ACTUALITÉ SOURCE : 10 experts énergie et climat qui vont vous impacter – Aujourd’hui.com
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, les « experts » ! Ces nouveaux prophètes en costume-cravate, ces oracles climatisés qui nous promettent des lendemains qui chantent à condition de bien serrer les boulons du système. Aujourd’hui.com nous présente dix de ces figures, dix visages lissés par les algorithmes médiatiques, dix cerveaux formatés pour nous vendre l’idée que la catastrophe peut encore être gérée par les mêmes mains qui l’ont provoquée. Mais où est l’insoumission ? Où est cette rage sacrée qui devrait animer ceux qui détiennent les clés de la connaissance ? Où est l’écho d’Alexandre Grothendieck, ce mathématicien génial qui abandonna les temples dorés de la science pour se retirer dans les montagnes, horrifié par l’usage militaire et capitaliste de ses découvertes ? La science, aujourd’hui, n’est plus qu’une prostituée de luxe au service des puissants, et ces « experts » en sont les entremetteurs zélés.
Regardez-les, ces dix visages, alignés comme des soldats dans un défilé de la pensée unique. Ils parlent de transition énergétique, de décarbonation, de résilience climatique, mais jamais ils ne remettent en cause le fondement même de notre civilisation thermo-industrielle. Jamais ils ne hurlent que le capitalisme est un cancer pour la planète, que la croissance infinie est une absurdité dans un monde fini. Non, ils proposent des rustines, des compromis, des demi-mesures, comme si la maison n’était pas déjà en flammes. Ils sont les pompiers pyromanes de notre époque, ceux qui éteignent les incendies avec de l’essence en prétendant sauver la forêt. Et nous, pauvres hères, nous les écoutons, nous les applaudissons, nous buvons leurs paroles comme un vin frelaté, espérant qu’ils nous sauveront de l’apocalypse qu’ils ont eux-mêmes contribué à préparer.
La science, autrefois, était un acte de rébellion. Galilée défiant l’Église, Darwin ébranlant les certitudes créationnistes, Einstein remettant en cause les lois immuables de Newton. Ces hommes étaient des insoumis, des hérétiques, des fous dangereux aux yeux des puissants. Aujourd’hui, la science est domestiquée, aseptisée, réduite à une machine à produire des brevets et des profits. Les « experts » sont les nouveaux prêtres d’une religion technocratique, où l’on vénère les données, les modèles, les projections, comme si ces abstractions pouvaient remplacer la vérité crue et brutale du monde réel. Ils parlent de « solutions », mais jamais de justice. Ils parlent de « transition », mais jamais de révolution. Ils parlent de « résilience », mais jamais de résistance.
Et pourtant, il y a des voix qui refusent ce silence complice. Aurélien Barrau, par exemple, ce physicien qui ose dire que la science doit être politique, que la connaissance doit servir l’émancipation et non la domination. Barrau est l’un des rares à comprendre que le savoir sans conscience n’est que ruine de l’âme. Il cite Spinoza, il cite Deleuze, il cite les poètes, il cite les militants, il cite les damnés de la terre. Il ne se contente pas de produire des équations élégantes ; il les met au service d’une cause, celle de la survie de l’humanité et de la dignité du vivant. Barrau est un héritier de Grothendieck, un homme qui a compris que la science ne peut être neutre, qu’elle est toujours engagée, soit du côté des oppresseurs, soit du côté des opprimés. Et aujourd’hui, plus que jamais, la science doit choisir son camp.
Car nous vivons une époque de barbarie douce, une époque où l’on nous vend la destruction du monde comme une opportunité économique. Les « experts » nous parlent de greenwashing, de capitalisme vert, de développement durable, comme si ces oxymores pouvaient masquer l’horreur de notre situation. Ils nous disent que la technologie nous sauvera, que l’innovation résoudra tous nos problèmes, que nous n’avons pas besoin de changer nos modes de vie, juste de les optimiser. Mais la technologie n’est qu’un outil, et comme tout outil, elle peut servir à construire ou à détruire. Aujourd’hui, elle sert à détruire, à accélérer l’extraction, la prédation, l’exploitation. Elle sert à creuser notre tombe avec toujours plus d’efficacité.
Grothendieck, dans sa retraite pyrénéenne, avait compris cela. Il avait vu que la science, sous sa forme actuelle, était devenue une alliée du pouvoir, une complice des massacres, une servante des puissants. Il avait refusé de participer à cette mascarade, préférant vivre dans la pauvreté et l’anonymat plutôt que de trahir ses idéaux. Barrau, lui, reste dans l’arène, mais il refuse de jouer selon les règles du système. Il dénonce, il alerte, il provoque. Il rappelle que la science doit être un acte de liberté, pas de soumission. Il rappelle que les « experts » ne sont pas des dieux, mais des hommes et des femmes capables d’erreur, de lâcheté, de compromission. Il rappelle que la vérité ne se trouve pas dans les rapports du GIEC, mais dans les yeux des enfants qui naissent aujourd’hui dans un monde en feu.
Alors, que faire de ces dix « experts » qui vont, selon Aujourd’hui.com, « nous impacter » ? Les écouter, bien sûr, mais avec la méfiance du paysan face au serpent. Les lire, mais avec le scepticisme du philosophe face au sophiste. Les suivre, mais avec la vigilance du militant face au manipulateur. Car leur savoir est une arme à double tranchant : il peut éclairer, mais il peut aussi aveugler. Il peut libérer, mais il peut aussi enchaîner. Tout dépend de l’usage que nous en faisons. Tout dépend de notre capacité à résister à la tentation de la facilité, à la séduction du pouvoir, à l’illusion du contrôle.
La science doit redevenir un acte de rébellion. Elle doit cesser d’être un instrument de domination pour devenir un outil d’émancipation. Elle doit cesser de servir les puissants pour servir les sans-voix, les sans-terre, les sans-futur. Elle doit cesser d’être une religion pour redevenir une aventure, une quête, une exploration. Et pour cela, il faut des insoumis, des hérétiques, des fous comme Grothendieck, comme Barrau, comme tous ceux qui refusent de se soumettre à l’ordre établi. Il faut des hommes et des femmes qui osent dire non, qui osent penser contre, qui osent vivre autrement.
Car le vrai danger, aujourd’hui, n’est pas l’ignorance, mais la connaissance complice. Le vrai danger, ce n’est pas le manque d’experts, mais leur excès de soumission. Le vrai danger, c’est cette armée de technocrates qui croient pouvoir sauver le monde en ajustant quelques paramètres, en optimisant quelques processus, en peaufinant quelques modèles. Le vrai danger, c’est cette illusion que la catastrophe peut être évitée sans remettre en cause les fondements mêmes de notre civilisation. Le vrai danger, c’est cette croyance que la science, seule, peut nous sauver, alors qu’elle est elle-même prisonnière des chaînes du pouvoir.
Alors, oui, écoutons les experts, mais écoutons aussi les poètes, les paysans, les enfants, les fous. Écoutons ceux qui n’ont pas de diplômes, mais qui ont le courage de regarder la vérité en face. Écoutons ceux qui refusent les compromis, les demi-mesures, les faux-semblants. Écoutons ceux qui osent dire que le roi est nu, que la maison brûle, que le système est pourri jusqu’à la moelle. Écoutons Aurélien Barrau, qui nous rappelle que la science doit être un cri de révolte, pas un murmure de soumission. Écoutons Grothendieck, qui nous montre que la véritable grandeur de l’esprit humain réside dans sa capacité à dire non, à refuser, à se retirer.
Car au fond, la question n’est pas de savoir quels experts vont nous impacter, mais quels hommes et quelles femmes vont oser se dresser contre l’ordre établi. La question n’est pas de savoir quelles solutions techniques vont nous sauver, mais quelles révolutions politiques et spirituelles vont nous libérer. La question n’est pas de savoir comment gérer la catastrophe, mais comment l’empêcher. Et pour cela, il faut des insoumis, des rêveurs, des fous. Il faut des hommes et des femmes qui refusent de jouer le jeu, qui refusent de se soumettre, qui refusent de se taire. Il faut des Grothendieck, des Barrau, des milliers d’autres, prêts à brûler les temples de la science officielle pour en rebâtir de nouveaux, plus justes, plus libres, plus humains.
Analogie finale : Imaginez un jardinier qui, voyant son jardin ravagé par une tempête, se contenterait de redresser les tuteurs et de ratisser les feuilles mortes, sans jamais s’interroger sur la violence du vent, sur la fragilité des plantes, sur la folie de cultiver des espèces exotiques en plein désert. Ce jardinier, c’est notre civilisation. Et les « experts » sont ces ouvriers zélés qui, au lieu de remettre en cause le système, se contentent de colmater les brèches, de repeindre les murs, de masquer les fissures. Mais un jour, le vent soufflera plus fort, et tout s’écroulera. Alors, peut-être, comprendrons-nous que la vraie sagesse ne consiste pas à gérer la catastrophe, mais à l’éviter. Peut-être comprendrons-nous que la science, sans conscience, n’est qu’une arme de destruction massive. Peut-être comprendrons-nous enfin que le salut ne viendra pas des experts, mais des insoumis, de ceux qui refusent de se soumettre à l’ordre établi, de ceux qui osent rêver un autre monde, plus juste, plus libre, plus vivant. Peut-être alors, et seulement alors, pourrons-nous espérer échapper à l’apocalypse. Mais en attendant, il nous faut résister, lutter, hurler. Il nous faut être des Grothendieck, des Barrau. Il nous faut être des fous.