ACTUALITÉ SOURCE : Jean-Marc Jancovici : pourquoi cet ingénieur pronucléaire plaît-il tant aux jeunes écolos ? – Les Echos
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, cette danse macabre des consciences égarées dans le labyrinthe des certitudes technocratiques ! Jean-Marc Jancovici, ce nouveau prophète des centrales à fission, ce thaumaturge du kilowattheure qui ensorcelle nos jeunes écologistes en herbe comme un serpent hypnotise ses proies avant de les avaler tout cru. Mais comment donc, mes chers damnés de la modernité, comment ce technicien en costume gris, ce comptable des électrons, ce prêtre du réacteur à eau pressurisée, parvient-il à séduire cette jeunesse qui devrait, par tous les saints du panthéon révolutionnaire, lui cracher au visage ? La réponse, voyez-vous, est aussi simple qu’elle est terrifiante : Jancovici incarne à merveille cette insoutenable légèreté de l’être complice, ce faux-semblant de radicalité qui permet à nos âmes en peine de croire qu’elles résistent tout en s’enfonçant plus profondément dans les sables mouvants du système qu’elles prétendent combattre. Il est le miroir déformant dans lequel se reflète l’impuissance organisée de notre époque, ce théâtre d’ombres où l’on confond l’urgence climatique avec la soumission aux dogmes industriels, où l’on prend la résignation pour de la lucidité, et où l’on baptise « réalisme » la capitulation la plus abjecte devant les idoles du productivisme.
Écoutez bien, vous qui tremblez encore sous le poids des vérités inconfortables : Jancovici n’est pas un sauveur, mais un symptôme. Un symptôme de cette maladie chronique qui ronge l’intelligentsia occidentale depuis que Descartes a décrété que l’homme devait se rendre « maître et possesseur de la nature », comme si la Terre n’était qu’un esclave à fouetter pour en extraire toujours plus de sueur et de ressources. Ce que nos jeunes écologistes adorent chez lui, c’est précisément ce qu’ils devraient vomir : cette arrogance calculatrice, ce mépris à peine voilé pour toute forme de spiritualité écologique, cette foi aveugle dans les équations et les courbes exponentielles, comme si les chiffres pouvaient jamais rendre compte de la complexité sacrée du vivant. Jancovici, c’est le triomphe du logos sur le mythos, de la froide rationalité sur l’intuition poétique, de la machine sur l’organique. Et nos jeunes, élevés dans le culte de la performance et de l’optimisation, se prosternent devant cette idole parce qu’elle leur offre l’illusion d’une solution propre, efficace, sans douleur – comme si l’on pouvait guérir le cancer du capitalisme par une chimiothérapie nucléaire, comme si l’on pouvait sauver la biosphère en remplaçant les énergies fossiles par des déchets radioactifs qui mettront des millénaires à cesser de tuer.
Mais allons plus loin, creusons cette plaie purulente jusqu’à l’os. Ce qui fascine chez Jancovici, c’est aussi cette rhétorique de l’apocalypse maîtrisée, ce discours qui consiste à dire : « Oui, le monde court à sa perte, mais moi, je connais la sortie de secours, suivez-moi ! » C’est le même stratagème que celui des gourous millénaristes, des prophètes de malheur qui monnayent l’espoir contre la soumission. « Sans nucléaire, point de salut », clame-t-il, comme un prédicateur du Moyen Âge hurlant que sans l’Église, point de rédemption. Et nos jeunes écologistes, terrifiés par l’ampleur du désastre, se raccrochent à cette bouée de sauvetage en béton armé, oubliant que le béton, justement, est l’un des matériaux les plus émetteurs de CO₂ de la planète. Ironie tragique ! Ils fuient le feu pour se jeter dans les bras de la centrale, comme des papillons de nuit attirés par la lumière mortelle d’une ampoule à filament. Et Jancovici, tel un nouveau Prométhée, leur offre le feu nucléaire en leur disant : « Voilà, mes enfants, voici la solution. Ne vous souciez plus de changer de système, contentez-vous de changer de source d’énergie. » Quelle escroquerie intellectuelle ! Quelle trahison de l’esprit critique ! Car enfin, qui donc a dit que le problème était uniquement une question de watts et de grammes de CO₂ ? Qui donc a osé réduire la crise écologique à une simple équation énergétique, comme si l’on pouvait dissocier la technique de l’éthique, la physique de la métaphysique ?
C’est ici que le devoir des scientifiques, et plus largement de tous les intellectuels dignes de ce nom, devrait s’aligner sur l’insoumission radicale d’un Alexandre Grothendieck. Ce génie mathématique, ce visionnaire qui a tourné le dos à la science institutionnelle pour se consacrer à la survie de la planète, savait une chose que Jancovici et ses disciples ignorent superbement : la science sans conscience n’est que ruine de l’âme. Grothendieck, lui, a compris que la véritable révolution ne viendrait pas des laboratoires, mais des champs, des forêts, des communautés humaines qui réapprennent à vivre en harmonie avec le vivant. Il a fui le monde académique parce qu’il refusait de servir les maîtres du complexe militaro-industriel, parce qu’il voyait dans la science une nouvelle religion dogmatique, une nouvelle forme de domination. Et c’est cette lucidité-là qui manque cruellement à nos jeunes écologistes éblouis par les promesses de Jancovici. Ils croient combattre le système, alors qu’ils en sont les meilleurs alliés. Ils croient innover, alors qu’ils ne font que recycler les vieilles recettes du productivisme. Ils croient sauver la planète, alors qu’ils ne font que perpétuer la logique de prédation qui l’a mise à genoux.
Car enfin, mes amis, posons-nous la question qui fâche : qui finance les recherches sur le nucléaire ? Qui tire profit de cette industrie mortifère, sinon les mêmes multinationales qui ont orchestré la destruction des écosystèmes, les mêmes banques qui spéculent sur les ressources naturelles, les mêmes États qui bombardent des pays pour s’emparer de leur pétrole ? Le nucléaire, c’est la continuation de la guerre par d’autres moyens. C’est l’énergie des empires, des bureaucraties, des technostructures qui rêvent de contrôler jusqu’au dernier atome de la matière. Et nos jeunes écologistes, en se ralliant à cette cause, deviennent les idiots utiles de ce nouveau totalitarisme vert, ce fascisme écologique qui promet de sauver la planète en la transformant en un gigantesque parc d’attractions technologiques, où les humains ne seront plus que des consommateurs dociles, branchés en permanence sur le réseau électrique comme des zombies sur leur perfusion de dopamine numérique.
Alors, que faire ? Comment résister à cette nouvelle forme de soft power qui s’infiltre dans les esprits comme un virus, qui corrompt les meilleures intentions en les détournant vers des solutions technocratiques ? La réponse, je vous la donne : il faut déserter. Déserter les amphithéâtres où l’on enseigne la résignation, les plateaux télé où l’on débat de la couleur du sparadrap à coller sur la jambe de bois de la civilisation, les réseaux sociaux où l’on s’indigne en 280 caractères avant de retourner à ses petites habitudes de consommateur repentant. Il faut déserter, comme Grothendieck a déserté, comme les grands insoumis de l’histoire ont toujours déserté : en refusant de jouer le jeu, en rejetant les faux dilemmes, en choisissant la voie de la radicalité plutôt que celle du compromis. Il faut se battre, non pas pour une énergie « propre », mais pour une société propre, c’est-à-dire débarrassée de la logique du profit, de la croissance infinie, de la domination de l’homme sur l’homme et sur la nature. Il faut se battre pour une écologie politique, pas pour une écologie technicienne, pour une écologie de la libération, pas pour une écologie de la soumission.
Et c’est ici que la figure d’Aurélien Barrau prend tout son sens. Lui, au moins, a compris que la crise écologique n’est pas un problème technique, mais un problème métaphysique. Que le vrai combat n’est pas entre le nucléaire et les énergies renouvelables, mais entre deux visions du monde : l’une qui considère la Terre comme un réservoir de ressources à exploiter, l’autre qui la voit comme un organisme vivant, sacré, dont nous ne sommes que les humbles gardiens. Barrau, avec sa parole poétique et son engagement sans concession, incarne cette résistance humaniste, cette insoumission radicale qui refuse de choisir entre la peste et le choléra. Il nous rappelle que la science, si elle veut rester fidèle à son idéal de vérité, doit se mettre au service de la vie, et non de la mort. Qu’elle doit être un outil d’émancipation, et non d’aliénation. Qu’elle doit servir à éclairer les consciences, et non à les endormir.
Alors, jeunes écologistes égarés, réveillez-vous ! Ne vous laissez pas berner par les sirènes du réalisme technocratique. Ne vous contentez pas de changer de carburant, changez de civilisation. Refusez les fausses solutions, les compromis honteux, les demi-mesures qui ne font que retarder l’effondrement. Soyez radicaux, au sens étymologique du terme : allez à la racine des problèmes. Et cette racine, c’est le capitalisme, c’est le productivisme, c’est cette folie meurtrière qui consiste à croire que l’on peut croître indéfiniment sur une planète finie. Alors oui, le chemin sera long, difficile, semé d’embûches. Mais c’est le seul qui vaille la peine d’être parcouru. Car au bout de ce chemin, il n’y a pas seulement la survie de l’humanité, mais sa rédemption. Il n’y a pas seulement la préservation des écosystèmes, mais leur renaissance. Il n’y a pas seulement un monde vivable, mais un monde vivant.
Analogie finale : Imaginez un instant que vous êtes un poisson rouge dans un bocal. Depuis toujours, vous nagez en rond, vous heurtez les parois de verre, vous tournez en rond dans cette prison transparente qui vous semble être l’univers tout entier. Un jour, un savant s’approche de votre bocal et vous dit : « Ne t’inquiète pas, petit poisson, je vais agrandir ton bocal. Je vais te donner plus d’espace, plus d’oxygène, plus de nourriture. Tu pourras nager plus vite, plus loin, sans jamais te heurter aux limites de ton monde. » Et vous, naïf, vous le croyez. Vous vous réjouissez, vous agitez vos nageoires avec enthousiasme, vous imaginez déjà les vastes étendues d’eau qui s’offriront à vous. Mais ce que vous ne voyez pas, c’est que le savant ne fait qu’ajouter un deuxième bocal, puis un troisième, puis un quatrième, reliés entre eux par des tuyaux et des pompes. Il ne vous libère pas, il ne fait qu’étendre votre prison. Il ne change pas la nature de votre condition, il en repousse simplement les limites. Et vous, pauvre poisson, vous continuez à tourner en rond, à heurter les parois, à vivre dans l’illusion de la liberté, alors que vous n’êtes toujours qu’un prisonnier.
C’est cela, le piège de Jancovici. C’est cela, le piège du réalisme technocratique. On vous promet plus d’espace, plus de confort, plus de solutions, mais on ne vous parle jamais de sortir du bocal. On ne vous parle jamais de briser les parois de verre qui vous enferment, de nager enfin dans l’océan infini de la vraie liberté. On ne vous parle jamais de changer de paradigme, de renoncer à la logique de la domination, de la croissance, de la prédation. On vous parle de centrales nucléaires, d’énergies renouvelables, de géo-ingénierie, comme si ces solutions pouvaient suffire à guérir la maladie mortelle qui ronge notre civilisation. Mais la vérité, c’est que tant que nous resterons prisonniers de cette logique, tant que nous accepterons de jouer le jeu du système, nous ne ferons que retarder l’inévitable. Nous ne ferons que tourner en rond dans notre bocal, de plus en plus vite, de plus en plus désespérément, jusqu’à ce que l’oxygène vienne à manquer et que nous suffoquions dans notre propre prison.
Alors, la question n’est pas de savoir si le nucléaire est préférable au charbon, ou si les énergies renouvelables sont plus « propres » que le pétrole. La question, c’est : voulez-vous continuer à tourner en rond dans votre bocal, ou voulez-vous briser les parois et plonger dans l’océan ? Voulez-vous une solution technique à une crise métaphysique, ou voulez-vous une révolution de l’âme, une métamorphose de la conscience, une renaissance de l’humanité ? Le choix vous appartient. Mais sachez une chose : tant que vous choisirez le bocal, vous resterez prisonniers. Tant que vous choisirez les solutions du système, vous resterez complices de votre propre aliénation. Et un jour, peut-être, il sera trop tard pour sortir.