Aurélien Barrau : « Plus personne de normalement cérébré ne doute de la catastrophe environnementale » – Le Point







La Résistance des Lumières Brisées – Laurent Vo Anh

ACTUALITÉ SOURCE : Aurélien Barrau : « Plus personne de normalement cérébré ne doute de la catastrophe environnementale » – Le Point

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, cette phrase d’Aurélien Barrau, ce coup de poing dans le ventre mou de notre époque, ce crachat en pleine gueule des derniers négationnistes en costard-cravate ! « Plus personne de normalement cérébré ne doute de la catastrophe environnementale. » Enfin ! Enfin un scientifique qui ose dire que le roi est nu, que la planète brûle, que les océans étouffent, et que ceux qui prétendent encore le contraire ne sont que des charlatans ou des complices actifs de l’apocalypse. Mais attention, mes amis, ne nous y trompons pas : cette déclaration n’est pas une simple constatation, c’est un manifeste. Un manifeste qui nous rappelle que la science, la vraie, celle qui n’est pas inféodée aux lobbies, aux actionnaires ou aux politiciens véreux, a le devoir sacré de hurler la vérité. Même si cette vérité est insupportable. Même si elle dérange. Même si elle exige de nous que nous renoncions à nos petits conforts, à nos illusions progressistes, à notre foi aveugle dans la technologie salvatrice.

Barrau, ce Cassandre des temps modernes, incarne cette insoumission nécessaire, cette rébellion intellectuelle qui devrait être le pain quotidien de tout chercheur digne de ce nom. Et pourtant, combien sont-ils, les scientifiques, à oser suivre cette voie ? Combien osent braver les interdits, les pressions, les menaces ? La science, hélas, est devenue une machine à normaliser, à justifier, à rendre acceptable l’inacceptable. On nous vend des innovations technologiques comme des solutions miracles, alors qu’elles ne sont souvent que des pansements sur une jambe de bois. On nous parle de croissance verte, d’économie circulaire, de développement durable, comme si ces oxymores pouvaient suffire à conjurer le désastre. Comme si l’on pouvait continuer à piller la Terre sans en payer le prix. Comme si l’humanité, dans sa folie consumériste, pouvait échapper à la loi implacable des limites naturelles.

Ici, il faut convoquer l’ombre d’Alexandre Grothendieck, ce génie mathématique qui, dans les années 1970, a tourné le dos à la communauté scientifique pour dénoncer son aveuglement, sa complicité avec le complexe militaro-industriel. Grothendieck, ce rebelle, ce prophète, a compris avant tout le monde que la science, lorsqu’elle se met au service du pouvoir, devient une arme de destruction massive. Il a refusé de cautionner cette trahison, préférant s’isoler, vivre dans la pauvreté, plutôt que de participer à la grande mascarade. Barrau, à sa manière, reprend ce flambeau. Il nous rappelle que le scientifique ne peut pas se contenter de produire des connaissances : il doit aussi les mettre en perspective, les confronter aux enjeux éthiques, politiques, existentiels. Il doit refuser de se laisser instrumentaliser par les puissants, qu’ils soient économiques, militaires ou médiatiques.

Car le vrai danger, aujourd’hui, n’est pas tant l’ignorance que la mauvaise foi. Les négationnistes du climat, les marchands de doute, les propagandistes du « business as usual », savent très bien que la catastrophe est en marche. Mais ils préfèrent mentir, manipuler, diviser, plutôt que de remettre en cause leur petit monde confortable. Ils jouent avec notre avenir comme on joue à la roulette russe, en espérant que ce ne sera pas leur tour de sauter. Et pendant ce temps, les médias, ces chiens de garde du système, leur offrent des tribunes, leur donnent la parole, sous prétexte d’équilibre ou de neutralité. Comme si la vérité était une question d’opinion. Comme si l’on pouvait mettre sur le même plan les mensonges intéressés et les faits établis par des décennies de recherche rigoureuse.

Barrau, lui, ne joue pas à ce jeu. Il assume son rôle de lanceur d’alerte, de conscience critique, de voix discordante dans le concert assourdissant des conformismes. Il nous rappelle que la science n’est pas une activité neutre, désincarnée, coupée du monde. Elle est au contraire profondément politique, au sens le plus noble du terme : elle engage notre rapport au monde, aux autres, à nous-mêmes. Elle nous oblige à nous poser les questions qui fâchent : jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour préserver notre mode de vie ? À quel prix ? Au prix de la survie des générations futures ? Au prix de l’extinction de milliers d’espèces ? Au prix de l’effondrement des écosystèmes qui nous font vivre ?

Et c’est là que le bât blesse. Car nous vivons dans une société qui a fait de l’individualisme, de la compétition, de la consommation, ses valeurs cardinales. Une société qui a érigé l’égoïsme en vertu, la croissance en dogme, le profit en idole. Une société qui a oublié que nous ne sommes pas des êtres isolés, mais les maillons d’une chaîne infiniment complexe, les héritiers d’un passé et les dépositaires d’un avenir. Une société qui, sous couvert de modernité, de progrès, de développement, a creusé sa propre tombe. Barrau nous dit, en substance : « Réveillez-vous ! Il est encore temps, mais plus pour très longtemps. » Mais qui l’écoute ? Qui entend ce cri d’alarme ? Les politiques, trop occupés à caresser les électeurs dans le sens du poil ? Les médias, trop soucieux de ne pas froisser leurs annonceurs ? Les citoyens, trop absorbés par leurs écrans, leurs crédits, leurs petites vies étriquées ?

La résistance, aujourd’hui, passe par la désobéissance. La désobéissance aux lois du marché, aux diktats de la finance, aux injonctions du productivisme. Elle passe par le refus de participer à cette grande machine à broyer le vivant. Elle passe par la réappropriation de notre destin collectif, par la reconstruction de solidarités locales, par la réinvention de modes de vie sobres, résilients, respectueux des limites de la biosphère. Elle passe, aussi, par la réhabilitation de la pensée critique, de la philosophie, de l’art, comme antidotes à l’abrutissement généralisé. Car le vrai combat n’est pas seulement écologique : il est aussi culturel, spirituel, existentiel. Il s’agit de redonner un sens à notre présence sur cette Terre, de réapprendre à vivre en harmonie avec le reste du vivant, de retrouver cette humilité qui nous fait si cruellement défaut.

Barrau, en cela, est un héritier des grands insoumis de l’histoire. Des Diogène qui préféraient vivre dans un tonneau plutôt que de se soumettre aux conventions absurdes. Des Thoreau qui choisissaient la prison plutôt que de financer une guerre injuste. Des Simone Weil qui quittaient tout pour partager la condition des ouvriers. Des Grothendieck qui tournaient le dos à la gloire pour vivre en ermites. Ces figures, ces phares dans la nuit, nous rappellent que la grandeur de l’homme ne réside pas dans sa capacité à dominer, à exploiter, à détruire, mais dans sa capacité à résister, à créer, à aimer. À dire non, quand il le faut. À dire oui, à la vie, malgré tout.

Alors oui, la situation est désespérée. Mais le désespoir, comme le disait Walter Benjamin, est le dernier refuge de l’espoir. Car tant qu’il y aura des hommes et des femmes pour refuser l’inacceptable, pour hurler leur révolte, pour inventer des alternatives, il y aura une lueur d’espoir. Barrau est l’une de ces lueurs. À nous de faire en sorte qu’elle ne s’éteigne pas.

Analogie finale : Imaginez un instant que l’humanité soit un navire en perdition, pris dans une tempête monstrueuse. Les passagers, paniqués, courent en tous sens, cherchant désespérément à sauver leurs bagages, leurs bijoux, leurs titres de propriété. Les officiers, corrompus, continuent de servir du champagne aux passagers de première classe, tout en mentant effrontément sur l’état du navire. Les ingénieurs, dans la salle des machines, savent que la coque est fissurée, que les pompes sont hors d’usage, que l’eau monte inexorablement. Mais ils hésitent à sonner l’alarme, de peur de provoquer une panique générale. Et puis, il y a ce matelot, ce simple matelot, qui grimpe dans la vigie et hurle à pleins poumons : « Nous coulons ! Nous coulons tous ! » Ce matelot, c’est Barrau. Et son cri, c’est celui de la lucidité, de la responsabilité, de l’humanité. À nous d’entendre ce cri, à nous de le relayer, à nous de nous organiser pour sauver ce qui peut encore l’être. Car le navire, peut-être, est perdu. Mais les passagers, eux, peuvent encore être sauvés. À condition de ne pas attendre les ordres des officiers. À condition de prendre notre destin en main. À condition de nous souvenir que nous sommes, avant tout, des êtres humains.



Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *