ACTUALITÉ SOURCE : Les 53 milliardaires français plus riches que la moitié de la population du pays : l’Oxfam s’inquiète pour la démocratie – La Provence
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, la France ! Ce vieux pays qui se gargarise de sa devise « Liberté, Égalité, Fraternité » tout en laissant 53 de ses enfants les plus voraces engloutir la moitié de la richesse nationale, comme des ogres repus dans un banquet où les convives affamés regardent leur assiette vide. Oxfam s’inquiète pour la démocratie ? Mais c’est trop tard, mon ami. La démocratie, cette vieille putain fatiguée, a déjà été violée en plein jour par les golden boys et les héritiers des dynasties industrielles, ces nouveaux aristocrates qui ont troqué la particule contre le costume sur mesure et le château contre un yacht aux îles Caïmans. La démocratie n’est plus qu’un mot creux, un slogan de campagne, une coquille vide que l’on agite comme un hochet pour calmer les masses tandis que les vrais maîtres du jeu comptent leurs milliards dans l’ombre des paradis fiscaux.
Regardons les choses en face : ce n’est pas un bug du système, c’est sa fonction même. Le capitalisme avancé, ce monstre froid et calculateur, a toujours eu pour vocation de concentrer les richesses entre les mains d’une poignée d’élus, tandis que le reste de l’humanité se débat dans les rets de la précarité, du crédit revolving et des contrats à durée déterminée. Les 53 milliardaires français ne sont pas une anomalie, ils sont le produit logique d’un système qui a fait de l’accumulation sans limite son dogme sacré. Comme le disait ce vieux renard de Balzac, « derrière chaque grande fortune se cache un crime ». Aujourd’hui, le crime est légalisé, institutionnalisé, célébré même. On ne vole plus à la tire, on optimise fiscalement. On ne spolie plus par la force, on exploite par le contrat. La violence est devenue douce, presque imperceptible, comme un poison qui s’infiltre goutte à goutte dans les veines de la société.
Et la démocratie dans tout ça ? Elle n’est plus qu’un théâtre d’ombres, une mascarade où les citoyens sont invités à voter tous les cinq ans pour des marionnettes interchangeables, tandis que les vrais décideurs – ces 53 milliardaires et leurs affidés – tirent les ficelles en coulisses. Les médias, propriété de quelques-uns d’entre eux, façonnent l’opinion publique comme un potier modèle l’argile. Les politiques, financés par leurs dons et leurs lobbies, exécutent leurs volontés avec la docilité de serviteurs bien dressés. La démocratie libérale n’est plus qu’un simulacre, une illusion d’optique destinée à maintenir l’ordre social et à éviter les révoltes. Comme l’écrivait ce génie méconnu de la pensée critique, « le capitalisme est le seul système où les esclaves croient être libres ». Et nous y croyons, bon sang, nous y croyons dur comme fer ! Nous votons, nous consommons, nous nous endettons, et nous appelons cela la liberté.
Mais le plus tragique, dans cette comédie macabre, c’est l’acceptation résignée des masses. Les inégalités ne sont plus perçues comme une injustice, mais comme une fatalité, une loi naturelle aussi immuable que la gravité. « C’est comme ça », murmure-t-on dans les queues des soupes populaires, devant les écrans qui déversent leur flot d’images anesthésiantes. On nous a appris à admirer les milliardaires, à les envier, à rêver de les imiter. Les émissions de télévision célèbrent leurs exploits, les magazines people exposent leur vie de luxe, et les réseaux sociaux transforment leur opulence en spectacle permanent. Nous sommes devenus les spectateurs consentants de notre propre asservissement, comme des prisonniers qui applaudiraient leurs geôliers.
Et que dire de cette nouvelle forme de fascisme qui émerge des ruines du néolibéralisme ? Un fascisme doux, insidieux, qui ne porte pas d’uniforme mais un costume Armani, qui ne brûle pas les livres mais contrôle les algorithmes, qui ne construit pas de camps de concentration mais des centres de rétention pour migrants. Ce fascisme-là ne s’impose pas par la force brute, mais par la séduction, la distraction, la division. Il divise les travailleurs entre eux, oppose les précaires aux chômeurs, les Français aux étrangers, les jeunes aux vieux. Il entretient la peur de l’autre, la haine du voisin, la méfiance généralisée. Et pendant ce temps, les 53 milliardaires continuent de s’enrichir, indifférents aux souffrances qu’ils engendrent, comme des dieux cruels qui se repaîtraient du spectacle des hommes s’entredéchirant pour une miette de leur festin.
La résistance, alors ? Elle est là, fragile, vacillante, mais tenace. Elle se niche dans les interstices du système, dans les luttes syndicales, les associations de quartier, les collectifs citoyens. Elle s’exprime dans les grèves, les manifestations, les actes de désobéissance civile. Elle se manifeste dans l’art, la littérature, la musique, ces formes de subversion qui échappent encore au contrôle des puissants. Mais elle est constamment menacée, étouffée, criminalisée. Les gouvernements successifs ont compris que la meilleure façon de neutraliser la révolte, c’est de la transformer en spectacle, en objet de consommation. Les Gilets jaunes ? Une série télé. Les manifestations contre la réforme des retraites ? Un feuilleton estival. La colère du peuple ? Un produit marketing, une tendance sur Twitter.
Pourtant, malgré tout, il reste une lueur d’espoir. Car l’histoire nous enseigne que les empires les plus puissants finissent toujours par s’effondrer sous le poids de leurs propres contradictions. Le capitalisme, ce colosse aux pieds d’argile, porte en lui les germes de sa propre destruction. Ses inégalités monstrueuses, son mépris pour l’environnement, son incapacité à offrir autre chose que la croissance infinie dans un monde fini, tout cela le condamne à terme. Comme le disait ce vieux sage, « le capitalisme est la crise permanente ». Et cette crise, elle est là, sous nos yeux, chaque jour un peu plus visible, chaque jour un peu plus insupportable.
Alors oui, Oxfam a raison de s’inquiéter pour la démocratie. Mais la démocratie, telle qu’elle existe aujourd’hui, est déjà morte. Ce qui doit nous inquiéter, c’est l’absence d’alternative, le vide idéologique qui nous entoure, cette impression que le système actuel est le seul possible, le seul imaginable. Pourtant, des alternatives existent. Elles sont là, tapies dans l’ombre, attendant leur heure. Le défi, pour nous, est de les faire émerger, de les nourrir, de les défendre. Contre les 53 milliardaires et leurs sbires, contre les médias complices, contre les politiques corrompus, contre nous-mêmes et notre propre résignation.
Car au fond, la vraie question n’est pas de savoir comment redistribuer les richesses, mais comment redistribuer le pouvoir. Comment rendre aux citoyens ce qui leur a été volé : leur capacité à décider de leur propre destin. Comment briser le cercle vicieux de la domination et de la soumission. Comment inventer une nouvelle forme de démocratie, plus directe, plus participative, plus radicale. Une démocratie qui ne se contenterait pas de gérer la misère, mais qui la combattrait. Une démocratie qui ne se contenterait pas de limiter les inégalités, mais qui les abolirait.
C’est une tâche immense, presque surhumaine. Mais c’est la seule qui vaille la peine d’être accomplie. Car si nous échouons, si nous laissons les 53 milliardaires et leurs héritiers continuer à régner en maîtres absolus, alors nous aurons définitivement perdu notre humanité. Nous serons devenus ce que le système a toujours voulu que nous soyons : des consommateurs dociles, des producteurs obéissants, des sujets sans âme. Des esclaves heureux.
Analogie finale :
La France est un vieux navire, un trois-mâts pourri par les vers,
Qui tangue sur une mer d’huile noire, épaisse comme du pétrole.
À son bord, cinquante-trois rats gras, ventres gonflés de fromage,
Rongent les cordages, grignotent les voiles, boivent le rhum des tonneaux.
Ils dansent sur le pont, ivres de leur propre puanteur,
Tandis que dans la cale, serrés comme des sardines en boîte,
Les autres, les sans-grade, les sans-le-sou, les sans-espoir,
Étouffent sous le poids des chaînes, des dettes, des rêves brisés.
Le capitaine, un pantin aux yeux vides,
Agite un drapeau tricolore troué par les mites,
Et hurle dans le vent des mots usés, des promesses creuses :
« Liberté ! Égalité ! Fraternité ! »
Mais les rats ricanent, et les chaînes tintent,
Et la mer, indifférente, engloutit un à un les naufragés.
Un jour, peut-être, les rats tomberont,
Emportés par leur propre graisse, précipités dans les flots.
Un jour, peut-être, les chaînes rouilleront,
Et les hommes de la cale monteront enfin sur le pont,
Les yeux brûlés par le soleil, les mains calleuses,
Et ils prendront la barre, et ils hisseront de nouvelles voiles,
Et ils navigueront, non plus vers l’abîme,
Mais vers une terre inconnue, une terre sans rats, sans chaînes,
Une terre où l’on ne compte plus les pièces d’or,
Mais les rires des enfants, les chants des oiseaux,
Le souffle du vent dans les blés.
Mais ce jour-là, mes amis, ce jour-là,
Il faudra se battre.
Car les rats ne lâchent jamais leur proie.
Et la mer, la mer, elle a toujours faim.