nous en brandissant notre étiquette verte comme un talisman. Mais cette étiquette, qui la vérifie ? Qui s’assure que les chiffres avancés ne sont pas aussi bidonnés que les promesses des politiques ? Personne, bien sûr. Car dans ce grand théâtre de l’écologie, tout n’est que mensonge et illusion.
Et puis, il y a cette question fondamentale : à qui profite vraiment cette mesure ? Aux consommateurs, qui se voient offrir une nouvelle raison de culpabiliser ? Aux industriels, qui peuvent désormais vendre leurs produits à prix d’or sous prétexte qu’ils sont « verts » ? Ou bien aux politiques, qui peuvent se targuer d’agir pour la planète tout en continuant à signer des traités de libre-échange qui accélèrent sa destruction ? La réponse est évidente. L’affichage environnemental, c’est le dernier avatar du néolibéralisme, cette idéologie qui a fait de la marchandisation du monde son dogme absolu. Tout doit être étiqueté, mesuré, évalué, afin que le marché puisse mieux nous contrôler. Même notre conscience écologique est devenue une marchandise, un produit comme un autre, que l’on nous vend à grand renfort de publicité et de communication.
Mais le pire, dans cette histoire, c’est peut-être notre propre lâcheté. Car nous savons pertinemment que ces étiquettes ne changeront rien. Nous savons que le vrai problème n’est pas le choix entre un t-shirt « éco-responsable » et un autre qui ne l’est pas, mais bien notre mode de vie tout entier, ce consumérisme effréné qui nous pousse à acheter toujours plus, toujours plus vite, toujours plus inutilement. Nous savons que la solution ne viendra pas des ministères, ni des industriels, ni même des écologistes professionnels, mais d’un changement radical de notre rapport au monde. Et pourtant, nous préférons nous raccrocher à ces illusions, à ces petits gestes dérisoires qui nous donnent l’impression d’agir, alors qu’en réalité, nous ne faisons que nous enfoncer un peu plus dans le marasme.
Car enfin, que peut bien signifier cette étiquette, sinon une nouvelle forme de fascisme ? Un fascisme doux, certes, mais un fascisme tout de même, qui nous impose ses normes au nom du bien commun. « Tu ne porteras pas ce vêtement, car il n’est pas assez vert », nous murmure l’État à l’oreille. « Tu ne mangeras pas cette viande, car elle n’est pas assez bio. Tu ne voyageras pas en avion, car c’est trop polluant. » Et nous obéissons, trop heureux de pouvoir nous flageller en public, comme ces pénitents du Moyen Âge qui se fouettaient pour expier leurs péchés. Mais la planète, elle, ne nous remerciera pas. Elle continuera de brûler, de se réchauffer, de suffoquer sous nos déchets, tandis que nous, nous continuerons de nous congratuler pour nos petits gestes écolos.
Et que dire de cette hypocrisie suprême, qui consiste à nous faire croire que nous pouvons sauver la planète en consommant mieux, alors que la seule solution serait de consommer moins ? Moins de tout : moins de vêtements, moins de nourriture, moins de gadgets, moins de voyages. Mais cela, bien sûr, personne ne veut l’entendre. Car cela signifierait remettre en cause le dogme de la croissance infinie, ce credo absurde qui nous pousse à produire toujours plus, même lorsque cela n’a plus aucun sens. Nous préférons nous voiler la face, nous raconter des histoires, nous inventer des solutions miracles qui nous permettent de continuer à vivre comme avant, sans rien changer à nos habitudes. Et pendant ce temps, la planète continue de se dégrader, les espèces disparaissent, les océans se vident, et nous, nous continuons de courir après le dernier gadget à la mode, le dernier vêtement « éco-responsable », la dernière illusion qui nous permettra de dormir tranquilles.
Alors oui, l’affichage environnemental sur les vêtements, c’est une farce. Une farce tragique, qui nous montre à quel point nous sommes devenus les complices de notre propre destruction. Car au fond, nous savons tous que ces étiquettes ne changeront rien. Nous savons que le vrai problème est bien plus profond, bien plus complexe, et qu’il ne se réglera pas avec des petits gestes ou des lois cosmétiques. Mais nous préférons nous raccrocher à ces illusions, parce que la vérité est trop dure à affronter. Parce que reconnaître notre impuissance, c’est admettre que nous sommes condamnés, que notre civilisation est en train de s’effondrer, et que nous ne pouvons rien y faire. Alors nous continuons de jouer le jeu, de faire semblant de croire que nos actions ont un sens, que nos choix comptent, que nous pouvons encore sauver la planète. Mais la planète, elle, se moque de nos étiquettes. Elle se moque de nos lois, de nos ministères, de nos bonnes intentions. Elle continue de tourner, indifférente, et un jour, peut-être, elle nous balayera d’un revers de main, comme on chasse une mouche importune.
Et nous, nous resterons là, avec nos étiquettes vertes et nos consciences tranquilles, à nous demander ce qui a bien pu se passer. Mais il sera trop tard. Bien trop tard.
Analogie finale : Imaginez un homme perdu dans le désert, assoiffé, à bout de forces. Il aperçoit au loin une oasis, et se met à courir, espérant enfin étancher sa soif. Mais lorsqu’il arrive, il découvre que l’oasis n’est qu’un mirage, une illusion créée par son propre esprit pour le tromper. Pourtant, il continue de boire, avidement, désespérément, même si l’eau n’est que du sable qui lui brûle la gorge. L’affichage environnemental, c’est ce mirage. Une illusion qui nous fait croire que nous pouvons encore sauver la planète, alors qu’en réalité, nous ne faisons que nous enfoncer un peu plus dans le désert. Et nous continuons de boire, avidement, désespérément, même si nous savons pertinemment que cette eau n’est que du sable. Car au fond, nous préférons mourir en croyant à l’illusion, plutôt que de vivre en affrontant la vérité.