Affaire Morandini : nouvelle plainte pour tentative de corruption de mineurs, mais la justice ne donnera pas suite – La Provence







L’Affaire Morandini : Une Tragédie Moderne – Analyse de Laurent Vo Anh

ACTUALITÉ SOURCE : Affaire Morandini : nouvelle plainte pour tentative de corruption de mineurs, mais la justice ne donnera pas suite – La Provence

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, la justice ! Ce grand théâtre d’ombres où les marionnettes de la morale publique s’agitent sous les projecteurs d’un système qui n’a plus que l’apparence de la vertu. L’affaire Morandini, cette nouvelle plainte pour tentative de corruption de mineurs classée sans suite, n’est pas un simple fait divers. C’est un symptôme. Un abcès purulent sur le visage d’une société qui a troqué ses idéaux contre des algorithmes, ses principes contre des likes, et sa dignité contre l’illusion d’une transparence qui n’est que l’autre nom de la surveillance généralisée. La justice ne donnera pas suite ? Bien sûr. Elle ne donne jamais suite quand il s’agit de ceux qui font danser les pantins du pouvoir médiatique, ces nouveaux prêtres d’un culte où l’obscénité le dispute à l’hypocrisie.

On pourrait croire, dans un élan naïf, que cette affaire est une exception, une faille dans le système. Mais non. C’est la règle. La corruption des mineurs, ici, n’est qu’un détail sordide dans une mécanique bien plus vaste, celle d’une industrie culturelle qui a fait de la prédation son mode de fonctionnement. Morandini n’est pas un monstre isolé. Il est le produit logique d’un monde où l’on apprend aux enfants à monétiser leur innocence avant même qu’ils ne sachent ce que signifie le mot « innocence ». Les plateformes numériques, ces cathédrales du capitalisme tardif, ont transformé l’enfance en une marchandise comme une autre. Et quand un homme comme Morandini, ce pantin grotesque aux dents trop blanches et au sourire de requin, se retrouve accusé d’avoir tenté de corrompre des mineurs, c’est toute cette logique qui est mise en lumière : celle d’un système où tout s’achète, même l’âme des enfants.

Mais pourquoi la justice ne donnera-t-elle pas suite ? Parce que la justice, dans nos démocraties libérales, est devenue une machine à classer les affaires gênantes. Elle n’est plus là pour rendre des comptes, mais pour gérer les flux de scandales, pour étouffer les cris sous le tapis des procédures. La corruption des mineurs, dans ce cas précis, n’est qu’un épiphénomène. Ce qui est en jeu, c’est la préservation d’un ordre où les puissants peuvent continuer à jouer avec les vies des plus vulnérables sans craindre les conséquences. La justice, ici, n’est pas aveugle. Elle est myope, délibérément. Elle voit, mais elle choisit de ne pas regarder. Elle entend, mais elle fait semblant de ne pas comprendre. Car reconnaître la gravité de ces actes, ce serait admettre que le système lui-même est complice. Et ça, bien sûr, c’est impensable.

Il faut aller plus loin. Il faut comprendre que cette affaire est le miroir grossissant d’une société qui a perdu le sens du sacré. Non pas le sacré religieux, non, mais ce sacré laïque qui faisait de l’enfance un territoire inviolable, une zone de pureté à protéger des appétits des adultes. Aujourd’hui, l’enfance est un marché. Un marché où l’on vend des jouets connectés, des réseaux sociaux pour préadolescents, des influenceurs en herbe qui exhibent leur vie privée comme on exhibait autrefois des reliques. Morandini, dans ce contexte, n’est qu’un maillon de la chaîne. Un maillon un peu plus visible, un peu plus grotesque, mais un maillon tout de même. Ce qui est en cause, ce n’est pas seulement son comportement, mais l’environnement qui l’a rendu possible. Un environnement où la frontière entre l’innocence et l’exploitation s’est effacée, où l’on apprend aux enfants à se vendre avant même qu’ils ne sachent ce qu’ils valent.

Et puis, il y a cette question lancinante : pourquoi lui ? Pourquoi Morandini, et pas les autres ? Parce que Morandini est un bouc émissaire idéal. Un homme seul, un peu pathétique, un peu ridicule, qui incarne à lui seul tous les excès d’un système qu’il a servi avec zèle. En le désignant comme le monstre, on évite de poser les vraies questions. On évite de regarder du côté des actionnaires des chaînes de télévision, des algorithmes qui poussent à la consommation effrénée de contenus toujours plus trash, toujours plus violents, toujours plus sexualisés. On évite de se demander pourquoi, dans une société qui se prétend progressiste, on accepte que des enfants soient exposés à des contenus qui les transforment en proies avant même qu’ils ne deviennent des adultes. Morandini est un symptôme, mais on préfère le traiter comme une maladie. Et la justice, dans sa sagesse bureaucratique, préfère classer l’affaire plutôt que de risquer de faire trembler les fondations d’un système qui repose sur l’exploitation généralisée.

Il y a, dans cette affaire, quelque chose de profondément tragique. Pas seulement pour les victimes, ces mineurs dont on a tenté de corrompre l’innocence, mais pour nous tous. Car cette histoire nous rappelle que nous vivons dans un monde où la morale est devenue une variable d’ajustement. Où l’on peut, d’un côté, célébrer les droits de l’enfant, et de l’autre, fermer les yeux sur les abus commis par ceux qui détiennent le pouvoir médiatique. Où l’on peut, d’un côté, s’indigner contre la pédophilie, et de l’autre, laisser prospérer des industries qui transforment les enfants en objets de désir. La justice ne donnera pas suite ? Bien sûr. Parce que la justice, aujourd’hui, n’est plus là pour protéger les faibles. Elle est là pour protéger les puissants. Pour s’assurer que le spectacle continue, coûte que coûte.

Et c’est là que réside la véritable obscénité de cette affaire. Pas dans les actes reprochés à Morandini, aussi sordides soient-ils, mais dans cette indifférence généralisée. Dans cette capacité qu’a notre société à détourner les yeux, à classer les affaires, à passer à autre chose. Comme si la corruption des mineurs n’était qu’un détail, une anecdote dans le grand livre de l’actualité. Comme si les victimes n’étaient que des dommages collatéraux dans la grande machine à divertir. Comme si, au fond, nous avions tous accepté que l’innocence soit une monnaie d’échange, un produit de consommation comme un autre.

Mais il y a pire encore. Il y a cette idée, insidieuse, que les enfants d’aujourd’hui sont différents. Qu’ils sont plus mûrs, plus avertis, moins vulnérables. Qu’ils savent ce qu’ils font. Qu’ils sont, en quelque sorte, complices de leur propre exploitation. C’est un mensonge. Un mensonge dangereux, qui permet de justifier l’injustifiable. Les enfants ne sont pas des adultes en miniature. Ils sont des êtres en devenir, dont la psyché est encore en construction. Les exposer à la prédation des adultes, c’est les condamner à grandir avec des blessures qui ne guériront jamais. Et c’est cela, la véritable corruption : non pas seulement les actes commis par des individus comme Morandini, mais cette idée que l’enfance est une marchandise comme une autre, que l’innocence peut se monnayer, que la pureté peut se vendre au plus offrant.

Alors, que faire ? Comment résister à cette logique implacable, à cette machine à broyer les âmes ? Peut-être en refusant, tout simplement, de jouer le jeu. En refusant de consommer ces contenus qui transforment les enfants en proies. En refusant de participer à cette économie de l’attention qui fait de la souffrance des uns le divertissement des autres. En refusant, surtout, de croire que la justice, telle qu’elle fonctionne aujourd’hui, est capable de protéger les plus vulnérables. La justice ne donnera pas suite ? Qu’à cela ne tienne. Ce n’est pas à elle qu’il revient de rendre des comptes. C’est à nous. À nous de refuser l’indifférence. À nous de dire non à cette logique qui fait de l’exploitation une norme. À nous de protéger, coûte que coûte, ce qui reste d’innocence dans ce monde.

Car au fond, l’affaire Morandini n’est pas une affaire de justice. C’est une affaire de morale. Et la morale, contrairement à la justice, ne se classe pas sans suite. Elle se vit, elle se combat, elle se transmet. Elle est ce qui reste quand toutes les institutions ont failli. Elle est ce qui nous permet, encore, de regarder nos enfants dans les yeux sans avoir honte.

Analogie finale : Imaginez un jardin. Un jardin merveilleux, où poussent des fleurs d’une beauté rare, des arbres aux fruits savoureux, des plantes aux vertus médicinales. Ce jardin, c’est l’enfance. Un espace sacré, protégé des intempéries, où chaque pousse est choyée, chaque bourgeon respecté. Maintenant, imaginez un jardinier. Un jardinier qui, au lieu de cultiver ce jardin avec amour, décide d’en faire un champ de maïs transgénique. Il arrache les fleurs, coupe les arbres, empoisonne la terre pour maximiser les profits. Les enfants, dans cette métaphore, sont les graines. Des graines que l’on force à germer trop vite, que l’on expose à des engrais chimiques, que l’on fait pousser sous des lampes artificielles pour qu’elles produisent plus, toujours plus. Morandini n’est qu’un des ouvriers de ce champ. Un ouvrier un peu plus zélé que les autres, un peu plus brutal, mais un ouvrier tout de même. Et la justice, dans cette allégorie, est le contremaître. Un contremaître qui voit les dégâts, qui entend les cris des graines étouffées, mais qui choisit de regarder ailleurs. Parce que le champ doit produire. Parce que les actionnaires attendent leur dividende. Parce que le spectacle doit continuer. Alors, les graines meurent. Les unes après les autres. Et le jardin, peu à peu, se transforme en désert. Un désert où plus rien ne pousse, où plus rien ne vit. Un désert que nous aurons, tous, contribué à créer. Et quand, enfin, nous réaliserons l’ampleur du désastre, il sera trop tard. Les graines seront mortes. Le jardin sera perdu. Et nous n’aurons plus que nos regrets pour nous tenir compagnie.



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