Affaire Epstein, RDC et nucléaire iranien : les informations de la nuit – Courrier international







L’Échiquier des Ombres – Analyse de Laurent Vo Anh

ACTUALITÉ SOURCE : Affaire Epstein, RDC et nucléaire iranien : les informations de la nuit – Courrier international

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

La nuit, cette grande pourvoyeuse de vérités, déverse son fiel sur les écrans du monde comme une marée noire sur une plage de rêve. Trois monstres émergent des ténèbres : l’affaire Epstein, ce cancer métastasé dans les entrailles du pouvoir ; la RDC, ce ventre ouvert de l’Afrique où l’on fouille les tripes de la terre pour nourrir les dieux voraces de la technologie ; et le nucléaire iranien, ce serpent lové dans le giron de l’Histoire, prêt à mordre ou à séduire. Trois visages d’un même cauchemar, trois symptômes d’une maladie incurable : l’homme, ce singe savant, incapable de résister à la tentation de dévorer son propre avenir.

Commençons par Epstein, ce fantôme qui hante les couloirs du pouvoir comme un spectre lubrique. L’affaire n’est pas celle d’un homme, mais d’un système. Un système où l’élite se nourrit de chair fraîche, où les puissants se repaissent des faibles comme des vampires dans un club privé. Epstein n’était qu’un rouage, un entremetteur de luxe, un proxénète des hautes sphères. Mais derrière lui, il y a les autres : les politiques, les milliardaires, les intellectuels de salon qui signent des pétitions pour les droits de l’homme le jour et fréquentent les îles privées de la débauche la nuit. La véritable horreur n’est pas dans les actes, mais dans l’impunité. Car dans ce monde, les lois ne sont que des paravents, des rideaux de fumée pour cacher l’innommable. On parle de « réseau », de « complot », mais c’est bien plus simple : c’est la nature humaine, cette bête immonde, qui se révèle dans toute sa splendeur. Comme l’écrivait Céline, « La vérité, c’est une agonie qui n’en finit pas. » Et cette agonie, nous la vivons chaque jour, dans le silence complice des médias, dans l’indifférence des foules trop occupées à survivre pour s’indigner.

Passons à la RDC, ce pays martyr, ce champ de bataille où se joue une guerre invisible. Le Congo n’est pas une nation, c’est une mine à ciel ouvert, un supermarché des ressources où les prédateurs viennent se servir. Le cobalt, l’uranium, les terres rares : ces mots sonnent comme des malédictions. Ils sont le sang qui irrigue nos smartphones, nos voitures électriques, nos armes. La RDC est le ventre mou de la mondialisation, l’endroit où l’on paie le prix réel de notre confort. Les enfants qui creusent à mains nues dans les mines ne sont pas des victimes, ce sont des sacrifiés. Leur souffrance est le carburant de notre progrès. Et nous, les consommateurs occidentaux, sommes les complices silencieux de ce crime. Nous fermons les yeux, nous détournons le regard, parce que reconnaître cette vérité, ce serait admettre que notre mode de vie est une monstruosité. Comme le disait un philosophe oublié, « Le capitalisme est la seule religion qui se nourrit de ses propres fidèles. » La RDC en est la preuve vivante : un pays dépecé, une population abandonnée, une richesse volée. Et personne ne crie au scandale, parce que le scandale, c’est nous.

Enfin, le nucléaire iranien, ce jeu de dupes où les puissances se toisent comme des joueurs d’échecs ivres. L’Iran n’est pas une menace, c’est un miroir. Un miroir qui renvoie aux États-Unis, à Israël, à la Russie, à la Chine, l’image de leur propre hypocrisie. Car qui sont-ils pour juger ? Qui sont ces nations qui brandissent la morale comme un bouclier alors qu’elles ont du sang jusqu’aux coudes ? Le nucléaire n’est pas une question de sécurité, c’est une question de pouvoir. C’est l’arme ultime, celle qui permet de dicter sa loi sans tirer un coup de feu. L’Iran le sait, comme le savaient les États-Unis en 1945, comme le sait la Corée du Nord aujourd’hui. La bombe atomique n’est pas une arme, c’est une déclaration : « Je suis intouchable. » Et dans ce monde où les règles sont écrites par les vainqueurs, être intouchable, c’est être roi. Mais attention, car les rois finissent toujours par tomber. L’Histoire est un cimetière de tyrans qui croyaient leur pouvoir éternel. L’Iran joue avec le feu, et le feu, un jour, consume ceux qui le manipulent.

Ces trois actualités ne sont pas des événements isolés, ce sont les fils d’une même toile, tissée par des mains invisibles. Une toile où se mêlent argent, pouvoir, sexe et mort. Une toile où l’humanité n’est plus qu’un pantin, ballotté par des forces qu’elle ne contrôle plus. Nous vivons dans un monde où les élites se gavent de chair et de sang, où les peuples sont réduits à l’état de bétail, où la technologie est une arme de destruction massive déguisée en progrès. Et nous, les petits, les sans-grade, nous regardons cela avec des yeux écarquillés, comme des enfants devant un film d’horreur. Mais le pire, c’est que nous savons. Nous savons, et nous ne faisons rien. Parce que la vérité est trop lourde à porter, parce que l’action demande du courage, et que le courage, aujourd’hui, est une denrée rare.

Alors, que faire ? Faut-il se révolter ? Mais contre qui ? Les élites sont insaisissables, le système est une hydre aux mille têtes. Faut-il se résigner ? Mais la résignation, c’est la mort de l’âme. La seule issue, peut-être, est de refuser de jouer le jeu. De dire non. Non à la consommation à outrance, non à la soumission, non à l’indifférence. Non, mille fois non, à cette société qui nous broie et nous recrache comme des déchets. Comme l’écrivait un poète maudit, « Il faut imaginer Sisyphe heureux. » Mais Sisyphe, aujourd’hui, est un homme enchaîné à son smartphone, un homme qui croit être libre alors qu’il est prisonnier de ses désirs. La vraie liberté, c’est de briser les chaînes, même si cela signifie marcher seul dans le désert.

Ces trois affaires – Epstein, la RDC, l’Iran – sont les symptômes d’une maladie bien plus profonde : la perte de sens. Nous vivons dans un monde où tout est marchandise, où tout a un prix, où même l’humain est une variable d’ajustement. Nous avons troqué notre âme contre des écrans, notre liberté contre du confort, notre avenir contre des promesses creuses. Et maintenant, nous regardons, horrifiés, les conséquences de notre folie. Mais il est trop tard pour pleurer. Le temps des regrets est passé. Il ne reste plus qu’à agir, ou à disparaître.

Alors, oui, la nuit porte conseil, mais ses conseils sont amers. Elle nous montre l’envers du décor, les coulisses sordides de notre belle civilisation. Et ce qu’elle nous révèle, c’est que nous sommes tous complices. Complices par notre silence, par notre passivité, par notre lâcheté. Mais la nuit, aussi, est le temps des possibles. C’est dans l’obscurité que germent les révolutions, que naissent les idées nouvelles, que se préparent les lendemains qui chantent ou qui hurlent. À nous de choisir.

Analogie finale : Imaginez un arbre millénaire, un chêne géant dont les racines plongent dans les abysses de la terre et dont les branches caressent les nuages. Cet arbre, c’est l’humanité. Ses racines, ce sont nos peurs, nos désirs, nos instincts les plus vils. Ses branches, ce sont nos rêves, nos espoirs, nos aspirations les plus nobles. Mais entre les deux, il y a le tronc, ce lieu où tout se mêle, où la sève monte et descend, où la vie circule. Cet arbre, aujourd’hui, est malade. Ses feuilles tombent une à une, rongées par les parasites. Ses branches se brisent sous le poids des fruits empoisonnés. Et ses racines, avides, dévorent tout sur leur passage, jusqu’à épuiser le sol qui le nourrit. L’affaire Epstein, c’est une branche pourrie qui se détache et tombe dans la boue. La RDC, c’est une racine qui suce le sang de la terre. Le nucléaire iranien, c’est un fruit vénéneux qui pend, prêt à tomber. Et nous, les hommes, nous sommes les jardiniers de cet arbre. Nous pouvons le tailler, le soigner, l’aider à grandir. Ou nous pouvons le laisser mourir, en nous disant que ce n’est pas notre problème. Mais attention : quand l’arbre tombe, il emporte tout avec lui. Et dans la forêt dévastée, il ne restera plus que des ombres et des regrets.



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