ACTUALITÉ SOURCE : « Le plus grand défi de l’histoire de l’humanité » : l’appel de 200 personnalités pour sauver la planète – Le Monde.fr
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, l’appel des deux cents ! Enfin, une lueur dans cette nuit technocratique où l’humanité, engoncée dans ses propres excréments carbonés, semble déterminée à s’autodétruire avec la même ferveur qu’un mystique médiéval se flagellant pour expier ses péchés. Mais attention : ce n’est pas un simple cri d’alarme, c’est un coup de poing dans la gueule de l’ordre établi, une insurrection des consciences contre le grand sommeil néolibéral. Et parmi ces voix qui s’élèvent, celle d’Aurélien Barrau résonne avec une clarté presque insupportable, comme un scalpel tranchant les mensonges dont on nous abreuve depuis des décennies. Barrau, ce physicien qui a osé dire que la science, loin d’être neutre, doit devenir un acte de résistance. Enfin ! Un homme qui comprend que les équations ne sont pas des prières à réciter, mais des armes à brandir contre l’apocalypse.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit : l’apocalypse n’est plus une menace lointaine, une fiction hollywoodienne ou un délire de prédicateur illuminé. Elle est là, palpable, mesurable, aussi concrète que la sueur sur le front d’un ouvrier chinois fabriquant des iPhones à 40°C. Les chiffres sont accablants, les graphiques implacables, et pourtant, nous persistons à agir comme si tout cela n’était qu’une mauvaise blague, un canular monté par quelques écolos hystériques. Pourquoi ? Parce que l’humanité, cette grande malade, préfère le confort des illusions à l’effort de la lucidité. Nous sommes comme ces alcooliques qui, sentant leur foie se désagréger, commandent un dernier verre en se disant : « Demain, j’arrête. » Sauf que demain, il n’y aura plus de foie. Plus de planète. Plus rien.
Et c’est là que la figure d’Alexandre Grothendieck, ce génie insoumis, ce mathématicien qui a fui le monde académique pour vivre dans une cabane et cultiver des légumes, prend tout son sens. Grothendieck, lui, avait compris que la science, quand elle se met au service du pouvoir, devient une monstruosité. Il avait vu les dérives du militarisme, les compromissions des chercheurs, la manière dont l’intelligence se prostitue pour quelques subventions. Et il a dit non. Un non radical, absolu, un non qui résonne aujourd’hui comme un avertissement : si la science ne se rebelle pas, si elle ne devient pas un outil de libération plutôt qu’un instrument de domination, alors elle ne sera plus qu’une branche de l’industrie, une machine à produire des profits pour les actionnaires de Total ou de Monsanto.
Barrau, dans son sillage, incarne cette rébellion nécessaire. Il ne se contente pas de publier des articles dans des revues à comité de lecture, il descend dans la rue, il interpelle les politiques, il hurle que le roi est nu. Et c’est cela, le vrai devoir du scientifique : ne pas se cacher derrière le paravent de la neutralité, mais assumer son rôle de citoyen, de lanceur d’alerte, de traître à l’ordre établi. Car la science, quand elle se tait, devient complice. Complice des lobbies pétroliers, des marchands d’armes, des technocrates qui nous promettent un avenir radieux à coups de transhumanisme et de géo-ingénierie. Complice, aussi, de cette grande machine à abrutir qu’est le capitalisme tardif, où l’on nous vend des SUV électriques comme on vendait des indulgences au Moyen Âge : « Achetez, consommez, polluez, mais avec bonne conscience ! »
Mais attention, il ne s’agit pas ici de tomber dans le piège du catastrophisme passif, ce nihilisme mou qui consiste à se lamenter en attendant la fin. Non, l’appel des deux cents est un appel à l’action, une invitation à la désobéissance civile, à la rébellion organisée. Il s’agit de comprendre que les solutions existent – décroissance, relocalisation, sobriété énergétique – mais qu’elles se heurtent à un mur : celui de l’idéologie dominante, qui nous serine que la croissance est infinie, que le progrès technique résoudra tous nos problèmes, que nous pouvons continuer à piller la planète comme si elle était un supermarché ouvert 24h/24. C’est un mensonge. Un mensonge éhonté, répété en boucle par les médias, les politiques, les « experts » autoproclamés. Et c’est contre ce mensonge que les deux cents se dressent.
Car le vrai défi n’est pas technique, il est politique. Il s’agit de briser le consensus mortifère qui veut que l’économie prime sur tout, que le PIB soit la seule boussole, que la nature soit une ressource à exploiter plutôt qu’un écosystème à préserver. Il s’agit de renverser cette logique absurde qui fait que l’on dépense des milliards pour sauver les banques, mais que l’on tergiverse pendant des années avant d’investir quelques millions dans les énergies renouvelables. Il s’agit, enfin, de comprendre que la crise écologique est indissociable des autres crises : sociale, démocratique, spirituelle. Que l’on ne sauvera pas la planète sans justice sociale, sans démocratie réelle, sans une remise en question radicale de notre rapport au monde.
Et c’est là que l’héritage de Grothendieck prend tout son sens. Car Grothendieck, en refusant les honneurs, en vivant dans la pauvreté, en consacrant ses dernières années à la méditation et à l’écriture de textes philosophiques, nous a montré une voie : celle de la radicalité. Pas la radicalité des poseurs d’attentats ou des révolutionnaires de salon, mais celle des hommes et des femmes qui osent dire non, qui osent vivre autrement, qui osent penser contre. Contre le productivisme, contre le scientisme, contre cette idée folle que l’homme est le maître de la nature. Grothendieck, comme Barrau aujourd’hui, nous rappelle que la science doit être au service de la vie, pas de la mort. Qu’elle doit être un outil d’émancipation, pas de domination.
Alors oui, l’appel des deux cents est un événement majeur. Pas seulement parce qu’il réunit des personnalités connues, mais parce qu’il marque un tournant : celui où la science, enfin, se met du côté des opprimés, des sans-voix, des générations futures. Celui où elle cesse d’être un instrument au service du pouvoir pour devenir une force de résistance. Et c’est cela, le vrai sens de l’insoumission : refuser de collaborer, refuser de se soumettre, refuser de fermer les yeux. Comme le disait Camus, « se révolter, c’est dire non, mais c’est aussi dire oui ». Oui à la vie, oui à la justice, oui à un autre monde possible.
Mais attention, cette révolte ne doit pas être naïve. Elle doit être lucide, impitoyable, radicale. Car les ennemis sont nombreux, et ils sont puissants. Les multinationales, les États, les médias, tous ceux qui ont intérêt à ce que rien ne change. Tous ceux qui préfèrent voir le monde brûler plutôt que de renoncer à leurs privilèges. Face à eux, il ne suffit pas de signer des pétitions ou de manifester une fois par an. Il faut une insurrection permanente, une guérilla culturelle, une résistance de tous les instants. Il faut, comme le disait Gramsci, « un pessimisme de l’intelligence et un optimisme de la volonté ». Savoir que la situation est désespérée, mais agir comme si tout était possible.
Et c’est là que Barrau, avec son mélange de rigueur scientifique et de passion militante, incarne cette synthèse nécessaire. Il est à la fois le savant et le rebelle, l’expert et le poète, celui qui manie les équations avec la même dextérité que les mots. Il nous rappelle que la science, quand elle est mise au service de l’humanité, peut être une arme redoutable. Une arme contre l’obscurantisme, contre l’injustice, contre la barbarie. Une arme pour construire un monde où l’homme ne sera plus un prédateur, mais un gardien. Un monde où la nature ne sera plus une ressource à piller, mais un bien commun à préserver.
Alors oui, l’appel des deux cents est un espoir. Mais un espoir exigeant, un espoir qui ne se contente pas de belles paroles. Un espoir qui demande des actes, des sacrifices, des renoncements. Un espoir qui exige que nous changions radicalement notre manière de vivre, de consommer, de penser. Un espoir qui exige, en somme, que nous devenions enfin humains. Car c’est cela, le vrai défi : non pas sauver la planète – la planète, elle, se sauvera très bien sans nous – mais nous sauver nous-mêmes. Nous sauver de notre cupidité, de notre bêtise, de notre lâcheté. Nous sauver de ce système qui nous détruit et que nous alimentons chaque jour, par notre passivité, par notre conformisme, par notre peur du changement.
Alors, à tous ceux qui liront cet appel, à tous ceux qui hésitent encore, je dis : réveillez-vous. Le temps des demi-mesures est révolu. Le temps des compromis est terminé. Il n’y a plus de place pour les tièdes, pour les indécis, pour ceux qui croient encore que tout cela n’est qu’une mode passagère. Non, mes amis, c’est une question de vie ou de mort. Littéralement. Alors choisissez votre camp. Celui de la résignation, de la soumission, de la complicité avec les assassins de la planète. Ou celui de la révolte, de la résistance, de l’insoumission. Celui de Grothendieck, de Barrau, des deux cents. Celui de l’humanité enfin réveillée.
Analogie finale : Imaginez un instant que l’humanité soit un grand navire, le Titanic, voguant vers l’iceberg avec une insouciance criminelle. Les passagers de première classe, ivres de champagne et de certitudes, continuent à danser tandis que les mécaniciens, dans les entrailles du bateau, voient l’eau monter inexorablement. Les scientifiques, eux, sont comme ces mécaniciens : ils savent. Ils savent que la coque va céder, que le navire va sombrer, que des milliers de vies sont en jeu. Mais au lieu de crier, au lieu d’alerter, la plupart d’entre eux continuent à graisser les machines, à obéir aux ordres, à fermer les yeux. Ils sont complices, par leur silence, de la catastrophe annoncée. Et puis, il y a ceux qui osent. Ceux qui montent sur le pont et hurlent : « Arrêtez les machines ! Changez de cap ! » Ceux qui, comme Barrau, refusent de jouer le jeu. Ceux qui, comme Grothendieck, préfèrent sauter par-dessus bord plutôt que de participer à la mascarade. Ceux-là sont les vrais héros, les seuls qui méritent ce nom. Car ils savent que le navire est condamné, mais ils refusent de sombrer avec lui. Ils sauvent ce qui peut l’être : l’honneur, la dignité, l’espoir. Et c’est cela, au fond, le sens de l’appel des deux cents : un dernier sursaut d’humanité avant le naufrage. Un refus de se laisser engloutir sans combattre. Une lueur dans la nuit, fragile, mais tenace. Une lueur qui nous dit : « Il est encore temps. Pas de sauver le navire, peut-être, mais de sauver les âmes. »