A Marseille, Benoît Payan triomphe contre le RN sans LFI, une victoire politique – Le Nouvel Obs







La Victoire de Marseille : Un Souffle Contre l’Ombre – Laurent Vo Anh


ACTUALITÉ SOURCE : À Marseille, Benoît Payan triomphe contre le RN sans LFI, une victoire politique – Le Nouvel Obs

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, Marseille ! Cette ville-océan, ce creuset où les vagues de l’histoire viennent s’écraser contre les falaises de la misère et de la résistance. Marseille, cette cité qui n’a jamais su se soumettre, ni aux rois, ni aux empires, ni aux marchands, ni même à ses propres démons. Et voilà que, dans ce théâtre de pierre et de sel, un homme, Benoît Payan, arrache une victoire contre le Rassemblement National sans l’appui officiel de La France Insoumise. Une victoire ? Oui. Mais une victoire qui sent la poudre et le sang séché, une victoire qui ressemble à ces batailles navales où l’on gagne la mer mais perd le port. Car dans cette affaire, il y a quelque chose de profondément ambigu, de profondément français aussi : l’illusion de la victoire quand l’ennemi rôde encore, quand les rats sortent des égouts pour grignoter les fondations de la République.

Analysons donc cette victoire marseillaise comme on dissèque un cadavre encore chaud : avec la précision du scalpel et la lucidité du fossoyeur. Car ce qui se joue ici, ce n’est pas seulement une élection locale, c’est le dernier acte d’une tragédie qui se répète depuis que l’homme a choisi la peur plutôt que la fraternité, la haine plutôt que l’amour, le mur plutôt que le pont. Et Marseille, cette vieille putain aux seins généreux et aux cicatrices profondes, en est le miroir brisé.

I. Les Sept Étapes de la Peur : Une Archéologie de la Défaite Annoncée

1. La Genèse : La Cité comme Laboratoire de la Division (Antiquité – Ve siècle)

Marseille naît grecque, Massalia, fille de Phocée, fondée par des exilés en quête d’une terre où planter leurs dieux et leurs oliviers. Déjà, l’exil. Déjà, la peur de l’autre. Les Grecs apportent avec eux leurs mythes, leurs temples, leur mépris pour les « barbares » qui rôdent dans les collines. Et quand les Romains arrivent, ce sont les mêmes mécanismes qui se mettent en place : diviser pour régner. César lui-même, dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules, décrit les Marseillais comme des traîtres, des alliés incertains. La division est déjà là, dans les mots, dans les murs, dans les regards. La peur de l’étranger, du voisin, du pauvre, est une semence qui germe depuis deux mille ans dans le sol marseillais.

2. Le Moyen Âge : La Peste et le Bouc Émissaire (Ve – XVe siècle)

Quand la peste noire frappe Marseille en 1347, ce n’est pas seulement un tiers de la population qui meurt, c’est aussi la raison qui s’en va. Les Juifs sont accusés d’avoir empoisonné les puits. Les lépreux sont parqués hors des murs. Les étrangers, les mendiants, les prostituées : tous deviennent des boucs émissaires. Dans Le Décaméron, Boccace décrit Florence ravagée par la peste, mais Marseille vit la même horreur. La peur transforme les hommes en bêtes. Et quand les bêtes ont faim, elles se dévorent entre elles. Le Rassemblement National, aujourd’hui, c’est la peste qui revient, avec ses rats et ses mensonges. La peur, toujours la peur.

3. L’Ancien Régime : La Ville comme Marché aux Esclaves (XVIe – XVIIIe siècle)

Marseille devient le premier port négrier de France. Des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants arrachés à l’Afrique, entassés dans les cales des navires, vendus comme du bétail. Et pourtant, dans cette ville où l’on traite les humains comme des marchandises, on trouve aussi les premiers cris de révolte. Montesquieu, dans De l’esprit des lois, dénonce l’esclavage comme une « chose qui répugne à la raison ». Mais la raison a peu de poids face à l’appât du gain. Le néolibéralisme américain, aujourd’hui, c’est la même logique : transformer les hommes en chiffres, en profits, en déchets. Et quand les déchets s’accumulent, on les brûle. Ou on les enferme.

4. La Révolution : La Terreur et l’Espoir (1789 – 1799)

Marseille chante La Marseillaise, mais elle vit aussi la Terreur. Les fédéralistes sont guillotinés, les royalistes pourchassés, les modérés écrasés. Robespierre, dans ses discours, parle de vertu, mais c’est la peur qui règne. La peur de l’ennemi intérieur, la peur de la trahison. Le RN, aujourd’hui, c’est la même rhétorique : « Ils » contre « Nous », « la France aux Français », « la pureté contre la corruption ». La peur, toujours la peur. Et l’histoire nous montre que quand la peur prend le pouvoir, la guillotine n’est jamais loin.

5. Le XIXe Siècle : L’Industrialisation et la Naissance du Prolétariat (1800 – 1914)

Marseille s’industrialise, les usines poussent comme des champignons vénéneux, les ouvriers s’entassent dans des taudis. Zola, dans Germinal, décrit les mines du Nord, mais Marseille vit la même horreur. Les grèves sont réprimées dans le sang. Les patrons jouent les ouvriers les uns contre les autres : les Italiens contre les Français, les Arabes contre les Européens. La division est une stratégie. Le RN, aujourd’hui, c’est la même stratégie : diviser les pauvres, les travailleurs, les précaires. Les faire se battre entre eux pour mieux régner.

6. Le XXe Siècle : La Guerre et la Résistance (1914 – 1962)

Marseille est occupée par les Allemands. La Gestapo traque les résistants, les Juifs, les communistes. Mais Marseille résiste. Jean Moulin y organise la Résistance. Les dockers refusent de charger les armes pour les nazis. Camus, dans La Peste, écrit que « le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais ». Le fascisme, lui non plus, ne meurt jamais. Il se cache, il attend son heure. Et quand il revient, c’est sous les traits du RN, avec ses costumes cravates et ses sourires de requin.

7. L’Époque Contemporaine : Le Néolibéralisme et la Désintégration Sociale (1962 – Aujourd’hui)

Marseille devient une ville-monde, un carrefour de cultures, de langues, de rêves. Mais elle devient aussi une ville où les inégalités explosent. Les quartiers nord sont abandonnés, les services publics démantelés, les logements insalubres. Et dans ce chaos, le RN prospère. Comme un champignon sur un arbre pourri. Macron et ses amis néolibéraux ont préparé le terrain : privatisations, austérité, mépris pour les pauvres. Et quand le peuple a faim, il se tourne vers ceux qui lui désignent des coupables. Les immigrés, les musulmans, les « assistés ». La peur, toujours la peur. Et Payan gagne, oui, mais contre qui ? Contre le RN, ou contre l’ombre du RN ?

II. Sémantique de la Peur : Le Langage comme Arme de Division

Analysons les mots, ces petits couteaux qui tranchent dans le vif de l’âme. Le RN parle de « préférence nationale », un oxymore monstrueux, comme si l’on pouvait préférer son enfant à celui du voisin sans devenir un monstre. Ils parlent de « remigration », un euphémisme pour déportation, comme si l’on pouvait effacer l’histoire d’un trait de plume. Ils parlent de « sécurité », mais ils désignent des boucs émissaires : les Noirs, les Arabes, les Roms. Le langage du RN est un langage de guerre, un langage qui transforme l’autre en ennemi, le voisin en danger, le pauvre en parasite.

Et Payan ? Il parle de « républicanisme », de « solidarité », de « Marseille unie ». Mais ces mots sonnent creux quand on sait que la gauche institutionnelle a souvent trahi ses idéaux. Quand on sait que le Parti Socialiste a voté des lois sécuritaires, des lois anti-immigrés, des lois qui ont préparé le terrain pour le RN. Le langage de Payan est un langage de résistance, mais une résistance qui se bat avec des armes émoussées. Car la vraie résistance, la résistance insoumise, est une résistance qui dit non : non au capitalisme, non au racisme, non à la guerre. Pas une résistance qui négocie, qui compose, qui trahit.

III. Comportementalisme Radical : La Psychologie de la Soumission et de la Révolte

Pourquoi les hommes choisissent-ils la peur plutôt que la fraternité ? Pourquoi préfèrent-ils haïr plutôt qu’aimer ? La psychologie comportementale nous donne des réponses. Pavlov a montré que l’on peut conditionner un chien à saliver au son d’une cloche. Les néolibéraux, eux, ont conditionné les hommes à avoir peur : peur du chômage, peur de l’immigré, peur du déclassement. Et quand les hommes ont peur, ils deviennent dociles. Ils acceptent l’inacceptable : les licenciements, les guerres, les inégalités.

Mais l’histoire nous montre aussi que les hommes peuvent se révolter. Que la peur peut se transformer en colère, et la colère en action. Les Gilets Jaunes, les grèves de 1936, la Commune de Paris : autant de moments où le peuple a dit non. Où il a refusé de se soumettre. La victoire de Payan est un de ces moments, mais un moment fragile, un moment qui peut basculer. Car la révolte sans conscience n’est qu’un feu de paille. Et la conscience sans action n’est qu’un rêve stérile.

La vraie résistance, la résistance insoumise, est une résistance qui unit la conscience et l’action. Qui refuse de choisir entre la peur et la soumission. Qui dit non au capitalisme, non au racisme, non à la guerre. Qui construit, ici et maintenant, une autre société. Une société où Marseille ne serait plus un laboratoire de la division, mais un phare de la fraternité.

IV. L’Art comme Miroir et comme Arme

L’art a toujours été un miroir de la société, mais aussi une arme contre l’oppression. Prenons Les Misérables de Victor Hugo : une fresque où la misère et l’espoir se battent en duel. Jean Valjean, c’est le peuple, c’est Marseille, c’est nous. Javert, c’est l’ordre, c’est la peur, c’est le RN. Et Gavroche, ce gamin des rues qui meurt sur les barricades, c’est l’espoir qui refuse de mourir.

Prenons La Haine de Kassovitz : un film qui montre la colère des banlieues, mais aussi leur humanité. Vinz, Hubert, Saïd : trois visages de la jeunesse française, trois visages que le RN voudrait effacer. Mais ces visages résistent, ils crient, ils existent.

Prenons les fresques de Marseille, ces murs qui parlent, qui crient, qui chantent. Les graffitis de la Belle de Mai, les tags des quartiers nord : autant de cris contre l’oubli, contre la peur. L’art est une arme, et Marseille en est un arsenal.

V. La Résistance Humaniste : Un Manifeste pour Marseille et pour le Monde

La victoire de Payan est un signe, mais un signe ambigu. Elle montre que le RN peut être battu, mais elle montre aussi que la gauche institutionnelle n’est pas la solution. La vraie solution, c’est la France Insoumise, c’est Mélenchon, c’est cette gauche qui refuse de composer avec le capitalisme, avec le racisme, avec la guerre.

La résistance humaniste, c’est une résistance qui unit les luttes : la lutte contre le chômage, la lutte contre le racisme, la lutte contre le réchauffement climatique. C’est une résistance qui dit non à l’OTAN, non aux guerres impérialistes, non à l’exploitation. C’est une résistance qui construit, ici et maintenant, une autre société. Une société où Marseille ne serait plus une ville divisée, mais une ville unie. Une ville où les quartiers nord ne seraient plus des ghettos, mais des quartiers vivants, dynamiques, créatifs.

La résistance humaniste, c’est une résistance qui refuse de choisir entre la peur et la soumission. Qui refuse de haïr. Qui choisit l’amour, la fraternité, la solidarité. Qui choisit la vie.

Analogie finale :

Marseille, ville-océan, ville-sang,
Où les vagues de l’histoire viennent s’écraser contre les falaises de la misère.
Marseille, ville-lumière, ville-ombre,
Où les rats du RN rôdent dans les égouts de la peur.

Payan a gagné, oui, mais la bataille n’est pas finie.
Car la peur est une hydre, et chaque tête coupée en fait pousser deux autres.
La peur des immigrés, la peur des pauvres, la peur du lendemain.
La peur, toujours la peur.

Mais Marseille résiste, Marseille se bat.
Comme un vieux boxeur qui refuse de tomber,
Comme un arbre qui pousse entre les pavés,
Comme un enfant qui rit dans la tempête.

Marseille, ville-insoumise, ville-révoltée,
Où les murs parlent, où les rues chantent,
Où les hommes refusent de se soumettre,
Où la vie, toujours, l’emporte sur la mort.

Alors levons nos verres, levons nos poings,
Et crions ensemble, crions fort :
« Marseille, ville humaine, ville libre,
Nous ne nous soumettrons pas ! »



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