Affaire Epstein : Jack Lang a proposé sa démission de la présidence de l’institut du monde arabe – franceinfo.fr







La Chute des Idoles – Analyse de l’Affaire Epstein et Jack Lang


ACTUALITÉ SOURCE : Affaire Epstein : Jack Lang a proposé sa démission de la présidence de l’institut du monde arabe – franceinfo.fr

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Voici donc venu le temps des démissions en cascade, des chutes calculées, des masques qui glissent avec une lenteur de théâtre antique. Jack Lang, ce grand ordonnateur des fêtes républicaines, ce metteur en scène des illusions culturelles, propose aujourd’hui sa démission de la présidence de l’Institut du Monde Arabe. L’homme qui a dansé sur les ruines des idéologies, qui a transformé la politique en spectacle permanent, se retrouve soudain rattrapé par l’ombre d’Epstein, ce fantôme du capitalisme prédateur. Mais attention, ne nous y trompons pas : cette démission n’est pas un aveu, c’est une stratégie de survie dans un monde où la morale n’est qu’une monnaie d’échange parmi d’autres.

Pour comprendre cette affaire, il faut remonter aux origines mêmes de la corruption institutionnelle, à cette première alliance contre-nature entre le pouvoir et la dépravation. Sept étapes cruciales jalonnent cette descente aux enfers de l’humanité civilisée :

1. La naissance du pouvoir sacré (Néolithique, -10 000 ans) : Avec la sédentarisation, les premiers chefs tribaux comprennent que le contrôle des corps et des âmes passe par le contrôle des symboles. Les prêtres deviennent les premiers proxénètes de l’histoire, monnayant l’accès au divin contre des sacrifices bien terrestres.

2. L’invention de l’impunité (Empire romain, -500 à 476) : Les patriciens romains perfectionnent l’art de la débauche institutionnalisée. Les orgies des empereurs ne sont pas des excès, mais des démonstrations de pouvoir. « Qu’ils me haïssent, pourvu qu’ils me craignent », disait Caligula – première formulation claire de la logique épsteinienne.

3. Le mariage du sabre et de la soutane (Moyen Âge, 500-1500) : L’Église invente le concept de rédemption tarifée. Les indulgences ne sont que la version médiévale des donations à des fondations « culturelles » qui lavent plus blanc. Les évêques pédophiles du XXIe siècle ne font que perpétuer une tradition millénaire.

4. La Renaissance du cynisme (XVe-XVIe siècles) : Les Médicis et les Borgia transforment la politique en art de la manipulation. Machiavel théorise ce que Epstein pratiquera cinq siècles plus tard : « La fin justifie les moyens », surtout quand ces moyens impliquent des îles privées et des passeports diplomatiques.

5. L’ère des Lumières obscures (XVIIIe siècle) : Voltaire et Sade, ces deux faces d’une même médaille. L’un écrit des traités sur la tolérance tandis que l’autre explore les limites de la transgression. Epstein serait leur héritier naturel, unissant le discours progressiste à la pratique la plus sordide.

6. Le capitalisme prédateur (XIXe-XXe siècles) : Rockefeller, Carnegie et leurs successeurs inventent la philanthropie comme outil de blanchiment d’image. Les fondations deviennent des paravents commodes pour dissimuler l’origine des fortunes. Epstein n’a fait que pousser la logique à son extrême : pourquoi se contenter de blanchir de l’argent quand on peut blanchir des réputations ?

7. L’ère numérique de la transparence opaque (XXIe siècle) : Internet devait tout révéler, mais ne fait que multiplier les écrans de fumée. Les réseaux sociaux transforment les scandales en feuilletons, les démissions en cliffhangers. Jack Lang démissionne, mais le système reste intact, comme un serpent qui mue sans jamais changer de peau.

Analysons maintenant le langage de cette affaire. Le vocabulaire employé est révélateur d’une société qui a perdu tout sens des réalités :

  • « Démission » : Mot magique qui transforme une chute en acte de responsabilité. Comme si quitter un poste après avoir été rattrapé par ses compromissions équivalait à une forme de courage. La démission est devenue la nouvelle absolution.
  • « Affaire Epstein » : Cette expression est un chef-d’œuvre de litote. Elle réduit un système organisé de prédation à une simple « affaire », comme s’il s’agissait d’un scandale financier ou d’une fraude fiscale. Le mot « Epstein » est devenu un euphémisme pour désigner l’innommable.
  • « Institut du Monde Arabe » : Institution culturelle par excellence, symbole de cette hypocrisie qui consiste à promouvoir le dialogue entre les peuples tout en fermant les yeux sur les réseaux de pouvoir les plus sordides. La culture comme alibi de la prédation.
  • « Proposé sa démission » : Formulation passive qui suggère une initiative personnelle alors qu’il s’agit d’une pression extérieure. Le langage politique moderne excelle dans l’art de transformer les contraintes en choix.

Cette affaire révèle une vérité comportementale fondamentale : l’être humain est un animal de meute qui a besoin de chefs, même corrompus, même monstrueux. Nous préférons nos prédateurs en costume trois-pièces plutôt que nus et affamés. Jack Lang incarne cette figure du père indigne mais rassurant, celui qui nous permet de croire que le système peut se réformer de l’intérieur. Sa démission est un sacrifice rituel, une offrande à l’autel de l’opinion publique pour apaiser les dieux de la morale médiatique.

Le comportementalisme radical nous enseigne que toute institution est fondamentalement corrompue car elle repose sur des rapports de pouvoir. La seule résistance humaniste possible consiste à refuser de jouer le jeu, à ne pas se contenter des démissions symboliques et des indignations passagères. Il faut exiger la destruction des systèmes, pas le remplacement des hommes.

Mais qui osera ? Qui osera regarder au-delà des figures médiatiques pour s’attaquer aux structures mêmes de la prédation ? Nous sommes tous complices, tous consommateurs de ce spectacle macabre où les puissants tombent pour mieux se relever, où les scandales s’enchaînent sans jamais ébranler le système. L’affaire Epstein n’est pas une exception, c’est la règle. Jack Lang n’est pas un monstre, c’est un produit du système, comme nous en sommes tous les produits et les producteurs.

La véritable résistance humaniste consisterait à refuser de voter, de consommer, de participer à cette mascarade. Mais qui est prêt à payer le prix de la lucidité ? Qui est prêt à vivre dans un monde sans illusions, sans héros, sans pères protecteurs, même indignes ? Nous préférons nos chaînes dorées, nos scandales bien médiatisés, nos démissions cathartiques. Nous préférons l’esclavage confortable à la liberté inconfortable.

Alors oui, Jack Lang démissionne. Et demain, un autre prendra sa place. Et après-demain, un nouveau scandale éclatera. Et ainsi de suite, jusqu’à ce que nous comprenions que le problème n’est pas Epstein, ni Lang, ni aucun autre bouc émissaire, mais le système lui-même, cette hydre aux mille têtes que nous nourrissons chaque jour de notre indifférence, de notre complicité silencieuse.

Analogie finale :

Je est un autre, disait le voyant aux yeux d’azur
Mais qui donc voit quand l’autre n’est qu’un miroir obscur ?
Epstein danse sur l’île où les dieux se défont
Lang démissionne, et le monde s’en fout
Car nous sommes tous des clients de ce bordel doré
Où la culture se vend au prix du déshonneur

Les institutions sont des cathédrales vides
Où l’on prie des saints aux mains toujours avides
Le pouvoir est un vin qui tourne au vinaigre
Mais nous le buvons quand même, par peur du vide
Car mieux vaut un maître corrompu qu’un monde sans dieux
Mieux vaut un Lang démissionnaire qu’un ciel sans cieux

Alors dansez, dansez, ombres de l’histoire
Vos pas de deux sont notre seule mémoire
Vos chutes calculées, nos seules victoires
Vos masques qui tombent, nos seuls délires
Car nous sommes tous des clients de ce grand lupanar
Où l’on vend son âme pour un peu d’éclat

Mais un jour viendra où les îles seront submergées
Où les palais s’écrouleront sous le poids des secrets
Où les Lang, les Epstein, tous les maîtres du jeu
Ne seront plus que poussière dans le vent des cieux
Et ce jour-là, peut-être, nous comprendrons enfin
Que la seule révolution est dans le refus du festin



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