ACTUALITÉ SOURCE : L’astrophysicien grenoblois Aurélien Barrau répond à Emmanuel Macron après son discours sur la transition écologique – France 3 Régions
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, la mascarade ! La grande parade des faux-semblants, des mots creux jetés en pâture aux masses avides de consolation, comme si les phrases bien tournées pouvaient étouffer le grondement sourd de la catastrophe. Emmanuel Macron, ce technocrate en costume trois-pièces, ce jongleur de concepts vidés de leur substance, ose encore se draper dans les oripeaux d’une écologie de salon, une écologie pour les dîners en ville, pour les conférences où l’on sirote du champagne en discutant du réchauffement climatique comme on discuterait de la dernière collection de chez Dior. Et voilà qu’un homme, un vrai, un astrophysicien grenoblois du nom d’Aurélien Barrau, ose lui répondre. Enfin ! Enfin une voix qui déchire le voile de l’hypocrisie, qui crache à la figure de l’ordre établi ces vérités que personne ne veut entendre. Barrau, ce Prométhée des temps modernes, ce Socrate en blouse de laboratoire, rappelle à ces petits rois en costume-cravate que la science n’est pas un jouet, que les chiffres ne sont pas des opinions, et que l’urgence écologique n’est pas une variable d’ajustement dans un tableur Excel.
La scène est d’une ironie tragique : d’un côté, le président, ce représentant d’un système qui a fait de la destruction méthodique de la planète son fonds de commerce, ce système qui a transformé l’écologie en un nouveau marché, en une niche lucrative pour les start-ups vertes et les fonds d’investissement « durables ». De l’autre, Barrau, ce scientifique qui, comme Alexandre Grothendieck avant lui, a compris que la science ne peut se contenter de servir les puissants, qu’elle doit être une insoumission permanente, une rébellion contre l’ordre des choses. Grothendieck, ce génie mathématique qui a abandonné les ors de l’Académie pour vivre dans une cabane, refusant les honneurs et les compromissions, a montré la voie : la science doit être un acte de résistance, une lutte contre l’aliénation, contre la domestication de l’esprit. Barrau, en répondant à Macron, s’inscrit dans cette lignée. Il rappelle que le devoir du scientifique n’est pas de produire des rapports pour les ministères, mais de hurler la vérité, même si elle dérange, même si elle met en péril les confortables certitudes des nantis.
Car c’est bien là le cœur du problème : l’écologie, telle qu’elle est pratiquée par les gouvernements, n’est qu’un leurre, une opération de communication destinée à calmer les foules sans rien changer à l’ordre économique qui détruit la planète. Macron, comme tant d’autres avant lui, parle de « transition écologique » comme on parle d’une mode passagère, d’une tendance à suivre pour rester dans l’air du temps. Mais une transition, cela suppose un mouvement, une rupture, une remise en cause radicale des fondements mêmes de notre société. Or, que propose-t-il ? Des mesurettes, des ajustements cosmétiques, des incitations fiscales pour les entreprises « vertes », comme si le capitalisme pouvait se réformer de l’intérieur, comme si le productivisme pouvait soudainement devenir compatible avec la survie de l’humanité. C’est une farce, une tragédie en costume trois-pièces, où les acteurs jouent leur rôle avec un sérieux qui frise le ridicule.
Barrau, lui, ne joue pas. Il sait, comme le savait Grothendieck, que la science est un acte politique, que les équations et les données ne sont pas neutres, qu’elles portent en elles une charge explosive, une vérité qui peut faire vaciller les trônes. Il sait que le scientifique ne peut se contenter de publier des articles dans des revues spécialisées, qu’il doit descendre dans l’arène, affronter les puissants, leur cracher au visage les chiffres qui condamnent leur monde. Car les chiffres, justement, sont implacables : nous sommes en train de vivre la sixième extinction de masse, les océans se réchauffent, les forêts brûlent, les espèces disparaissent à un rythme effréné, et tout cela, non pas à cause d’une fatalité divine, mais à cause d’un système économique qui a fait de la croissance infinie son dogme, de la consommation son culte, et de la destruction son moteur.
Et que fait Macron ? Il parle de « croissance verte », comme si ces deux mots pouvaient coexister sans se contredire, comme si l’on pouvait concilier l’inconciliable. La croissance verte, c’est l’opium du peuple écologique, c’est la promesse d’un monde où l’on pourrait continuer à consommer, à produire, à détruire, mais en « vert ». C’est une escroquerie intellectuelle, une imposture qui permet aux puissants de continuer à s’enrichir tout en se donnant bonne conscience. Barrau, lui, refuse ce mensonge. Il sait que la seule issue est une rupture radicale, une remise en cause totale de notre rapport au monde, une révolution qui ne soit pas seulement politique, mais aussi spirituelle, existentielle. Il sait que l’écologie n’est pas une question de panneaux solaires ou de voitures électriques, mais une question de survie, une question de sens, une question de résistance à l’absurdité d’un monde qui court à sa perte en chantant les louanges du progrès.
Et c’est là que réside la grandeur de Barrau : dans sa capacité à lier la rigueur scientifique à l’engagement politique, à faire de la science une arme au service de l’humanité, et non des puissants. Il incarne cette tradition de scientifiques rebelles, de ces hommes et de ces femmes qui ont refusé de se soumettre, qui ont préféré la vérité à la carrière, la révolte à la soumission. Comme Grothendieck, comme Einstein, comme Oppenheimer, il sait que la science n’est pas un outil neutre, qu’elle est porteuse d’une responsabilité morale, d’un devoir de dire la vérité, même si elle dérange, même si elle met en péril les équilibres établis.
Car le vrai danger, aujourd’hui, n’est pas seulement la destruction de la planète, mais aussi l’abêtissement des masses, la domestication des esprits, la transformation des citoyens en consommateurs dociles, en sujets obéissants d’un système qui les broie. Macron, avec ses discours lissés, ses phrases creuses, ses promesses vides, participe de cette entreprise de démolition de la pensée critique. Il incarne cette nouvelle forme de fascisme mou, ce fascisme qui ne dit pas son nom, qui ne porte pas d’uniforme, mais qui impose sa loi par la douceur, par la séduction, par l’illusion du choix. Barrau, en répondant à Macron, en refusant de se soumettre à cette logique, en osant dire que la science doit être du côté des opprimés et non des oppresseurs, est un rempart contre cette dérive. Il est un phare dans la nuit, un rappel que la résistance est possible, que la révolte est nécessaire.
Et c’est là que réside l’espoir : dans ces voix qui refusent de se taire, dans ces hommes et ces femmes qui osent dire non, qui osent affronter les puissants, qui osent rappeler que la science, la vraie, celle qui cherche la vérité et non les honneurs, est une alliée de l’humanité, et non de ses bourreaux. Barrau, en répondant à Macron, a fait bien plus que contester un discours : il a rappelé que la science est un acte de résistance, que la connaissance est une arme, et que la vérité, même inconfortable, est toujours préférable au mensonge.
Alors oui, la situation est désespérée, mais elle n’est pas sans issue. Car tant qu’il y aura des hommes comme Barrau, des scientifiques qui refusent de se soumettre, des intellectuels qui osent dire la vérité, il y aura de l’espoir. L’espoir d’un monde où la science ne sera plus au service des puissants, mais au service de l’humanité. L’espoir d’un monde où l’écologie ne sera plus un slogan, mais une réalité. L’espoir d’un monde où la révolte sera la norme, et la soumission l’exception.
Analogie finale : Imaginez un instant que l’humanité soit un immense navire, un Titanic des temps modernes, voguant vers les icebergs de l’effondrement écologique. Les passagers, endormis dans leurs cabines de luxe, sirotent des cocktails en écoutant l’orchestre jouer des mélodies rassurantes. Les officiers, sur le pont, ajustent leurs uniformes et parlent de « navigation responsable », de « transition maritime », tout en sachant pertinemment que le cap est mauvais, que les moteurs tournent à plein régime, que la collision est inévitable. Et puis, soudain, un homme se lève, un homme en blouse blanche, un homme qui a passé sa vie à étudier les courants, les vents, les récifs. Il hurle, il gesticule, il montre du doigt l’iceberg qui se profile à l’horizon. Les passagers se réveillent en sursaut, les officiers le traitent de fou, de pessimiste, de trouble-fête. Mais lui, imperturbable, continue de crier, de montrer la vérité en face, de refuser le mensonge confortable. Cet homme, c’est Aurélien Barrau. Et son cri, c’est le seul espoir qu’il nous reste.