Rapport sur les inégalités 2026 : Résister au règne des plus riches – oxfamfrance.org







Le Penseur Laurent Vo Anh – Résister au règne des plus riches

ACTUALITÉ SOURCE : Rapport sur les inégalités 2026 : Résister au règne des plus riches – oxfamfrance.org

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, les chiffres ! Ces petits hiéroglyphes froids qui dansent sur le papier glacé des rapports, comme des fantômes comptables hantant les nuits des économistes en mal de sens. Oxfam, encore une fois, nous balance ses statistiques avec la délicatesse d’un marteau-pilon sur un crâne déjà bien fissuré. « Résister au règne des plus riches », qu’ils disent. Résister ? Mais à quoi, bon sang ? À l’évidence même, à cette loi d’airain qui veut que l’argent, comme la merde, remonte toujours vers les sommets ? On croirait lire un traité de théologie médiévale réécrit par des comptables en burn-out. La richesse s’accumule, les pauvres s’entassent, et le monde tourne, indifférent, comme une toupie lancée par un enfant gâté qui s’ennuie.

Mais parlons-en, de cette résistance. Résister, c’est d’abord comprendre que nous ne sommes pas face à un simple dysfonctionnement du système, mais bien à son essence même. Le capitalisme, ce vieux vampire aux dents longues, ne se contente pas de sucer le sang des travailleurs : il les hypnotise, les convainc qu’ils sont libres alors qu’ils ne font que choisir entre deux chaînes de montage, deux crédits revolving, deux écrans pour s’abrutir. « Travaille, consomme, tais-toi », voilà le triptyque sacré de notre époque. Et ceux qui osent lever la tête ? On les traite de fainéants, de rêveurs, de dangereux utopistes. Comme si l’utopie n’était pas déjà réalisée : celle d’une minorité si riche qu’elle pourrait acheter des pays entiers comme on achète des bonbons, tandis que des milliards d’êtres humains crèvent à petit feu, le ventre vide et l’esprit anesthésié par les opioïdes ou les réseaux sociaux.

Prenons un instant pour méditer cette vérité crasse : l’inégalité n’est pas un bug, c’est une feature. Elle est programmée, codée dans l’ADN même de notre civilisation. Depuis que l’homme a troqué ses peaux de bête contre des titres de propriété, il a aussi troqué sa dignité contre des chiffres sur un compte en banque. La richesse des uns n’est pas la simple conséquence du travail des autres : elle en est la négation pure et simple. Chaque milliard amassé par un oligarque est une insulte gravée dans le marbre de l’histoire, un crachat au visage de ceux qui triment, qui suent, qui meurent pour des salaires de misère. Et le pire ? C’est que nous participons tous à cette mascarade. Nous votons pour des pantins qui promettent le changement tout en serrant la main des mêmes banquiers, nous achetons des produits fabriqués par des enfants à l’autre bout du monde, nous scrollons, nous likons, nous oublions. L’abrutissement de masse n’est pas une conséquence de l’inégalité : il en est la condition sine qua non.

Parlons aussi de ces « plus riches », ces nouveaux dieux laïcs qui règnent sur nos vies sans même avoir besoin de se montrer. Ils sont là, tapis dans leurs tours d’ivoire climatisées, leurs yachts amarrés dans des paradis fiscaux, leurs avions privés prêts à décoller au premier signe de révolte. Ils ne gouvernent pas : ils possèdent. Ils ne dirigent pas : ils achètent. Et nous, pauvres hères que nous sommes, nous continuons à croire que la démocratie est autre chose qu’un mot creux, une coquille vide que l’on agite comme un hochet pour calmer les masses. La démocratie ? Mais c’est le plus beau des leurres ! Une illusion d’optique savamment entretenue pour nous faire croire que nous avons notre mot à dire, alors que les dés sont pipés depuis longtemps. Les élections ? Des concours de beauté pour milliardaires. Les lois ? Des contrats signés entre amis, dans des dîners où le vin coûte plus cher que le SMIC mensuel d’un ouvrier.

Et que dire de cette résistance dont parle Oxfam ? Résister, oui, mais comment ? En manifestant ? Les rues sont pavées de bonnes intentions, mais les pavés, eux, sont de plus en plus rares. En votant ? Les urnes sont des pièges à cons, des machines à broyer les espoirs. En boycottant ? Les alternatives sont rares, et les multinationales ont déjà racheté les labels « éthiques » pour mieux nous vendre leur merde enrobée de vert. Non, la vraie résistance, c’est d’abord un acte de lucidité. C’est comprendre que le système ne peut pas être réformé, car il est parfait dans son horreur. Il est conçu pour broyer, pour diviser, pour régner. La seule issue ? Le refus. Le refus de jouer le jeu. Le refus de croire aux fables qu’on nous raconte. Le refus de se soumettre à cette logique infernale qui veut que quelques-uns possèdent tout, tandis que les autres n’ont même plus le droit de rêver.

Mais attention, ne nous y trompons pas : ce refus n’est pas une démission. C’est une révolte. Une révolte silencieuse, peut-être, mais une révolte tout de même. C’est le choix de vivre autrement, de consommer autrement, de penser autrement. C’est le choix de ne plus être dupes. Car, au fond, qu’est-ce que la richesse ? Une illusion. Une construction sociale, un château de cartes bâti sur l’exploitation et la souffrance. Les milliardaires ne sont pas des génies : ce sont des parasites. Des sangsues accrochées au corps social, suçant son sang jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien. Et nous, nous sommes les idiots utiles qui leur tendons le cou en espérant une miette de leur festin.

Alors oui, résistons. Mais résistons intelligemment. Résistons en refusant de participer à cette farce macabre. Résistons en éduquant nos enfants à penser par eux-mêmes, à douter, à questionner. Résistons en soutenant ceux qui luttent, ici et ailleurs, contre l’oppression économique. Résistons en vivant simplement, en partageant, en refusant l’accumulation absurde qui caractérise notre époque. Résistons en gardant notre humanité, coûte que coûte, dans un monde qui cherche à nous la voler.

Car au bout du compte, que reste-t-il ? Que reste-t-il quand les chiffres se taisent, quand les rapports sont lus et oubliés, quand les milliardaires s’envolent vers leurs îles privées ? Il reste l’homme. Nu, fragile, mais debout. Et c’est là, dans cette nudité, dans cette fragilité, que réside la seule vraie richesse. Celle qui ne s’achète pas, qui ne se vole pas, qui ne se négocie pas. Celle qui fait de nous des êtres humains, et non des rouages dans la machine à broyer les rêves.

Alors oui, le rapport d’Oxfam est accablant. Mais il est aussi un miroir tendu vers notre âme. Un miroir qui nous montre ce que nous sommes devenus, et ce que nous pourrions être. À nous de choisir. À nous de résister. Ou de disparaître.

Analogie finale : Le monde est un grand banquet, voyez-vous. Un festin somptueux où quelques convives repus, ventres gonflés de mets exquis, se lèchent les doigts en riant des miettes tombées à terre. Autour d’eux, une foule affamée, les yeux brillants de convoitise, tend des assiettes vides, espérant une parcelle de ce festin. Mais les maîtres du banquet, ces dieux modernes aux sourires carnassiers, leur lancent des regards méprisants. « Travaillez, leur disent-ils, et peut-être, un jour, aurez-vous le droit de goûter à nos restes. » Alors les affamés s’échinent, courbent l’échine, vendent leur temps, leur sueur, leur dignité, pour un morceau de pain rassis. Et pendant ce temps, les maîtres engraissent, toujours plus gras, toujours plus arrogants, tandis que le banquet, lui, pourrit lentement. Les mets se gâtent, les vins tournent à l’aigre, et bientôt, il ne reste plus qu’une odeur de décomposition, un goût de cendres dans la bouche de tous. Car un banquet où quelques-uns mangent à s’en faire éclater la panse tandis que les autres meurent de faim n’est pas un banquet : c’est une tombe. Une tombe où nous enterrons, jour après jour, notre humanité. Alors, mes amis, la question n’est pas de savoir comment résister à ce règne des plus riches. La question est de savoir si nous avons encore le courage de nous lever de table avant qu’il ne soit trop tard.



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