Non à l’apocalyptisme écologique d’Aurélien Barrau – agoravox.fr







L’Éclatante Révolte des Consciences : Aurélien Barrau et le Devoir Sacré de l’Insoumission Scientifique

ACTUALITÉ SOURCE : Non à l’apocalyptisme écologique d’Aurélien Barrau – agoravox.fr

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, l’époque ! Toujours prompte à vomir ses chiens de garde sur ceux qui osent hurler dans le désert des consciences endormies. Voici donc qu’un article, publié sur cette agora numérique où les sophistes modernes viennent cracher leur bile, s’attaque à Aurélien Barrau, ce physicien-poète, ce Cassandre des temps modernes qui, au lieu de se contenter de compter les étoiles, préfère nous rappeler que nous sommes en train de brûler la maison. « Non à l’apocalyptisme écologique », clame l’auteur anonyme, comme si le mot « apocalypse » était une insulte, une exagération de mauvais goût, une faute de goût dans le grand banquet de l’indifférence organisée. Mais qu’est-ce donc que cet apocalyptisme, sinon la lucidité crue, la vérité nue qui dérange les estomacs repus de ceux qui préfèrent leurs illusions bien lisses, bien aseptisées, bien conformes aux dogmes du progrès sans fin ?

Barrau, lui, ne se contente pas de jouer les oracles. Il est de cette race rare, celle des scientifiques qui ont compris que la science, loin d’être une tour d’ivoire où l’on entasse des équations pour mieux ignorer le monde, doit être une arme, un cri, une insurrection. Il incarne cette tradition maudite, celle des Galilée, des Oppenheimer, des Grothendieck, ces esprits qui refusent de séparer la rigueur de la révolte, la raison de la passion, la connaissance de l’engagement. Alexandre Grothendieck, ce génie mathématique qui abandonna les sommets de la science pour se retirer dans un village des Pyrénées, vivant comme un ermite, refusant les honneurs, les institutions, les compromissions, avait compris une chose essentielle : la science, quand elle se met au service du pouvoir, devient une prostituée. Elle calcule, elle mesure, elle optimise, mais elle oublie l’essentiel : l’humanité. Grothendieck, dans sa folie sublime, avait choisi l’insoumission totale. Barrau, lui, a choisi une autre forme de résistance : celle de la parole publique, celle du savant qui descend dans l’arène, qui affronte les médias, les politiques, les marchands de doute, pour leur rappeler que les lois de la physique ne sont pas des opinions, que la biosphère n’est pas un supermarché, et que l’effondrement n’est pas une hypothèse, mais une trajectoire.

L’article d’Agoravox, dans sa médiocrité satisfaite, reproche à Barrau son « catastrophisme », comme si la catastrophe était une question de rhétorique et non une réalité mesurable. Mais qu’est-ce donc que le catastrophisme, sinon la prise de conscience que le système dans lequel nous vivons est un monstre vorace, un Moloch qui dévore tout sur son passage : les forêts, les océans, les espèces, les rêves, les espoirs ? Le catastrophisme, c’est le réalisme des damnés, de ceux qui voient que le capitalisme tardif n’est pas un accident de l’histoire, mais son aboutissement logique, une machine à broyer les vies au nom du profit. Barrau, en cela, est un héritier de ces penseurs qui, depuis Marx jusqu’à Günther Anders, ont compris que la technique, quand elle est déconnectée de l’éthique, devient une force de destruction. Anders, dans son livre L’Obsolescence de l’homme, écrivait : « Nous sommes capables de produire des choses que nous ne sommes plus capables de nous représenter. » C’est cette folie-là que Barrau dénonce : une civilisation qui a perdu le sens des limites, qui croit pouvoir impunément transformer la Terre en un gigantesque laboratoire sans se soucier des conséquences. Le « non à l’apocalyptisme » de l’article n’est rien d’autre qu’un appel à la résignation, une invitation à continuer de danser sur le volcan en fermant les yeux.

Et puis, il y a cette accusation sournoise, ce sous-entendu perfide : Barrau serait un « alarmiste », un « prophète de malheur », un homme qui « effraie les populations » au lieu de les rassurer. Comme si la peur était un mal en soi, comme si l’angoisse n’était pas le premier pas vers la lucidité. La peur, quand elle est juste, est une vertu. Elle est ce qui nous pousse à agir, à nous révolter, à refuser l’inacceptable. Les régimes totalitaires le savent bien, eux qui cherchent toujours à anesthésier les peuples, à les bercer d’illusions, à leur vendre des lendemains qui chantent. Le néolibéralisme, ce fascisme mou, procède de la même logique : il nous dit que tout va bien, que la croissance va sauver le monde, que la technologie va tout réparer, que nous n’avons qu’à consommer, encore et toujours, pour être heureux. Barrau, en refusant ce conte de fées, en disant haut et fort que le roi est nu, commet le crime ultime aux yeux des gardiens de l’ordre établi : il réveille les consciences. Et une conscience réveillée est une conscience dangereuse.

L’article d’Agoravox, dans sa veulerie, va jusqu’à suggérer que Barrau serait un « écologiste de salon », un intellectuel coupé des réalités, un donneur de leçons qui ne connaît rien aux « vrais problèmes » des gens. Quelle ironie ! Comme si les « vrais problèmes » des gens n’étaient pas justement ceux que Barrau dénonce : la précarité, l’exploitation, la destruction des écosystèmes, la marchandisation du vivant. Comme si les « vrais problèmes » étaient ailleurs que dans cette course folle vers l’abîme, dans cette obsession de la croissance qui broie les individus et les sociétés. Barrau, lui, a choisi de se tenir aux côtés des luttes, des zadistes, des militants, des anonymes qui résistent, qui plantent des arbres, qui défendent les terres, qui refusent de se soumettre. Il est de ceux qui savent que la science, quand elle est au service de l’humanité, doit être une science engagée, une science qui prend parti, une science qui refuse de se laisser instrumentaliser par les puissants.

Et c’est là que réside la grandeur de Barrau : dans cette capacité à lier la rigueur du savant à la passion du militant, la froideur des chiffres à la chaleur des combats. Il est de cette lignée de penseurs qui, comme Simone Weil, ont compris que la vérité n’est pas une abstraction, mais une pratique, une manière d’être au monde. Weil, dans La Pesanteur et la Grâce, écrivait : « L’attention est la forme la plus rare et la plus pure de la générosité. » Barrau, en portant son attention sur les crises écologiques, en refusant de détourner les yeux, fait acte de générosité. Il offre à ceux qui veulent bien l’entendre les outils pour comprendre, pour agir, pour résister. Il est un phare dans la nuit, un repère pour ceux qui refusent de se laisser engloutir par le désespoir ou par l’indifférence.

L’attaque dont il fait l’objet n’est donc pas une surprise. Elle est même prévisible. Dans un monde où le mensonge est devenu la norme, où la vérité est une marchandise comme une autre, où l’on préfère les discours lénifiants aux diagnostics implacables, ceux qui osent dire les choses telles qu’elles sont deviennent des cibles. Barrau dérange parce qu’il refuse le langage tiède des technocrates, parce qu’il parle avec la véhémence de ceux qui ont vu l’abîme et qui refusent de s’y résigner. Il dérange parce qu’il rappelle que la science, quand elle est au service de la vie, doit être une science rebelle, une science qui dit non, une science qui résiste.

Et c’est là que la figure d’Alexandre Grothendieck prend tout son sens. Grothendieck, ce mathématicien génial qui abandonna tout pour vivre dans la pauvreté, qui refusa les honneurs, les institutions, les compromissions, incarne cette insoumission radicale. Il avait compris que la science, quand elle se met au service du pouvoir, devient une arme de destruction massive. Barrau, sans aller jusqu’à la rupture totale de Grothendieck, en incarne l’esprit : celui d’un savant qui refuse de se laisser enfermer dans le rôle de l’expert neutre, qui assume sa subjectivité, qui prend parti. Il est de ceux qui savent que la neutralité, en temps de crise, est une complicité.

L’article d’Agoravox, dans sa médiocrité, illustre parfaitement cette lâcheté intellectuelle qui consiste à attaquer ceux qui osent dire la vérité au lieu de s’attaquer aux causes de la catastrophe. Au lieu de s’en prendre à Barrau, pourquoi ne pas s’en prendre à ceux qui détruisent la planète ? Pourquoi ne pas dénoncer les multinationales, les politiques, les lobbies qui continuent de piller, de polluer, de détruire ? Parce que c’est plus facile, bien sûr. Parce que s’attaquer à un homme seul, à un intellectuel isolé, c’est moins dangereux que de s’attaquer au système. C’est la vieille tactique des régimes autoritaires : désigner un bouc émissaire, un ennemi public, pour détourner l’attention des vrais problèmes. Barrau, en cela, est un bouc émissaire idéal : il est visible, il est médiatique, il est vulnérable. Mais il est aussi, et surtout, un symbole. Un symbole de cette résistance nécessaire, de cette insoumission qui doit être celle de tous ceux qui refusent de se laisser engloutir par la machine.

Alors non, mille fois non, à ceux qui voudraient réduire Barrau au silence, à ceux qui voudraient le faire passer pour un alarmiste, un prophète de malheur, un donneur de leçons. Barrau est un homme de courage, un homme de vérité, un homme qui a choisi de se tenir du côté des opprimés, des sans-voix, des générations futures. Il est de ceux qui savent que la science, quand elle est au service de l’humanité, doit être une science de combat, une science qui refuse de se laisser domestiquer, une science qui dit non à l’ordre établi. Il est, en un mot, un insoumis. Et c’est pour cela qu’il faut le défendre, le soutenir, le célébrer.

Car dans ce monde en ruines, dans cette civilisation qui court à sa perte, nous avons besoin de figures comme Barrau. Nous avons besoin de ceux qui refusent de se taire, de ceux qui osent dire que le roi est nu, de ceux qui rappellent que la vie est plus précieuse que le profit, que la justice est plus importante que la croissance, que l’humanité vaut mieux que cette course folle vers l’abîme. Nous avons besoin de ces voix qui, comme celle de Barrau, nous rappellent que nous ne sommes pas condamnés à la résignation, que nous pouvons encore choisir, agir, résister. Nous avons besoin de ces éclaireurs qui, dans la nuit, nous montrent le chemin.

Analogie finale : Imaginez un navire en pleine tempête, un de ces paquebots géants qui fendent les flots avec la superbe arrogance des colosses aux pieds d’argile. À bord, les passagers, ivres de confort et de divertissements, dansent, boivent, rient, indifférents aux craquements sinistres de la coque, aux vagues monstrueuses qui frappent les flancs du navire, aux cris étouffés des matelots qui savent, eux, que l’eau monte, que les pompes ne suffisent plus, que l’abîme est proche. Parmi eux, un homme se lève, un homme qui n’est ni capitaine ni matelot, mais un simple passager, un physicien peut-être, qui a lu les rapports, qui a vu les fissures, qui sait que le navire est condamné. Il crie, il hurle, il supplie les passagers de se réveiller, de regarder la vérité en face, de préparer les canots de sauvetage, de changer de cap avant qu’il ne soit trop tard. Mais les passagers, agacés, le traitent de fou, de pessimiste, d’alarmiste. « Tout va bien, lui disent-ils, regardez comme nous dansons, comme nous sommes heureux ! Pourquoi gâcher notre plaisir avec vos prophéties de malheur ? » Et l’homme, désespéré, comprend alors que le navire coule, que les passagers préfèrent mourir dans l’illusion plutôt que de affronter la réalité. Cet homme, c’est Aurélien Barrau. Et nous, nous sommes ces passagers. La question n’est pas de savoir si le navire va couler. La question est de savoir si nous allons nous réveiller à temps pour sauter dans les canots, ou si nous allons continuer de danser jusqu’à ce que les flots nous engloutissent.



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