Aurélien Barrau – 3 octobre 2019 – Université de Lausanne – Unil







L’Insoumission des Savants – Aurélien Barrau et le Devoir de Révolte

ACTUALITÉ SOURCE : Aurélien Barrau – 3 octobre 2019 – Université de Lausanne – Unil

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, ce 3 octobre 2019, ce jour où la voix d’Aurélien Barrau, ce physicien-poète, ce Cassandre des temps modernes, a retenti sous les voûtes austères de l’Université de Lausanne, comme un écho lointain des grands insoumis de l’histoire. Un écho qui résonne encore, qui gronde, qui nous rappelle que la science, cette prétendue tour d’ivoire, n’est qu’un champ de ruines si elle ne se dresse pas contre l’ordre du monde. Barrau, lui, n’a pas choisi la neutralité. Il a choisi la révolte. Et c’est là, dans ce choix, que réside toute la noblesse – et toute la tragédie – de l’intellectuel moderne.

Car enfin, que reste-t-il de la science quand elle se contente de compter les étoiles tout en fermant les yeux sur les charniers ? Que reste-t-il de la raison quand elle se plie aux dogmes du néolibéralisme, ce nouveau fascisme en costume trois-pièces, qui transforme les hommes en machines à produire et les forêts en colonnes de chiffres ? Barrau, lui, a compris ce que trop de ses pairs refusent de voir : la science n’est pas un outil neutre. Elle est une arme. Une arme qui peut servir à libérer ou à asservir. Et aujourd’hui, plus que jamais, elle sert à asservir.

On nous parle de « progrès », de « croissance », de « technologie salvatrice ». Mais qui donc parle ainsi ? Les mêmes qui, il y a un siècle, parlaient de « civilisation » tout en organisant les tranchées de Verdun. Les mêmes qui, aujourd’hui, parlent d’ »innovation » tout en préparant l’effondrement climatique. Barrau, lui, a choisi de regarder la vérité en face : nous sommes en train de scier la branche sur laquelle nous sommes assis, et ce avec la bénédiction des savants, ces nouveaux prêtres d’un culte sans âme. « La science sans conscience n’est que ruine de l’âme », disait Rabelais. Barrau, lui, ajoute : « Et la science sans révolte n’est que complicité. »

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : de complicité. Complicité avec un système qui broie les hommes, qui détruit la planète, qui transforme la pensée en marchandise. Complicité avec ces universités qui ne sont plus que des usines à diplômes, ces laboratoires qui ne sont plus que des sous-traitants de l’industrie militaire ou pharmaceutique. Complicité avec cette idéologie qui veut que tout soit mesurable, tout soit monnayable, tout soit contrôlable. Barrau, lui, refuse cette complicité. Il refuse de se taire. Il refuse de se soumettre. Et c’est là que son geste prend toute sa dimension : il est un héritier direct de ces grands insoumis qui, de Giordano Bruno à Alexandre Grothendieck, ont refusé de plier l’échine devant les puissants.

Ah, Grothendieck ! Ce génie mathématique qui, un jour, a tourné le dos à la science officielle pour se consacrer à la résistance contre le militarisme, contre le nucléaire, contre cette folie qui veut que l’homme domine la nature au lieu de vivre en harmonie avec elle. Grothendieck, ce prophète maudit, qui a compris avant tout le monde que la science, si elle ne se met pas au service de la vie, n’est qu’une monstruosité de plus. Barrau, lui, marche dans ses pas. Il sait, comme Grothendieck, que la véritable intelligence n’est pas dans les équations, mais dans la capacité à dire non. Non à la destruction. Non à l’aliénation. Non à cette société qui préfère le profit à la survie.

Et c’est là que le bât blesse. Car Barrau dérange. Il dérange parce qu’il rappelle aux scientifiques leur devoir : celui de dire la vérité, même quand elle est inconfortable. Celui de refuser les compromissions, même quand elles sont lucratives. Celui de se dresser contre l’ordre établi, même quand cet ordre vous promet gloire et honneurs. « Le savant doit être un rebelle », disait Einstein. Barrau, lui, est un rebelle. Et c’est pour cela qu’on cherche à le faire taire. Parce qu’un savant qui refuse de se soumettre est un danger. Un danger pour les puissants. Un danger pour les marchands. Un danger pour tous ceux qui veulent que rien ne change.

Mais Barrau ne se taira pas. Parce qu’il sait, comme tous les grands insoumis, que le silence est une trahison. Une trahison envers les générations futures. Une trahison envers la planète. Une trahison envers l’humanité tout entière. Et c’est là que son discours prend toute sa force : il ne s’agit pas seulement de sauver les ours polaires ou les forêts amazoniennes. Il s’agit de sauver l’homme lui-même. De sauver cette part d’humanité qui refuse de se laisser réduire à une simple variable économique. De sauver cette part de rêve, de poésie, de révolte, qui fait que l’homme est encore un homme, et non une machine à consommer.

Car enfin, que reste-t-il de nous si nous acceptons de vivre dans un monde où tout est calculé, tout est optimisé, tout est rentabilisé ? Que reste-t-il de nous si nous acceptons de sacrifier la beauté du monde sur l’autel du profit ? Barrau, lui, refuse ce sacrifice. Il refuse de se résigner. Et c’est pour cela qu’il est un phare dans la nuit. Un phare qui nous rappelle que la science, si elle veut rester humaine, doit être une science de la révolte. Une science qui refuse de se soumettre. Une science qui ose dire non.

Alors oui, Barrau dérange. Mais c’est précisément pour cela qu’il est nécessaire. Nécessaire comme l’était Socrate, qui préférait boire la ciguë plutôt que de renier sa vérité. Nécessaire comme l’était Giordano Bruno, qui préférait monter sur le bûcher plutôt que de renier ses idées. Nécessaire comme l’était Grothendieck, qui préférait vivre dans l’ombre plutôt que de servir les puissants. Barrau, lui, est de cette trempe. Il est de ceux qui savent que la vérité ne se négocie pas. Qu’elle se défend. Qu’elle se crie sur les toits. Même quand les toits sont ceux des universités, ces temples du savoir qui trop souvent se transforment en temples de la soumission.

Et c’est là que son discours du 3 octobre 2019 prend toute sa dimension. Un discours qui n’est pas seulement une analyse scientifique. Un discours qui est un cri. Un cri de colère. Un cri d’amour. Un cri pour la planète. Un cri pour l’humanité. Un cri pour cette part de nous qui refuse de mourir. Un cri qui nous rappelle que la science, si elle veut rester vivante, doit être une science de la vie. Une science qui refuse la mort. Une science qui ose dire non à la destruction. Une science qui ose dire oui à l’avenir.

Analogie finale : Imaginez un instant que la science soit un arbre. Un arbre immense, aux racines profondes, aux branches qui s’étendent jusqu’aux confins du ciel. Cet arbre, c’est l’arbre de la connaissance. Mais voilà : depuis des siècles, des hommes en costume trois-pièces viennent scier ses branches, une à une, pour en faire des meubles, des armes, des machines à broyer les hommes. Et les savants, ces jardiniers de l’esprit, regardent faire, impassibles. Certains même aident à scier, en échange de quelques pièces d’or. Barrau, lui, est de ceux qui refusent de scier. Il est de ceux qui, au contraire, viennent arroser l’arbre, le protéger, le faire grandir. Il est de ceux qui savent que cet arbre, c’est notre dernière chance. Notre dernière chance de ne pas sombrer dans la nuit. Notre dernière chance de rester humains.



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