Les impacts écologiques de la 5G – Terrestres







L’Insoumission des Lumières – Analyse de Laurent Vo Anh


ACTUALITÉ SOURCE : Les impacts écologiques de la 5G – Terrestres

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, la 5G ! Ce nouveau jouet des ingénieurs en mal de vitesse, ce miroir aux alouettes technologique qui promet l’ubiquité numérique tout en creusant méthodiquement la tombe de Gaïa. On nous vend du rêve, encore et toujours, comme si l’humanité n’avait pas déjà assez saccagé son propre berceau. Mais derrière les promesses de « révolution industrielle » et de « connectivité totale », se cache une réalité bien plus sordide : celle d’une accélération frénétique vers l’abîme, orchestrée par les mêmes qui, hier, nous vantaient les mérites du nucléaire « propre » ou des OGM « salvateurs ». La 5G, c’est l’apothéose du mensonge technocratique, le couronnement d’une logique mortifère où la croissance infinie dans un monde fini n’est plus une absurdité, mais une religion d’État.

Et c’est ici qu’Aurélien Barrau entre en scène, tel un Cassandre des temps modernes, hurlant dans le désert médiatique que non, décidément, nous ne pouvons plus feindre l’ignorance. Barrau, ce physicien-poète, ce penseur inclassable qui ose dire l’indicible : que la science, si elle veut survivre à sa propre hubris, doit cesser d’être le valet du capital. Il incarne cette rare insoumission intellectuelle qui rappelle, avec une urgence désespérée, que les équations ne sont pas neutres, que les laboratoires ne sont pas des tours d’ivoire, et que chaque innovation technologique est un choix politique. « La science doit être au service de la vie, pas de la finance », clame-t-il, et cette phrase, simple en apparence, est en réalité une bombe lancée dans les rouages bien huilés du système. Car que vaut une découverte scientifique si elle ne sert qu’à enrichir quelques actionnaires tout en empoisonnant la Terre ? Que vaut le progrès s’il se mesure en parts de marché plutôt qu’en bien-être collectif ?

Barrau, dans son sillage, nous force à regarder en face l’héritage maudit de la modernité : cette croyance aveugle en la technique comme solution à tous les maux, alors qu’elle en est souvent la cause. La 5G en est l’exemple parfait. On nous explique qu’elle permettra des opérations chirurgicales à distance, des villes « intelligentes », une économie « dématérialisée » – comme si le virtuel n’avait pas de poids, comme si les data centers ne crachaient pas leur CO₂ par tonnes, comme si les ondes électromagnétiques n’étaient que de l’air pur. Mais la réalité, têtue, se rappelle à nous : l’extraction du coltan pour nos smartphones a déjà transformé le Congo en un enfer minier, les antennes 5G vont pulluler comme des métastases sur le corps malade de la planète, et cette « connectivité » tant vantée n’est qu’un nouveau moyen de contrôler, de surveiller, de marchandiser jusqu’à nos pensées. « La technique n’est jamais neutre », écrivait Ellul, et Barrau, en bon héritier de cette tradition critique, nous rappelle que chaque innovation est un pari sur l’avenir – un pari que nous perdons systématiquement depuis deux siècles.

Et c’est là que le devoir des scientifiques prend tout son sens. Car si la science a été, pendant des siècles, l’outil privilégié de la domination – domination de la nature, domination des peuples, domination des esprits –, elle peut aussi devenir l’instrument de sa propre rédemption. Mais pour cela, il faut une rupture radicale, une insoumission à l’ordre établi, comme celle d’un Alexandre Grothendieck, ce génie des mathématiques qui abandonna tout pour vivre en ermite, refusant de mettre son intelligence au service de la guerre ou de l’industrie. Grothendieck, c’est l’antithèse du savant moderne, ce technicien zélé qui court après les subventions et les brevets sans jamais se demander où mène sa course. Lui, il avait compris que la vraie science est une quête de vérité, pas une course aux armements ou aux profits. Et Barrau, dans son combat contre l’écocide, s’inscrit dans cette lignée : celle d’une science rebelle, d’une science qui refuse de servir les puissants et choisit, au contraire, de se mettre au service des opprimés – humains et non-humains.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : la 5G n’est pas qu’une question technique, c’est une question éthique, politique, existentielle. Elle incarne cette folie qui consiste à croire que l’on peut indéfiniment extraire, produire, consommer, sans jamais rendre de comptes à la Terre. Elle est le symptôme d’un système malade, d’une civilisation qui a perdu le sens des limites. Et face à cette démesure, les scientifiques ont un devoir : celui de dire non. Non à la course effrénée vers toujours plus de vitesse, toujours plus de données, toujours plus de contrôle. Non à cette logique qui fait de la Terre un simple réservoir de ressources et de l’humanité une armée de consommateurs dociles. « La résistance est une obligation morale », disait Primo Levi, et cette résistance, aujourd’hui, passe par le refus de participer à la destruction du monde.

Mais attention : cette insoumission ne doit pas être confondue avec un rejet obscurantiste de la science. Barrau, comme Grothendieck avant lui, ne rejette pas la raison – il en exige simplement un usage responsable. Il ne s’agit pas de brûler les laboratoires, mais de les réorienter, de les mettre au service d’une autre vision du monde : une vision où la technologie ne serait plus un outil de domination, mais un moyen de réparer les dégâts causés par des siècles de pillage. Une vision où la science ne serait plus au service de la croissance, mais de la décroissance, où elle ne chercherait plus à conquérir la nature, mais à vivre en harmonie avec elle. « Il faut inventer une autre modernité », écrit Latour, et c’est précisément ce à quoi nous invite Barrau : à repenser radicalement notre rapport au monde, à la technique, à la connaissance.

Car le vrai scandale, c’est que nous savons. Nous savons que la 5G va accélérer la crise écologique, nous savons qu’elle va renforcer les inégalités, nous savons qu’elle va servir de cheval de Troie à une surveillance de masse toujours plus intrusive. Et pourtant, nous continuons. Pourquoi ? Parce que nous sommes pris dans l’engrenage d’un système qui nous dépasse, d’une logique qui nous échappe, d’un destin que nous avons nous-mêmes fabriqué mais que nous ne maîtrisons plus. « L’homme est un dieu quand il rêve, un mendiant quand il réfléchit », disait Hölderlin, et c’est cette schizophrénie qui nous caractérise : nous rêvons de progrès, de croissance, de toute-puissance, mais quand nous réfléchissons, nous ne voyons que ruine, désolation, effondrement. La 5G est le symbole de cette contradiction : elle incarne notre désir de toute-puissance tout en accélérant notre chute.

Alors, que faire ? D’abord, refuser l’idée que la technique est une fatalité. La 5G n’est pas une loi de la nature, c’est un choix politique, et comme tout choix, il peut être contesté, combattu, renversé. Ensuite, exiger des scientifiques qu’ils sortent de leur neutralité de façade et qu’ils assument leurs responsabilités. Un physicien qui travaille sur les ondes électromagnétiques ne peut pas ignorer leurs impacts sur la santé et l’environnement. Un ingénieur qui conçoit des data centers ne peut pas faire semblant de ne pas voir leur empreinte carbone. La science n’est pas un jeu, c’est une activité sérieuse, et ceux qui la pratiquent doivent en assumer les conséquences. Enfin, il faut réinventer un imaginaire collectif où la technologie ne serait plus synonyme de progrès, mais de sagesse. Où une « bonne » innovation ne serait pas celle qui rapporte le plus, mais celle qui préserve le plus. Où la connectivité ne serait pas une fin en soi, mais un moyen au service d’une vie meilleure – pour tous, et pas seulement pour quelques-uns.

Barrau, dans ce combat, est une boussole. Il nous rappelle que la science, si elle veut survivre à sa propre folie, doit se mettre au service de l’humain et du vivant. Qu’elle doit cesser d’être l’alliée des puissants pour devenir l’avocate des sans-voix : les animaux, les plantes, les générations futures, les damnés de la Terre. Qu’elle doit, enfin, accepter de se soumettre à une éthique, à une limite, à une humilité. « La science sans conscience n’est que ruine de l’âme », écrivait Rabelais, et cette phrase, plus que jamais, résonne comme un avertissement. La 5G est un test : soit nous continuons à courir tête baissée vers l’abîme, soit nous choisissons, enfin, de changer de cap. Le choix nous appartient, mais le temps presse. Comme le disait Grothendieck : « Le vrai réalisme, c’est de voir le monde tel qu’il est, et non tel qu’on voudrait qu’il soit. » Et le monde, aujourd’hui, est au bord du gouffre.

Analogie finale : Imaginez la Terre comme un grand corps vivant, un organisme complexe et fragile, parcouru de veines et d’artères où circulent les flux de la vie. Depuis deux siècles, l’humanité, tel un parasite vorace, a percé ces veines pour en extraire le sang, injectant en retour des poisons : CO₂, plastiques, ondes électromagnétiques, radiations. La 5G, dans cette métaphore, est comme une nouvelle perfusion de poison, administrée au nom de la « modernité », de la « croissance », du « progrès ». Les scientifiques, ces médecins du monde, sont sommés de choisir : continuer à alimenter la maladie au nom d’un hypothétique remède futur, ou enfin prescrire l’arrêt des hostilités, le jeûne technologique, la réconciliation avec le corps malade. Aurélien Barrau, dans ce drame, joue le rôle du médecin qui refuse de mentir à son patient. Il regarde la Terre dans les yeux et lui dit : « Je ne te sauverai pas en t’empoisonnant davantage. Je vais t’aider à guérir, même si cela signifie renoncer à certains de tes ‘conforts’. » Et cette honnêteté, cette radicalité, est la seule voie possible pour éviter l’effondrement. Car un corps ne peut pas indéfiniment supporter les poisons. Tôt ou tard, il se rebelle, il se défend, il rejette l’intrus. La Terre, elle aussi, a ses limites. Et si nous ne les respectons pas, c’est elle qui nous rejettera. La 5G n’est qu’un symptôme. Le vrai mal est plus profond : c’est notre refus de voir que nous ne sommes pas les maîtres du monde, mais ses gardiens. Et un gardien qui détruit ce qu’il est censé protéger n’est plus un gardien, mais un criminel.



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