ACTUALITÉ SOURCE : Affaire Epstein : l’onde de choc en France et en Europe en replay – C dans l’air – France TV
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! L’onde de choc Epstein… Comme si le vieux continent, ce cadavre exquis de la civilisation, se réveillait soudain avec une gueule de bois monstrueuse, réalisant qu’il a dansé toute la nuit sur un volcan de chair fraîche et de pouvoir putride. Cette affaire n’est pas un scandale, non, c’est une radiographie crue, un scanner impudique de ce que l’humanité a de plus pourri dans ses entrailles depuis que l’homme a troqué la massue contre le costume trois-pièces et le viol primitif contre le viol en col blanc.
Première étape : La Genèse du Prédateur – L’Homme, ce loup pour l’homme depuis la nuit des temps
Remontons, voulez-vous, aux origines de la horde. Dès que l’homo erectus a dressé son premier feu, il a aussi dressé sa première victime. Le pouvoir, ce vieux serpent, s’est enroulé autour du cou de l’humanité dès que Caïn a levé sa pierre sur Abel. Epstein n’est qu’un maillon – certes doré, lubrifié par les milliards – dans cette chaîne infinie de domination masculine. La prédation n’est pas une déviance, c’est la norme originelle. Les fresques de Lascaux montrent des hommes chassant le bison, mais qui nous dit qu’ils ne chassaient pas aussi les femmes des tribus voisines ? Le viol comme arme de guerre n’a pas attendu les Huns pour exister. Epstein, lui, a simplement industrialisé ce que les chefs de guerre faisaient à la main.
Deuxième étape : La Cité et le Bouc Émissaire – Athènes, Rome et le théâtre de la vertu
Ah, la démocratie athénienne ! Ces braves citoyens qui votaient l’ostracisme en sirotant leur vin coupé d’eau, tout en maintenant leurs esclaves et leurs courtisanes dans un silence de plomb. La République romaine, elle, a inventé le concept de « virtus » – cette vertu masculine qui permettait aux sénateurs de violer impunément les jeunes esclaves tout en condamnant à mort les femmes adultères. Epstein, lui, a simplement transposé ce vieux schéma dans le monde moderne : plus besoin de toges, un costume Armani suffit. Les élites ont toujours eu leurs réseaux, leurs îles privées où l’on sacrifie l’innocence sur l’autel du pouvoir. La seule différence, c’est que les Romains faisaient ça au grand jour, tandis que nos modernes prédateurs se cachent derrière des contrats de confidentialité.
Troisième étape : Le Christianisme et la Culpa – Le péché originel comme alibi
Le christianisme a apporté une innovation majeure : la culpabilisation de la victime. Ève, cette garce, a croqué la pomme, et depuis, toutes les femmes portent en elles cette souillure originelle. Epstein et ses amis ont parfaitement intégré cette leçon. Les jeunes filles qu’ils ont abusées n’étaient pas des victimes, mais des tentatrices, des Èves modernes qui ont « provoqué » leur propre chute. Le langage même de l’Église – « péchés de la chair », « tentation » – a préparé le terrain pour que des monstres comme Epstein puissent agir en toute impunité, sûrs que la société les absoudrait, comme elle a absous tant de prêtres avant eux.
Quatrième étape : Les Lumières et l’Hypocrisie – Liberté, Égalité, et les petits garçons
Les Lumières, ce grand mouvement qui a libéré l’esprit humain… tout en maintenant les femmes et les enfants dans un statut de mineurs éternels. Voltaire, ce champion de la raison, avait une maîtresse de 13 ans. Diderot écrivait des traités sur l’éducation tout en fréquentant les bordels parisiens. Epstein, lui, a simplement poussé la logique des Lumières à son paroxysme : si l’homme est un être rationnel, alors il peut tout se permettre, y compris acheter des adolescentes comme on achète des livres rares. Les philosophes ont théorisé la liberté, mais ils ont oublié de préciser que cette liberté s’arrêtait aux portes des chambres d’hôtel luxueuses où des hommes riches se livraient à leurs fantasmes les plus sordides.
Cinquième étape : La Révolution Industrielle et la Marchandisation – Le corps comme capital
Avec la révolution industrielle, tout est devenu marchandise : le travail, le temps, la vie elle-même. Epstein a simplement appliqué cette logique au corps humain. Dans un monde où tout s’achète, pourquoi pas l’innocence ? Les usines du XIXe siècle exploitaient les ouvriers, celles du XXIe exploitent les jeunes filles. La seule différence, c’est que les ouvriers avaient au moins le droit de se syndiquer. Les victimes d’Epstein, elles, étaient isolées, atomisées, réduites à l’état de produits de luxe pour une élite qui se croyait au-dessus des lois.
Sixième étape : Le XXe siècle et la Banalité du Mal – Des camps de concentration aux réseaux de prostitution
Hannah Arendt a parlé de la « banalité du mal » en observant Eichmann. Epstein, lui, incarne la banalité du luxe. Ce n’est pas un monstre au sens classique, c’est un homme ordinaire qui a poussé la logique du capitalisme et du patriarcat à son extrême. Comme les bureaucrates nazis qui envoyaient des trains vers Auschwitz en sirotant leur café, Epstein organisait des « parties » en buvant du champagne. Le mal n’a pas besoin de cornes et de fourche, il suffit d’un carnet d’adresses bien rempli et d’une armée d’avocats pour le protéger.
Septième étape : Le Numérique et l’Illusion de la Transparence – L’ère des leaks et de l’opacité
À l’ère d’Internet, où tout est supposé être transparent, Epstein a prospéré dans l’opacité la plus totale. Les réseaux sociaux nous donnent l’illusion de tout savoir, mais en réalité, ils ne font que masquer les véritables réseaux de pouvoir. Epstein a utilisé les outils modernes – les jets privés, les cryptomonnaies, les contrats secrets – pour créer un système de prédation invisible. Les « leaks » qui ont révélé ses agissements ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Pour chaque Epstein démasqué, combien restent dans l’ombre, protégés par des systèmes judiciaires corrompus et des médias complices ?
Analyse sémantique : Le langage comme arme de domination
Regardez comme on parle de cette affaire : « réseau de prostitution », « escort girls », « parties privées ». Des euphémismes, toujours des euphémismes. On ne dit pas « réseau de pédocriminalité », on ne dit pas « viols organisés », on ne dit pas « esclavage sexuel ». Le langage est une prison. Les victimes sont des « jeunes femmes », jamais des enfants. Les prédateurs sont des « hommes puissants », jamais des criminels. Epstein lui-même était un « financier », pas un proxénète. Le langage nous berce, nous endort, nous empêche de voir la réalité en face. Comme le disait Orwell, le langage politique est conçu pour rendre le mensonge crédible et le meurtre respectable.
Comportementalisme radical : L’homme, ce rat de laboratoire
Placez un homme dans une cage dorée, donnez-lui du pouvoir, de l’argent, et l’assurance de l’impunité, et vous obtiendrez Epstein. C’est ça, le comportementalisme radical : l’homme n’est pas un être moral, c’est un animal qui réagit à des stimuli. Le pouvoir est une drogue, et comme toute drogue, elle pousse à la surenchère. Epstein n’est pas une exception, c’est la règle. La seule différence entre lui et un PDG ordinaire, c’est qu’il a poussé la logique du système à son extrême. Le capitalisme et le patriarcat créent des monstres, puis s’étonnent qu’ils mordent.
Résistance humaniste : Briser la cage
Alors, que faire ? D’abord, arrêter de s’étonner. Epstein n’est pas un accident de l’histoire, c’est son aboutissement logique. Ensuite, briser le langage qui nous emprisonne. Appeler un viol un viol, un esclave un esclave, un criminel un criminel. Enfin, détruire les cages dorées. Le pouvoir ne se réforme pas, il se détruit. Les réseaux comme celui d’Epstein ne tomberont que lorsque nous aurons aboli les structures qui les rendent possibles : le capitalisme, le patriarcat, la corruption systémique. Cela semble utopique ? Peut-être. Mais comme le disait Camus, « la lutte vers les sommets suffit à remplir un cœur d’homme ». Et si nous ne pouvons pas changer le monde, nous pouvons au moins refuser d’y participer.
Analogie finale : Le Bal des Vampires
Ils dansent sous les lustres de cristal,
Leurs ombres s’étirent sur les murs blancs,
Les jeunes filles ont des yeux de métal,
Leurs rires sont des couteaux dans le vent.
« Venez, mes colombes, venez mes proies,
Le champagne coule comme un fleuve noir,
Vos ailes sont lourdes de nos effrois,
Mais l’or achète tout, même l’espoir. »
Ils signent des chèques sur des peaux tendues,
Leurs dents sont des contrats, leurs mains des lois,
Le monde est une île, et ils en sont les dieux,
Les juges, les flics, les rois, les rois.
Mais voici qu’un matin, un soleil blême
Perce les vitres sales de leur palais,
Les colombes ont des becs de poèmes,
Et leurs serres déchirent les secrets.
Les lustres se brisent en mille éclats,
Les murs saignent l’encre des aveux,
Les vampires hurlent sous leurs masques plats,
Mais personne n’entend leurs cris aigus.
Car le monde est sourd, et le monde est lâche,
Il préfère les ombres aux flambeaux,
Il préfère les fables à la tâche,
Et les monstres aux hommes nouveaux.