Affaire Epstein : « Il faut que la justice » américaine « fasse son travail et c’est tout », estime Emmanuel Macron – Ouest-France







L’Affaire Epstein : Justice, Langage et la Comédie des Puissants


ACTUALITÉ SOURCE : Affaire Epstein : « Il faut que la justice » américaine « fasse son travail et c’est tout », estime Emmanuel Macron – Ouest-France

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, la justice ! Ce mot-valise, ce concept-épouvantail que l’on agite comme un drapeau blanc devant les foules en colère, tandis que les véritables mécanismes du pouvoir continuent de tourner, silencieux et implacables, dans l’ombre des palais et des banques. Emmanuel Macron, ce technocrate lisse, ce produit parfait de l’École nationale d’administration, nous sert une fois de plus sa soupe tiède : « Il faut que la justice américaine fasse son travail et c’est tout. » Quelle éloquence ! Quelle profondeur ! On croirait entendre un automate égrenant les éléments de langage d’un manuel de communication de crise. Mais derrière cette phrase creuse, se cache une vérité bien plus sordide, une vérité que l’histoire humaine, dans sa cruelle répétition, nous a apprise à reconnaître : la justice n’est qu’un théâtre, et les puissants en sont toujours les metteurs en scène.

Pour comprendre l’affaire Epstein, il faut d’abord accepter une vérité dérangeante : l’humanité n’a jamais été qu’un vaste réseau de prédations, où les plus forts se repaissent des plus faibles, et où les institutions, qu’elles soient religieuses, politiques ou judiciaires, ne servent qu’à légitimer cette boucherie. Sept étapes cruciales jalonnent cette histoire de l’horreur organisée, et l’affaire Epstein en est le dernier avatar, le plus cynique peut-être, car il révèle l’hypocrisie d’un monde qui se prétend civilisé.

1. La naissance de la domination : le néolithique et l’invention de la propriété.
Tout commence avec la sédentarisation. L’homme, autrefois nomade, se fixe, érige des murs, trace des frontières. La terre devient un bien, et avec elle, les femmes et les enfants. Les premières sociétés hiérarchisées voient le jour, et avec elles, les premiers prédateurs institutionnalisés. Les rois, les prêtres, les guerriers : tous se partagent le butin humain. Epstein n’est qu’un héritier lointain de ces premiers seigneurs, un prédateur moderne qui a troqué la massue contre des jets privés et des comptes offshore.

2. L’esclavage : la marchandisation du corps humain.
Avec les empires, l’esclavage devient une industrie. Des millions d’êtres humains sont arrachés à leurs terres, réduits à l’état de bétail. Les marchés aux esclaves de Rome, de Carthage ou du Nouveau Monde ne sont que les ancêtres des réseaux de traite moderne. Epstein, lui, a simplement affiné le système : plus besoin de chaînes, la dette, la dépendance et la peur suffisent. Ses victimes ne sont pas des esclaves au sens classique, mais des proies prises dans un filet de luxe et de corruption, où la violence est feutrée, presque élégante.

3. Le christianisme et la culpabilisation des victimes.
L’Église, cette grande machine à broyer les corps et les âmes, invente le péché. La sexualité devient une faute, et la victime, une complice. « Elle l’a bien cherché », murmure-t-on déjà dans les couloirs des monastères et des tribunaux ecclésiastiques. Epstein, lui, n’a pas besoin de Dieu pour justifier ses crimes : l’argent et le pouvoir suffisent. Mais le mécanisme est le même : faire porter le poids de la honte à celles et ceux qui ont été violés, exploités, détruits.

4. La Révolution industrielle : l’exploitation capitaliste des corps.
Avec le capitalisme, la prédation change de forme. Les usines dévorent les ouvriers, les mines engloutissent les enfants, et les bordels deviennent des entreprises comme les autres. Epstein, ce financier véreux, ce proxénète en costume trois-pièces, n’est qu’un produit de cette logique : tout s’achète, tout se vend, même l’innocence. Ses « massages » ne sont que la version high-tech des maisons closes du XIXe siècle, où les filles étaient vendues aux bourgeois en redingote.

5. Les guerres mondiales : la banalisation de l’horreur.
Le XXe siècle voit l’apogée de la barbarie organisée. Les camps de concentration, les viols de masse, les bombardements indiscriminés : l’humanité découvre qu’elle est capable du pire. Epstein, lui, n’a pas besoin de guerre pour commettre ses crimes. Il opère en temps de paix, dans le silence des villas luxueuses et des îles privées. Mais son système repose sur la même logique : la déshumanisation des victimes, réduites à l’état d’objets de plaisir pour une élite qui se croit au-dessus des lois.

6. La mondialisation : la prédation sans frontières.
Avec la chute du mur de Berlin, le capitalisme triomphe. Les frontières s’effacent, les flux financiers circulent librement, et avec eux, les réseaux de traite et d’exploitation. Epstein est un enfant de cette époque : un prédateur globalisé, qui utilise les paradis fiscaux, les avions privés et les complicités internationales pour échapper à toute forme de contrôle. Ses amis – princes, présidents, milliardaires – ne sont que les rouages d’un système où l’impunité est la règle.

7. L’ère numérique : la marchandisation de l’intimité.
Aujourd’hui, les réseaux sociaux transforment nos vies en produits. Tout se monétise, même notre souffrance. Epstein, lui, a compris avant les autres que l’intimité était une marchandise comme une autre. Ses « soirées » ne sont que des versions offline des plateformes de streaming, où les corps sont exposés, consommés, jetés. La différence ? Lui, au moins, ne cache pas son jeu. Il assume sa prédation, là où les géants du numérique se drapent dans des discours sur la « communauté » et le « partage ».

Mais revenons à Macron, ce pantin présidentiel qui nous sert sa ritournelle sur la justice américaine. Quelle farce ! Comme si la justice, surtout américaine, avait jamais été autre chose qu’un outil au service des puissants. Les États-Unis, ce pays qui a bombardé des civils au Vietnam, en Irak, en Afghanistan, qui a soutenu des dictatures sanguinaires en Amérique latine, qui a laissé pourrir ses prisons et ses ghettos, ce pays-là serait soudain devenu le parangon de la moralité ? Allons donc ! La justice américaine, comme toutes les justices, n’est qu’un théâtre où les puissants jouent les rôles qu’ils se sont écrits. Epstein le savait, ses amis le savent, et Macron le sait aussi. Mais il faut bien donner l’illusion, n’est-ce pas ? Il faut bien que le peuple croie que la loi est la même pour tous, alors qu’elle n’est qu’un filet aux mailles si larges que les requins passent au travers.

Passons maintenant à l’analyse sémantique de cette affaire, car le langage, lui aussi, est une arme. Le mot « justice » est un leurre. Il évoque l’équité, la réparation, la vérité. Mais dans la bouche de Macron, il devient une coquille vide, un mot-valise qui ne contient que du vent. « Il faut que la justice fasse son travail » : cette phrase est un chef-d’œuvre de novlangue. Elle donne l’illusion de l’action, alors qu’elle n’est qu’une façon de se défausser. Macron ne dit pas : « Je vais tout faire pour que les victimes obtiennent réparation. » Non, il dit : « Laissons les Américains s’en occuper. » Comme si la France, ce pays qui a laissé prospérer les réseaux de pédocriminalité pendant des décennies (affaire Dutroux, affaire du Carlton, affaire des disparus de l’Yonne…), avait une quelconque légitimité à donner des leçons.

Et puis, il y a le mot « travail ». La justice « fait son travail ». Comme si la justice était une machine, un rouage neutre et infaillible. Mais la justice n’est pas une machine. Elle est faite d’hommes et de femmes, avec leurs préjugés, leurs peurs, leurs complicités. Elle est un reflet de la société, et dans une société où l’argent et le pouvoir dictent les règles, la justice ne peut être qu’un miroir déformant, où les puissants apparaissent toujours plus grands qu’ils ne le sont, et les faibles, toujours plus petits.

Enfin, il y a cette petite phrase : « et c’est tout ». Trois mots qui en disent long. « Et c’est tout » : comme si l’affaire Epstein était une broutille, un détail sans importance. Comme si les vies brisées, les corps violés, les âmes détruites ne méritaient pas plus qu’un haussement d’épaules. « Et c’est tout » : cette phrase résume à elle seule l’arrogance des puissants, leur mépris pour ceux qui osent réclamer justice. Elle est la signature d’un monde où les victimes sont toujours coupables, et où les bourreaux finissent toujours par s’en sortir.

Venons-en maintenant au comportementalisme radical. Comment réagit-on face à un système qui protège les prédateurs ? Comment survit-on dans un monde où la loi est une farce et où la morale n’est qu’un accessoire ? La réponse est simple : par la résistance. Mais une résistance qui ne se contente pas de mots, une résistance qui agit, qui frappe là où ça fait mal.

D’abord, il faut refuser le langage des puissants. Ne plus parler de « justice », mais de « vengeance ». Ne plus parler de « victimes », mais de « survivants ». Ne plus parler de « système », mais de « machine à broyer ». Le langage est une arme, et il faut l’utiliser pour nommer les choses telles qu’elles sont. Epstein n’est pas un « homme d’affaires controversé » : c’est un proxénète, un violeur, un criminel. Ses amis ne sont pas des « personnalités influentes » : ce sont des complices, des protecteurs, des monstres.

Ensuite, il faut agir. Pas dans les urnes, pas dans les tribunaux, mais dans la rue, dans les médias, dans les consciences. Il faut harceler les puissants, les exposer, les forcer à rendre des comptes. Il faut créer des contre-pouvoirs, des réseaux de solidarité, des espaces où les victimes peuvent parler sans crainte. Il faut faire peur aux prédateurs, leur montrer que leur impunité n’est pas éternelle, que le peuple n’oublie pas, que la colère gronde.

Enfin, il faut cultiver l’humanisme, mais un humanisme radical, un humanisme qui ne se contente pas de belles paroles, mais qui agit. Un humanisme qui refuse la fatalité, qui croit en la capacité des hommes à se révolter, à se libérer. Un humanisme qui sait que la vraie justice ne viendra pas des tribunaux, mais des luttes, des sacrifices, des victoires arrachées de haute lutte.

Car au fond, l’affaire Epstein n’est qu’un symptôme. Le symptôme d’un monde malade, d’un monde où l’argent et le pouvoir ont remplacé la morale, où les forts écrasent les faibles, où les victimes sont toujours coupables. Mais ce monde n’est pas une fatalité. Il peut être changé. À condition d’avoir le courage de le regarder en face, sans illusions, sans compromis.

Analogie finale :


Les rois sont morts, vive les rois !
Dans leurs palais de verre et d’acier,
Ils dansent sur des tombes sans croix,
Et boivent le sang des enfants.

Leurs mains sont propres, leurs sourires sont larges,
Leurs comptes en banque sont des forteresses.
Ils parlent de loi, de morale, de charge,
Mais dans l’ombre, ils serrent les entraves.

Ô vous, les damnés, les oubliés,
Ceux que l’on vend comme du bétail,
Levez-vous, brisez vos chaînes,
Et faites trembler leur ciel de métal !

Car la justice n’est qu’un leurre,
Un mot creux pour endormir les foules.
La vraie loi, c’est la révolte,
La vraie morale, c’est la rage qui coule.

Alors brûlez leurs palais,
Détruisez leurs banques,
Et que leurs noms, gravés dans la cendre,
Soient maudits à jamais dans les siècles blancs.



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