Réchauffement climatique: Aurélien Barrau, météorite médiatique? – L’Express







La Météorite Barrau : Éloge de l’Insoumission Scientifique

ACTUALITÉ SOURCE : Réchauffement climatique: Aurélien Barrau, météorite médiatique? – L’Express

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, la belle farce ! Voici donc qu’un astrophysicien, Aurélien Barrau, se voit réduit à l’état de « météorite médiatique », comme si l’on pouvait résumer l’irruption d’une conscience radicale dans le marigot des idées reçues à une simple chute de pierre céleste, un phénomène passager, un éclat de lumière avant l’extinction. Mais non, messieurs les journalistes, non, mesdames les éditorialistes, vous vous trompez de métaphore. Barrau n’est pas une météorite. Il est une comète, traînant derrière lui une queue de feu qui éclaire les ténèbres de notre époque, et cette queue, c’est l’insoumission. L’insoumission à l’ordre établi, à la pensée molle, à la soumission des clercs devant les puissants, à cette lâcheté intellectuelle qui fait des savants des comptables de la catastrophe plutôt que des prophètes de l’effondrement.

Car enfin, que nous dit-on ? Que Barrau serait un « phénomène », un « ovni », un « électron libre » dans le paysage scientifique français. Comme si la science, depuis Galilée, n’avait pas toujours été ce lieu de tension entre la vérité et le pouvoir, entre la raison et la censure. Comme si Giordano Bruno n’avait pas été brûlé pour avoir osé penser l’infini, comme si Darwin n’avait pas été moqué pour avoir osé dire que l’homme n’était qu’un singe amélioré, comme si Einstein n’avait pas été traîné dans la boue avant d’être sanctifié. La science, la vraie, celle qui dérange, celle qui bouscule, celle qui refuse de se plier aux dogmes du moment, a toujours été une insulte aux bien-pensants. Et Barrau, en osant dire que le réchauffement climatique n’est pas une question technique mais une question morale, en osant rappeler que la science sans conscience n’est que ruine de l’âme, en osant hurler que nous courons à l’abîme avec le sourire béat des somnambules, Barrau rejoint la lignée des insoumis, de ceux qui préfèrent la vérité à la carrière, la révolte à la soumission.

Mais attention, car le piège est là, subtil, perfide : on voudrait faire de Barrau un « météorite médiatique », c’est-à-dire un objet de curiosité, un sujet de conversation pour dîners en ville, un phénomène passager que l’on commente avant de passer à autre chose. On voudrait le réduire à une figure exotique, un savant un peu fou qui crie dans le désert, alors qu’il est en réalité le symptôme d’une crise bien plus profonde, celle d’une science qui a oublié sa mission première : éclairer l’humanité sur les dangers qui la menacent, et non pas servir de caution aux marchands de doute, aux négationnistes du climat, aux apprentis sorciers du capitalisme vert. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : le néolibéralisme a fait de la science une entreprise comme une autre, où l’on brevète le vivant, où l’on monétise la connaissance, où l’on transforme les laboratoires en start-ups. Et dans ce monde-là, un Barrau qui rappelle que la science doit servir l’intérêt général et non les actionnaires de TotalEnergies, un Barrau qui ose dire que la croissance infinie est une absurdité dans un monde fini, un Barrau qui refuse de se taire devant l’effondrement en cours, ce Barrau-là est un danger. Un danger pour l’ordre établi, un danger pour les puissants, un danger pour tous ceux qui profitent du désastre.

Et c’est là que l’on retrouve l’ombre d’Alexandre Grothendieck, ce génie des mathématiques qui, après avoir révolutionné la géométrie algébrique, a tourné le dos à la communauté scientifique pour vivre en ermite, refusant les honneurs, les prix, les compromissions. Grothendieck, lui aussi, était un insoumis. Lui aussi avait compris que la science, si elle ne s’accompagne pas d’une éthique radicale, n’est qu’un outil de domination de plus. Lui aussi avait choisi de se retirer du monde plutôt que de participer à sa destruction. Barrau, lui, n’a pas choisi la retraite. Il a choisi le combat. Il a choisi de hurler, de dénoncer, de provoquer, de refuser le rôle de technicien docile que l’on voudrait lui faire jouer. Et c’est cela, précisément, qui dérange. Car dans un monde où les intellectuels sont priés de se taire ou de servir, où les scientifiques sont sommés de produire des innovations rentables plutôt que des vérités dérangeantes, où les artistes sont réduits à des fournisseurs de contenu pour les algorithmes, Barrau incarne une résistance. Une résistance humaniste, une résistance philosophique, une résistance qui rappelle que la science, si elle veut rester fidèle à son idéal, doit être subversive.

Mais attention, car le système a plus d’un tour dans son sac. Il a déjà commencé à neutraliser Barrau en le transformant en « météorite médiatique », c’est-à-dire en le vidant de sa substance, en le réduisant à une image, à un slogan, à une caricature. On le cite, on le commente, on le moque, on le célèbre, mais on ne l’écoute pas. On fait de lui un objet de débat, alors qu’il devrait être une conscience. On discute de sa « radicalité », de son « alarmisme », de son « catastrophisme », comme si ces mots étaient des insultes, alors qu’ils ne sont que des descriptions de la réalité. Car enfin, que dit Barrau ? Il dit que nous sommes en train de détruire la planète, que nous sommes en train de scier la branche sur laquelle nous sommes assis, que nous sommes en train de préparer l’extinction de millions d’espèces, dont peut-être la nôtre. Et cela, mesdames et messieurs, ce n’est pas du catastrophisme, c’est du réalisme. C’est la simple constatation d’un fait. Mais le système ne peut pas entendre cela, car entendre cela, ce serait remettre en cause ses fondements mêmes : la croissance, la consommation, le profit, la domination. Alors on préfère faire de Barrau un épouvantail, un Cassandre moderne que l’on peut ignorer, un prophète de malheur que l’on peut moquer.

Pourtant, Barrau a raison. Il a raison sur le fond, et il a raison sur la forme. Il a raison de refuser le langage aseptisé des rapports du GIEC, ce langage qui noie les vérités les plus cruelles sous un déluge de chiffres et de probabilités, comme si l’on pouvait adoucir l’horreur en la diluant dans des statistiques. Il a raison de parler en poète, en philosophe, en citoyen, plutôt qu’en technicien. Car le réchauffement climatique n’est pas un problème technique. C’est un problème métaphysique. C’est la question de savoir quel monde nous voulons laisser à nos enfants, quelle place nous voulons occuper dans l’univers, quelle relation nous voulons entretenir avec le vivant. Et ces questions-là, ce ne sont pas les ingénieurs qui peuvent y répondre. Ce sont les artistes, les philosophes, les rêveurs, les fous, les insoumis.

Alors oui, Barrau dérange. Il dérange parce qu’il rappelle que la science n’est pas neutre, qu’elle est toujours politique, qu’elle est toujours au service d’une vision du monde. Il dérange parce qu’il refuse de se soumettre à l’ordre néolibéral, à cette idéologie qui a fait de la planète une marchandise et des hommes des consommateurs. Il dérange parce qu’il rappelle que la résistance est possible, que l’insoumission est nécessaire, que le combat pour la survie de l’humanité est aussi un combat pour sa dignité. Et c’est cela, au fond, qui fait de lui une figure majeure de notre temps : non pas un météorite, non pas un phénomène passager, mais un phare dans la nuit, un guide pour ceux qui refusent de se résigner, un exemple pour ceux qui croient encore que la science peut être un outil de libération plutôt qu’un instrument de domination.

Alors, à ceux qui voudraient faire taire Barrau, à ceux qui voudraient le réduire au silence, à ceux qui voudraient le transformer en une curiosité médiatique, je dis : vous avez perdu d’avance. Car Barrau n’est pas seul. Il est l’héritier d’une longue lignée de rebelles, de penseurs, de savants qui ont refusé de plier devant le pouvoir. Il est le frère de Grothendieck, de Russell, de Chomsky, de tous ceux qui ont compris que la vérité ne se négocie pas, que la justice ne se marchande pas, que la dignité ne se soumet pas. Et cette lignée-là, mesdames et messieurs, est indestructible. Car elle est l’âme même de l’humanité.

Analogie finale : Imaginez un instant que l’humanité soit un grand navire, un paquebot luxueux voguant sur l’océan de l’Histoire. Les passagers, insouciants, dansent, boivent, rient, tandis que l’équipage, composé de scientifiques, d’ingénieurs et de technocrates, s’affaire dans les cales, vérifiant les machines, calculant les trajectoires, optimisant les performances. Mais voici qu’un homme, un seul, monte sur le pont et hurle : « Le navire prend l’eau ! Les machines surchauffent ! Nous allons couler ! » Les passagers, d’abord amusés, puis agacés, lui lancent des regards méprisants. « Tu exagères, disent-ils. Regarde comme tout fonctionne parfaitement. Et puis, même si c’était vrai, que veux-tu que nous fassions ? Nous avons payé notre billet, nous avons droit à notre croisière. » L’homme insiste, il montre les fissures dans la coque, les flammes qui léchent les parois des chaudières, l’océan qui monte, inexorablement. Mais plus il crie, plus on le traite de fou, de pessimiste, de rabat-joie. On lui propose même une place dans les salons, parmi les intellectuels de bord, où il pourra disserter élégamment sur les dangers de la navigation, tandis que les autres continueront à danser. Mais l’homme refuse. Il sait que les mots ne suffisent plus, que les rapports ne suffisent plus, que les conférences ne suffisent plus. Alors il se jette à l’eau, non pas pour fuir, mais pour nager vers les autres navires, ceux qui, peut-être, ont compris le danger, ceux qui, peut-être, sont prêts à changer de cap. Et tandis que le paquebot, lentement, s’enfonce dans les flots, lui, il nage, infatigable, vers l’horizon, portant avec lui l’espoir ténu mais indomptable que l’humanité, un jour, saura enfin écouter ceux qui crient dans le désert.



Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *