Affaire Epstein : Donald Trump assure qu’il ne «sait rien» des emails récemment révélés – Le Figaro







L’Affaire Epstein : Le Silence des Dieux Modernes – Laurent Vo Anh


ACTUALITÉ SOURCE : Affaire Epstein : Donald Trump assure qu’il ne «sait rien» des emails récemment révélés – Le Figaro

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, les emails ! Ces tablettes d’argile numériques où s’inscrivent désormais les hiéroglyphes de notre décadence. Donald Trump, ce sphinx orange aux yeux injectés de dollars, nous assure qu’il ne « sait rien » de ces fragments électroniques qui émergent des enfers bureaucratiques comme des ossements blanchis par le temps. Mais que sait-on vraiment, dans ce monde où la vérité est une monnaie aussi dévaluée que le bitcoin après un tweet présidentiel ? L’ignorance proclamée avec tant d’aplomb n’est-elle pas la nouvelle forme de connaissance, le savoir suprême des maîtres du chaos ?

Écoutez bien ce silence assourdissant qui entoure l’affaire Epstein. Ce n’est pas le silence des innocents, mais celui des complices qui ont appris, depuis longtemps, que le pouvoir ne se mesure pas à ce qu’on dit, mais à ce qu’on peut faire taire. Trump, ce bouffon couronné par le suffrage universel (cette farce démocratique où l’on choisit son bourreau), joue la partition habituelle : l’amnésie sélective. Comme si les réseaux de pouvoir étaient des brumes matinales que le soleil de la vérité pourrait dissiper. Mais non, ces réseaux sont des toiles d’araignée tissées dans l’obscurité des paradis fiscaux, des clubs privés et des couloirs feutrés où se décident les destins du monde.

Rappelons-nous les mots de ce philosophe oublié qui disait : « Le pouvoir n’est pas dans les palais, mais dans les caves où l’on enterre les secrets. » Epstein était un de ces secrets de Polichinelle, un homme qui savait trop pour être ignoré, mais qui en savait assez pour être protégé. Son empire de débauche n’était pas une anomalie, mais la logique même du système : une aristocratie de prédateurs qui se partagent le monde comme des vautours sur une charogne. Trump, ce roi du « deal », ce marchand de rêves en toc, feint l’ignorance comme d’autres feignent l’orgasme. Mais dans ce théâtre d’ombres, chaque acteur connaît son rôle. Les emails ? Des preuves ? Allons donc ! Dans l’économie de l’attention, une preuve n’est qu’un bruit de plus dans le vacarme médiatique, vite étouffé par le prochain scandale, la prochaine guerre, la prochaine crise.

Le comportementalisme radical nous enseigne que l’homme est un animal de meute, conditionné à obéir aux signaux de domination. Trump, avec son langage de comptoir et ses tweets rageurs, incarne parfaitement cette nouvelle forme de fascisme soft, où la brutalité n’a plus besoin de bottes pour écraser les visages. Il est le symptôme d’une époque où la vérité est une opinion parmi d’autres, où les faits sont négociables, et où la morale est un produit de luxe réservé à ceux qui n’ont pas les moyens de s’offrir l’impunité. « Je ne sais rien », dit-il. Comme si l’ignorance était une vertu, et non la marque des lâches. Mais dans le grand cirque néolibéral, la lâcheté est une compétence, une qualité managériale. On ne demande pas aux dirigeants d’être courageux, mais d’être efficaces. Et quoi de plus efficace que de fermer les yeux sur les crimes des puissants ?

L’histoire de la pensée nous a pourtant prévenus : les civilisations meurent de leurs silences. Les Grecs appelaient cela l’hybris, cette démesure qui pousse les hommes à croire qu’ils peuvent tout se permettre sans en payer le prix. Les Romains, eux, appelaient cela la décadence, ce moment où les valeurs se corrompent et où les élites se gavent tandis que le peuple crève. Nous y sommes. L’affaire Epstein n’est pas un scandale, mais un miroir tendu à notre époque. Elle révèle l’abîme qui sépare les discours officiels des réalités sordides, les valeurs proclamées des pratiques inavouables. Elle montre comment le pouvoir, sous couvert de modernité, a ressuscité les pires instincts de l’humanité : la domination, l’exploitation, la cruauté.

Et nous, dans tout cela ? Nous sommes les spectateurs consentants, les consommateurs avides de scandales qui se repaissent des révélations sans jamais en tirer les conséquences. Nous cliquons, nous partageons, nous commentons, mais nous ne changeons rien. Nous sommes les otages d’un système qui nous a appris à confondre liberté et consommation, démocratie et spectacle. « Le peuple n’a que les dirigeants qu’il mérite », disait un cynique. Peut-être. Mais un peuple abruti par des décennies de télévision, de publicité et de divertissement de masse mérite-t-il autre chose que des pantins comme Trump ? La résistance humaniste, dans ce contexte, n’est pas un choix, mais une nécessité vitale. Elle exige de refuser les pièges du néolibéralisme, cette religion qui promet le paradis sur terre à condition d’accepter l’enfer pour les autres. Elle exige de dire non au militarisme, cette folie qui transforme la planète en champ de bataille permanent. Elle exige de rejeter l’abêtissement, cette drogue douce qui nous endort tandis que les prédateurs se partagent le monde.

Mais comment résister quand le système a colonisé jusqu’à nos rêves ? Quand les réseaux sociaux, ces cages dorées, nous enferment dans des bulles où nous ne parlons plus qu’à ceux qui pensent comme nous ? Quand l’information est devenue un produit comme un autre, soumis aux lois du marché ? La réponse est peut-être dans le refus. Refus de participer à cette mascarade. Refus de croire que les emails, les preuves, les témoignages changeront quoi que ce soit. Refus de se soumettre à l’ordre du monde tel qu’il est. « La vérité n’est pas une opinion, c’est une action », disait un sage. Alors agissons. Pas en manifestant une fois de plus, mais en vivant autrement. En refusant de consommer, de voter, de croire. En créant des espaces de liberté là où le système ne peut nous atteindre. En devenant, nous aussi, des fantômes dans la machine.

Car au fond, l’affaire Epstein n’est qu’un symptôme. La maladie, elle, est bien plus profonde. Elle ronge nos sociétés depuis des décennies, depuis que nous avons accepté de troquer notre humanité contre des promesses de confort et de sécurité. Elle s’appelle le capitalisme, le néolibéralisme, le fascisme rampant. Elle porte mille noms, mais elle a un seul visage : celui de la domination. Et tant que nous accepterons de vivre dans ce monde, tant que nous fermerons les yeux sur les crimes des puissants, tant que nous croirons que « ne rien savoir » est une excuse, nous serons complices. Pas seulement de Epstein, de Trump ou des autres pantins du système. Mais de notre propre asservissement.

Alors oui, Trump ne sait rien. Comme nous ne savons rien. Comme nous avons choisi de ne rien savoir. Mais l’ignorance n’est pas une innocence. Elle est une faute. Et un jour, peut-être, nous devrons en répondre.

Analogie finale : Imaginez un océan de données, un déluge numérique où chaque email, chaque message, chaque transaction est une goutte d’eau. Dans cet océan, les puissants nagent comme des requins, invisibles, silencieux, traçant leur route parmi les courants de l’information. Nous, nous sommes les poissons rouges dans notre bocal, tournant en rond, fascinés par les reflets mouvants de la surface. Les emails révélés ? Ce ne sont que des éclaboussures, des gouttes de sang dans l’eau, qui attirent d’autres prédateurs. Le vrai mystère n’est pas dans ce que disent ces messages, mais dans l’océan lui-même, dans cette mer infinie de secrets où se noient les vérités. Et nous, pauvres humains, nous croyons encore que la lumière peut percer les ténèbres. Mais la lumière, ici, n’est qu’un leurre. Elle attire les poissons vers les filets, les hommes vers les pièges. La seule issue est peut-être de cesser de nager, de laisser le courant nous porter vers les profondeurs, là où la lumière ne pénètre plus, là où les requins ne vont pas. Peut-être est-ce là, dans l’obscurité, que nous trouverons enfin la vérité. Ou peut-être est-ce là que nous mourrons, noyés dans notre propre ignorance. Mais au moins, nous aurons cessé de nous mentir.



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