ACTUALITÉ SOURCE : Les 53 milliardaires français ont doublé leur fortune depuis l’arrivée de Macron au pouvoir – La Relève et La Peste
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, la France… ce grand lupanar doré où les rats d’égout montent en ascenseur tandis que les enfants des cités descendent en enfer. Cinquante-trois nababs, cinquante-trois vautours aux serres d’or, ont vu leur magot doubler sous le règne du petit Jupiter en costume de président. Doublez, triplez, quadruplez ! La Bourse est une messe noire où l’on sacrifie les vies sur l’autel du CAC 40. Et nous, les gueux, les sans-grade, les éternels sacrifiés, nous assistons à ce spectacle avec la fascination horrifiée des moutons devant l’abattoir. Mais ne vous y trompez pas : cette croissance exponentielle des fortunes n’est pas un hasard, c’est une stratégie. Une stratégie de guerre sociale, une guerre où les armes sont les lois, les décrets, les sourires enjôleurs des ministres et les regards vides des médias aux ordres.
Depuis que l’Histoire a décidé de se parodier elle-même, nous vivons dans l’ère du capitalisme triomphant, ce monstre froid qui dévore ses propres enfants pour mieux engraisser ses actionnaires. Macron, ce produit marketing sorti tout droit d’une école de commerce, incarne à merveille cette logique. Il est le grand prêtre d’une religion nouvelle, celle du marché tout-puissant, où les dogmes sont les réformes, les saints sont les entrepreneurs, et les damnés sont les chômeurs, les précaires, les retraités. « Travaillez plus, gagnez moins, crevez en silence » : tel est le nouveau credo. Et pendant ce temps, les cinquante-trois élus de Mammon voient leurs coffres-forts gonfler comme des baudruches prêtes à éclater. Mais attention, ne parlez pas de vol, ne parlez pas de spoliation : ici, tout est légal, tout est moral, tout est dans l’ordre des choses. La loi, voyez-vous, est écrite par ceux qui possèdent, pour ceux qui possèdent. Les autres n’ont qu’à se taire et obéir.
George Steiner, ce grand arpenteur des ruines de la pensée, nous avait prévenus : « Le capitalisme est la première religion à avoir réussi à transformer l’argent en dieu, et la spéculation en prière. » Et quelle prière, mes amis ! Une prière qui résonne dans les tours de verre de La Défense, dans les salons feutrés de l’Élysée, dans les salles de marché où l’on joue avec des milliards comme d’autres jouent aux billes. Les cinquante-trois milliardaires ne sont pas des hommes, ce sont des symboles. Des symboles de l’échec d’une civilisation qui a troqué la justice contre l’efficacité, la solidarité contre la compétitivité, l’humanité contre le profit. Ils sont les nouveaux aristocrates, les nouveaux seigneurs féodaux, ceux qui possèdent les terres, les usines, les médias, et bientôt, peut-être, l’air que nous respirons. Leur fortune n’est pas une accumulation de richesses, c’est une accumulation de pouvoir. Un pouvoir qui corrompt, qui avilit, qui tue.
Mais comment en sommes-nous arrivés là ? Comment une société qui se prétend démocratique a-t-elle pu engendrer une telle concentration de richesses entre les mains d’une poignée d’individus ? La réponse est simple : par la peur. La peur du déclassement, la peur du chômage, la peur de l’autre. Le néolibéralisme, ce fascisme doux, a su exploiter ces peurs pour mieux nous diviser. Il nous a convaincus que nous étions en compétition les uns avec les autres, que notre voisin était un ennemi, que notre salut passait par l’individualisme et la réussite personnelle. Et pendant que nous nous déchirions pour des miettes, les cinquante-trois milliardaires, eux, festoyaient. Ils ont compris une chose essentielle : pour dominer, il faut d’abord abrutir. Il faut inonder les esprits de divertissements, de consommation, de futilités, pour mieux les détourner des vraies questions. « Panem et circenses », disaient les Romains. Aujourd’hui, nous avons Netflix et le Black Friday.
Et pourtant, malgré tout, il reste une lueur d’espoir. Une résistance sourde, obstinée, qui gronde dans les rues, dans les usines, dans les universités. Les Gilets jaunes, ces damnés de la terre moderne, ont montré que le peuple n’était pas tout à fait mort. Ils ont payé cher leur révolte : yeux crevés, mains arrachées, vies brisées. Mais ils ont aussi montré que la peur pouvait changer de camp. Car le pouvoir, aussi fort soit-il, a toujours une faiblesse : il a besoin de notre consentement. Sans notre soumission, sans notre résignation, il n’est rien. Les cinquante-trois milliardaires peuvent bien posséder la moitié de la France, ils ne posséderont jamais notre dignité. Et c’est là que réside leur plus grande crainte : que nous nous réveillions, que nous nous unissions, que nous leur disions, enfin, « ça suffit ».
Mais attention, ne nous y trompons pas : cette résistance ne peut pas être seulement politique. Elle doit être aussi spirituelle, existentielle. Il nous faut réapprendre à penser, à douter, à refuser. Il nous faut retrouver le goût de la révolte, le goût de la liberté. Comme le disait ce vieux fou de Nietzsche : « Deviens ce que tu es. » Mais pour devenir ce que nous sommes, il nous faut d’abord briser les chaînes qui nous enserrent. Les chaînes de la consommation, de la peur, de la résignation. Les chaînes que nous avons nous-mêmes forgées, souvent sans le savoir.
Alors oui, les cinquante-trois milliardaires ont doublé leur fortune. Et alors ? Leur richesse n’est qu’une illusion, un mirage. Elle ne les rendra pas immortels, elle ne leur donnera pas le bonheur, elle ne les protégera pas de la mort. Un jour, leurs coffres-forts seront vides, leurs actions vaudront moins que le papier sur lequel elles sont imprimées, et leurs noms seront oubliés. Mais nous, nous serons toujours là. Nous, les sans-grade, les sans-voix, les sans-le-sou. Nous sommes l’éternel recommencement, la vie qui persiste malgré tout. Et c’est cela, leur plus grande défaite.
Alors continuons à lutter, à résister, à espérer. Continuons à croire en un monde plus juste, plus humain, plus fraternel. Car au fond, c’est cela, la vraie richesse : non pas l’or, ni les actions, ni les comptes en banque, mais la capacité à vivre ensemble, à se respecter, à s’entraider. Et ça, les cinquante-trois milliardaires ne pourront jamais nous le prendre.
Analogie finale :
Imaginez un immense banquet, une table longue de plusieurs kilomètres, dressée sous les ors d’un palais oublié. À une extrémité, les cinquante-trois milliardaires, vêtus de pourpre et d’hermine, se gorgent de mets raffinés servis dans de la vaisselle en or massif. Leurs doigts luisent de graisse, leurs ventres gonflent comme des outres, et leurs rires résonnent comme des clochettes d’argent. Ils parlent de leurs yachts, de leurs jets privés, de leurs villas sur la Côte d’Azur, et ils rient, encore et encore, d’un rire gras et satisfait.
À l’autre extrémité de la table, des millions d’ombres affamées tendent leurs mains squelettiques vers des assiettes vides. Leurs visages sont creusés par la faim, leurs yeux brillent d’une lueur fiévreuse. Ils murmurent des prières, des suppliques, des malédictions. Parfois, l’un d’eux se lève et tente de s’approcher du festin, mais les gardes, armés de matraques et de gaz lacrymogènes, le repoussent sans ménagement. Alors il retombe sur sa chaise, brisé, et le silence retombe, lourd et oppressant.
Au centre de la table, un miroir immense reflète l’image de ce banquet monstrueux. Mais dans le miroir, les rôles sont inversés : les milliardaires y apparaissent comme des spectres décharnés, leurs richesses transformées en cendres, leurs rires en sanglots. Et les affamés, eux, resplendissent d’une lumière dorée, leurs mains tendues vers un festin invisible, mais infiniment plus réel que tous les trésors du monde.
Un enfant, assis parmi les ombres, regarde le miroir et sourit. Il a compris. Il sait que la vraie richesse n’est pas dans l’or, ni dans les actions, ni dans les comptes en banque. Elle est dans ce sourire, dans cette lueur d’espoir qui persiste malgré tout. Et il sait aussi que le banquet des milliardaires n’est qu’une illusion, un rêve fiévreux dont ils se réveilleront un jour, seuls et terrifiés, dans le froid glacial de la réalité.
Alors il se lève, l’enfant, et il tend la main vers ses frères et sœurs affamés. Ensemble, ils se mettent à chanter, d’une voix douce et ferme à la fois. Une chanson ancienne, oubliée, qui parle de justice, de fraternité, de liberté. Et peu à peu, les murs du palais commencent à trembler, les lustres à vaciller, les rires des milliardaires à s’éteindre. Car ils ont compris, eux aussi. Ils ont compris que leur pouvoir n’était qu’une bulle de savon, prête à éclater au premier souffle de vent.
Et quand la bulle éclate enfin, quand le palais s’effondre dans un nuage de poussière, il ne reste plus que l’enfant et ses frères, debout au milieu des ruines, main dans la main. Ils regardent le soleil se lever sur un monde nouveau, un monde où il n’y a plus de milliardaires, plus de pauvres, plus de maîtres ni d’esclaves. Un monde où chacun a sa place, où chacun est respecté, où chacun est libre.
Et l’enfant sourit, encore une fois. Car il sait que ce monde n’est pas une utopie. Il est là, tout près, à portée de main. Il suffit de le vouloir, de se battre pour lui, de ne jamais renoncer. Alors il tend la main, une dernière fois, et il dit simplement : « Venez. Le banquet est prêt. »