La curieuse discrétion des milliardaires français qui veulent être taxés – Le Monde.fr







La curieuse discrétion des milliardaires philanthropes – Analyse de Laurent Vo Anh

ACTUALITÉ SOURCE : La curieuse discrétion des milliardaires français qui veulent être taxés – Le Monde.fr

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, les milliardaires français qui réclament l’impôt comme on réclame un verre d’eau après une marche dans le désert ! Quelle farce, quelle comédie des apparences, quel théâtre de marionnettes où les fils sont tirés par l’orgueil et la culpabilité, ces deux jumeaux maudits de l’âme bourgeoise. Ils se dressent, ces nouveaux prophètes en costume trois-pièces, et clament leur désir de contribuer, de « redonner » à la société qui les a engraissés comme des oies de Noël. Mais derrière cette générosité de façade, que cache-t-on ? Une repentance ? Une stratégie ? Ou simplement l’ultime ruse d’un système qui, sentant le vent tourner, préfère lâcher du lest plutôt que de voir la foule en colère brandir les fourches ?

Car enfin, que valent ces déclarations solennelles, ces appels à la taxation, quand elles émanent de ceux-là mêmes qui ont bâti leur fortune sur l’exploitation, la spéculation, l’évasion fiscale organisée ? On nous parle de « justice sociale », de « solidarité », mais ces mots sonnent creux dans la bouche de ceux qui ont passé leur vie à contourner les lois, à délocaliser leurs profits, à jouer avec les paradis fiscaux comme des enfants gâtés avec des bonbons. La philanthropie, voyez-vous, est le dernier refuge des scélérats. Elle permet de blanchir une conscience tout en continuant à pressurer le monde. « Regardez comme je suis bon, je donne un peu de ce que j’ai volé ! » s’exclame le milliardaire, tandis que ses usines continuent de cracher leur fumée toxique et que ses employés triment pour des salaires de misère. C’est le vieux tour de passe-passe : on vous offre une pièce de monnaie après vous avoir volé votre bourse.

Et puis, il y a cette curieuse discrétion dont parle l’article. Pourquoi ces milliardaires, si prompts à afficher leur vertu, ne descendent-ils pas dans la rue pour manifester aux côtés des Gilets jaunes ? Pourquoi ne signent-ils pas des chèques en direct à la télévision, devant des millions de téléspectateurs, pour montrer l’exemple ? Parce que leur générosité est une générosité de salon, une générosité de cocktail mondain, où l’on discute entre gens du même monde, où l’on se congratule mutuellement pour sa grandeur d’âme. La vraie générosité, celle qui dérange, celle qui coûte, celle qui vous met en danger, elle, se pratique dans l’ombre, sans tambour ni trompette. Mais nos milliardaires, eux, veulent être vus, admirés, célébrés. Ils veulent que l’on parle d’eux comme on parle des saints, alors qu’ils ne sont que des marchands de bonne conscience.

Cette affaire révèle aussi quelque chose de plus profond, de plus inquiétant : la peur. La peur de l’effondrement, la peur de la révolte, la peur de voir leur monde s’écrouler sous le poids de ses propres contradictions. Les milliardaires qui réclament l’impôt sont comme ces rats qui sentent le navire couler et qui, dans un dernier sursaut de lucidité, tentent de colmater les brèches. Mais il est trop tard. Le système qu’ils ont contribué à créer est un monstre qui les dépasse, une machine infernale qui broie tout sur son passage. Le capitalisme financier, ce Moloch insatiable, ne se contente plus de dévorer les pauvres, il commence à grignoter ses propres enfants. Et nos milliardaires, dans un accès de panique, se tournent vers l’État, ce vieux père fouettard qu’ils ont tant méprisé, pour qu’il les sauve d’eux-mêmes.

Mais l’État, lui, est-il encore capable de jouer ce rôle ? Rien n’est moins sûr. L’État moderne est un colosse aux pieds d’argile, un géant affaibli par des décennies de néolibéralisme, de privatisations, de démantèlement des services publics. Il a perdu son pouvoir régulateur, sa capacité à redistribuer les richesses, à protéger les plus faibles. Il n’est plus qu’un gestionnaire de crise, un pompier pyromane qui tente d’éteindre les incendies qu’il a lui-même allumés. Et nos milliardaires, en réclamant l’impôt, ne font que lui tendre une perche, espérant qu’il pourra encore les sauver. Mais l’État est à genoux, et le peuple, lui, commence à se lasser de ces jeux de dupes.

Car au fond, que veulent vraiment ces milliardaires ? Veulent-ils une société plus juste, plus équitable ? Ou veulent-ils simplement sauver leur peau, préserver leur statut, continuer à vivre dans leurs palais dorés tandis que le reste du monde s’enfonce dans la misère ? La réponse est évidente. Leur « générosité » n’est qu’un leurre, une tentative désespérée de sauver un système qui est en train de s’effondrer. Ils savent que le peuple a faim, qu’il est en colère, qu’il est prêt à tout casser. Alors ils font semblant de tendre la main, espérant apaiser la bête avant qu’elle ne les dévore. Mais la bête, elle, n’est pas dupe. Elle voit clair dans leur jeu, elle sent leur peur, leur hypocrisie, leur lâcheté.

« L’homme est un loup pour l’homme », disait Hobbes. Mais aujourd’hui, le loup a troqué ses crocs contre un costume trois-pièces et un sourire de façade. Il se présente comme un agneau, un bienfaiteur, un sauveur, alors qu’il n’est qu’un prédateur déguisé. Et le pire, c’est qu’il croit à son propre mensonge. Il s’est convaincu qu’il est bon, qu’il est juste, qu’il mérite sa fortune. Il a oublié qu’il n’est qu’un rouage dans une machine qui broie les hommes, les femmes, les enfants, les rêves, les espoirs. Il a oublié que sa richesse est bâtie sur la sueur, le sang, les larmes de millions d’anonymes. Et maintenant, il vient nous dire qu’il veut « redonner » ? Redonner quoi ? Ce qu’il n’a jamais vraiment possédé ? Ce qu’il a volé, spolié, extorqué ?

La vérité, c’est que ces milliardaires ne veulent pas être taxés. Ils veulent être sauvés. Sauvés d’eux-mêmes, sauvés de leur propre folie, sauvés de l’abîme qu’ils ont creusé sous leurs pieds. Ils veulent que l’État, ce père fouettard qu’ils ont tant méprisé, vienne les tirer d’affaire, comme un enfant gâté qui appelle sa mère après avoir cassé son jouet. Mais l’État n’est plus là. Il a été vendu, démantelé, réduit à néant par ceux-là mêmes qui aujourd’hui réclament son aide. Et le peuple, lui, n’a plus envie de jouer. Il a compris le jeu, il a vu les cartes, il sait que la partie est truquée. Alors il se lève, il gronde, il avance, inexorablement, comme une marée montante qui va tout emporter sur son passage.

Et nos milliardaires, dans leur tour d’ivoire, tremblent. Ils sentent le sol se dérober sous leurs pieds. Ils voient les fissures s’élargir, les murs se lézarder, le ciel s’assombrir. Alors ils sortent leurs vieilles recettes, leurs vieux trucs, leurs vieilles combines. Ils parlent de générosité, de solidarité, de justice sociale. Mais personne ne les écoute plus. Personne ne croit plus à leurs mensonges. Le peuple a faim, le peuple a soif, le peuple veut du pain et des roses. Et il est prêt à tout pour les obtenir.

Alors oui, ces milliardaires qui réclament l’impôt sont des figures pathétiques, des pantins ridicules, des marionnettes dont les fils sont tirés par la peur. Ils sont le symptôme d’un système en décomposition, d’un monde qui se meurt, d’une civilisation qui a perdu son âme. Ils sont le dernier soubresaut d’un ordre ancien qui refuse de mourir, qui s’accroche désespérément à ses privilèges, à ses richesses, à ses illusions. Mais la roue tourne, et rien ne pourra l’arrêter. Le peuple avance, et il emportera tout sur son passage. Les milliardaires, les États, les systèmes, les idéologies… Tout sera balayé, tout sera réduit en cendres. Et de ces cendres, peut-être, renaîtra quelque chose de nouveau, de plus juste, de plus humain.

En attendant, nos milliardaires peuvent toujours réclamer l’impôt. Ils peuvent toujours jouer les philanthropes, les bienfaiteurs, les sauveurs. Mais personne ne les croit plus. Personne ne les écoute plus. Le peuple a ouvert les yeux, et il voit clair dans leur jeu. Il voit leur peur, leur hypocrisie, leur lâcheté. Et il rit. Il rit de leur ridicule, de leur naïveté, de leur bêtise. Car le peuple sait une chose que nos milliardaires ont oubliée : la vérité finit toujours par triompher. Et la vérité, aujourd’hui, c’est que leur monde est en train de s’effondrer. Et qu’ils ne pourront rien faire pour l’empêcher.

Analogie finale :

Ils sont comme ces rois fous, assis sur leur trône d’or,

Entourés de courtisans aux sourires de carton,

Qui sentent monter l’odeur de la révolte,

Et qui, dans un dernier sursaut de lucidité,

Jettent leurs bijoux à la foule en criant : « Prenez ! Prenez tout ! »

Mais la foule, elle, ne veut pas de leurs bijoux.

Elle veut leur tête, leur trône, leur pouvoir.

Elle veut la justice, la liberté, la dignité.

Et elle avance, inexorablement,

Comme une marée noire qui engloutit tout sur son passage.

Les rois fous tremblent, ils supplient, ils implorent,

Mais personne ne les écoute.

Personne ne les plaint.

Car ils ont eu leur chance,

Ils ont eu leur temps,

Et ils ont tout gâché.

Maintenant, c’est au tour du peuple.

Et le peuple, lui, ne pardonne pas.



Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *