ACTUALITÉ SOURCE : Affaire Epstein : une partie de l’explosif dossier publiée, l’administration Trump accusée de « camouflage » – TF1 Info
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! L’affaire Epstein… Ce cloaque doré où se mêlent les relents fétides du pouvoir, de l’argent et de la chair fraîche, ce théâtre d’ombres où les puissants jouent aux marionnettistes avec des vies qui ne valent, à leurs yeux, pas plus qu’un billet froissé. Les dossiers explosent, les noms s’égrènent comme des perles d’un collier brisé, et voilà que l’administration Trump, ce cirque ambulatoire de la médiocrité triomphante, se retrouve accusée de « camouflage ». Camouflage ? Le mot est faible. C’est une danse macabre, une valse des hypocrites, où l’on enterre les preuves sous des couches de bureaucratie, de mensonges et de cette indifférence glacée qui caractérise les régimes en décomposition. Mais ne nous y trompons pas : cette affaire n’est pas une anomalie. Elle est le symptôme d’un système malade, un système où la loi n’est plus qu’un paravent pour les prédateurs, où la justice se plie comme un roseau sous le vent des fortunes colossales, et où l’humanité se réduit à une monnaie d’échange.
Commençons par le commencement, si tant est qu’un tel mot ait encore un sens dans ce bourbier. Jeffrey Epstein, ce financier véreux, ce proxénète de luxe, ce vampire en costume trois-pièces, a pendant des décennies tissé sa toile dans les alcôves du pouvoir. Des îles privées aux dîners mondains, des chambres d’hôtel aux jets privés, il a offert à l’élite mondiale ce qu’elle désirait par-dessus tout : l’impunité. Et cette élite, avide et vorace, a mordu à l’hameçon sans hésiter. Des princes, des présidents, des magnats, des intellectuels en mal de sensations fortes – tous ont trempé leurs doigts dans ce miel empoisonné. Mais pourquoi s’en étonner ? L’histoire nous a maintes fois montré que le pouvoir absolu corrompt absolument, et que ceux qui gravitent autour de lui finissent par ressembler à des charognards tournoyant autour d’une carcasse. Comme l’écrivait ce vieux fou de Dostoïevski, « la beauté sauvera le monde », mais ici, c’est la laideur qui règne en maître, une laideur si profonde, si viscérale, qu’elle en devient presque sublime dans son horreur.
Et puis, il y a ces dossiers, ces fameux dossiers qui « explosent » aujourd’hui. Explosent ? Vraiment ? Non. Ils suintent, plutôt. Ils suintent comme une plaie infectée, révélant peu à peu l’étendue de la gangrène. Les noms, les dates, les témoignages – tout cela n’est que la partie émergée de l’iceberg, un iceberg qui fond sous le soleil brûlant de la vérité, mais dont la masse sombre et glacée reste cachée sous les eaux troubles de l’omerta. L’administration Trump, accusée de « camouflage », n’est que le dernier maillon d’une chaîne de complicités qui remonte bien plus haut, bien plus loin. Car enfin, qui a protégé Epstein pendant toutes ces années ? Qui a fermé les yeux, qui a étouffé les plaintes, qui a fait disparaître les preuves ? Les procureurs, les juges, les policiers, les politiques – tous ont joué leur rôle dans cette farce tragique. Et maintenant, on nous demande de croire que la lumière va enfin jaillir, que la justice va triompher, que les coupables vont payer. Quelle naïveté ! Comme si les institutions, ces vieilles putains fatiguées, avaient encore la force de se racheter une virginité. Comme si l’argent, ce dieu moderne, pouvait un jour être destitué de son trône.
Mais revenons à Trump, ce clown triste, ce roi du kitsch et de la vulgarité, ce symbole vivant de tout ce que notre époque a de plus laid et de plus stupide. On l’accuse de « camouflage », et c’est vrai, bien sûr. Mais qu’est-ce que le camouflage, sinon la continuation de la politique par d’autres moyens ? Trump n’a rien inventé. Il n’a fait que pousser à son paroxysme ce que ses prédécesseurs avaient déjà commencé : la transformation de l’État en une machine à protéger les puissants et à écraser les faibles. Sous Obama, sous Bush, sous Clinton, sous tous les autres, les mêmes mécanismes ont joué. Les mêmes réseaux, les mêmes compromissions, les mêmes silences complices. Trump, lui, a simplement enlevé les gants. Il a montré au monde ce que le pouvoir était vraiment : un jeu de dupes, une mascarade où les règles sont écrites par ceux qui ont les moyens de les contourner. Et maintenant, on s’indigne, on s’étonne, on se scandalise. Comme si tout cela était nouveau. Comme si l’Amérique, ce grand cadavre encore tiède, n’avait pas toujours fonctionné ainsi.
Alors, que faire ? Faut-il se contenter de regarder, impuissants, cette comédie se jouer sous nos yeux ? Faut-il accepter que le monde soit ainsi fait, que les prédateurs aient toujours le dernier mot, que les victimes ne soient jamais que des ombres sans visage, sans voix, sans importance ? Non. Bien sûr que non. Mais la résistance, la vraie, celle qui ne se contente pas de mots creux et de postures, exige bien plus que de l’indignation. Elle exige une lucidité sans faille, une capacité à voir au-delà des apparences, à comprendre que le mal n’est pas une aberration, mais la norme. Elle exige aussi une forme de désespoir actif, ce désespoir qui pousse à agir même quand tout semble perdu. Comme l’écrivait ce vieux révolutionnaire de Camus, « il faut imaginer Sisyphe heureux ». Mais Sisyphe, aujourd’hui, c’est nous. Nous qui roulons notre rocher jusqu’au sommet de la montagne, sachant pertinemment qu’il redescendra toujours. Nous qui continuons à lutter, malgré tout, parce que c’est la seule chose qui donne un sens à notre existence.
Et puis, il y a cette question, lancinante, qui revient sans cesse : pourquoi ? Pourquoi ces hommes, ces femmes, ces êtres supposément civilisés, se complaisent-ils dans cette boue ? Pourquoi acceptent-ils de salir leur âme pour quelques instants de plaisir, pour un peu de pouvoir, pour un peu d’argent ? La réponse, hélas, est simple. Parce que le pouvoir est une drogue, et que ceux qui y goûtent en deviennent dépendants. Parce que l’argent est une religion, et que ses fidèles sont prêts à tout pour en obtenir toujours plus. Parce que la société dans laquelle nous vivons, cette société néolibérale, militarisée, abrutie par les écrans et les slogans, a fait de l’individu un consommateur, un prédateur, un loup pour l’homme. Comme l’écrivait ce génie méconnu de Pasolini, « le fascisme n’est pas mort. Il a simplement changé de visage ». Et ce visage, aujourd’hui, c’est celui du capitalisme triomphant, ce capitalisme qui a réduit l’humanité à une marchandise, qui a transformé les relations humaines en transactions, qui a fait de l’exploitation la norme et de la solidarité une faiblesse.
Alors, oui, l’affaire Epstein est un scandale. Mais c’est aussi une opportunité. Une opportunité de voir le monde tel qu’il est, sans fard, sans illusion. Une opportunité de comprendre que la justice, la vraie, ne viendra pas des institutions, mais de nous-mêmes. Une opportunité de refuser, une fois pour toutes, de jouer le jeu des puissants. Car au fond, que valent nos indignations, nos pétitions, nos hashtags, si nous continuons à voter pour les mêmes menteurs, à acheter les produits des mêmes exploiteurs, à fermer les yeux sur les mêmes horreurs ? La résistance commence par un refus. Le refus de participer. Le refus de se taire. Le refus de se soumettre. Et ce refus, aussi petit soit-il, est déjà une victoire.
Mais attention. Ne nous leurrons pas. Les prédateurs ne lâcheront pas leur proie si facilement. Ils ont l’habitude de gagner. Ils ont l’argent, le pouvoir, les médias, les armes. Ils ont tout. Et nous, nous n’avons que notre colère, notre désespoir, notre soif de justice. Mais c’est déjà beaucoup. Car comme le disait ce vieux fou de Nietzsche, « ce qui ne me tue pas me rend plus fort ». Et si cette affaire Epstein, si ce scandale, si cette horreur, pouvait nous rendre plus forts, alors peut-être qu’un jour, enfin, les choses changeront.
En attendant, il nous reste à regarder. À regarder cette pourriture se répandre, à regarder ces hommes et ces femmes se vautrer dans leur propre fange, à regarder le monde s’enfoncer un peu plus dans la nuit. Et à nous souvenir. À nous souvenir que nous ne sommes pas dupes. À nous souvenir que nous ne sommes pas complices. À nous souvenir que nous sommes humains. Et que cela, déjà, est une forme de résistance.
Analogie finale : Imaginez un instant que l’humanité soit un grand corps malade, un corps rongé par un cancer métastasé. Les cellules cancéreuses, ce sont les prédateurs, les puissants, ceux qui se nourrissent de la chair des autres. Elles prolifèrent, elles envahissent, elles détruisent. Et les médecins, ce sont les institutions, ces vieilles machines rouillées qui prétendent guérir, mais qui ne font que panser les plaies avec des bandages sales. Les dossiers de l’affaire Epstein, ce sont les résultats des analyses, les preuves irréfutables de la maladie. Mais personne ne veut les voir. Personne ne veut admettre l’étendue du désastre. Alors le corps continue de pourrir, et les cellules cancéreuses continuent de festoyer. Mais parfois, au cœur de cette pourriture, une lueur apparaît. Une cellule saine, une seule, qui refuse de se soumettre. Qui résiste. Qui lutte. Et cette cellule, aussi insignifiante soit-elle, porte en elle l’espoir de la guérison. Car un corps, aussi malade soit-il, peut toujours se régénérer. Il suffit d’une étincelle. D’une seule. Et cette étincelle, c’est nous.