ACTUALITÉ SOURCE : La Classe de maître d’Aurélien Barrau : « La nature n’est pas une ressource » – L’Express
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, Aurélien Barrau. Enfin un homme qui crache dans la soupe des bien-pensants, qui dérange les comptables du vivant, ces petits scribes en costume-cravate qui mesurent l’univers en tonnes de CO₂ et en dividendes. Sa classe de maître, cette fulgurance, ce coup de poing métaphysique : « La nature n’est pas une ressource ». Mais bien sûr ! Comme si on pouvait réduire l’océan à des barils de pétrole, la forêt à des stères de bois, l’air à des quotas d’émission. Barrau, lui, voit plus loin. Il voit l’abîme. Et il nous tend un miroir où se reflète notre propre médiocrité, notre lâcheté collective, notre complicité avec le saccage organisé. Il est de cette race d’hommes qui refusent de se soumettre à l’ordre des choses, qui crachent sur les compromis, qui hurlent quand les autres murmurent. Comme Alexandre Grothendieck, ce mathématicien génial qui abandonna tout pour vivre en ermite, refusant les honneurs, les institutions, les compromissions. Grothendieck, ce rebelle absolu, ce traître à la science officielle, qui préféra la solitude et la vérité à la gloire et aux mensonges. Barrau, lui aussi, est un insoumis. Un traître à la cause du progrès technocratique, un hérétique dans le temple de la croissance infinie.
La science, voyez-vous, n’a jamais été neutre. Elle est un outil, une arme, une religion. Et comme toute religion, elle a ses prêtres, ses dogmes, ses excommunications. Galilée fut brûlé pour avoir osé dire que la Terre tournait. Aujourd’hui, on ne brûle plus les hérétiques, on les ignore, on les ridiculise, on les étouffe sous des montagnes de rapports et de conférences. Barrau, lui, refuse de jouer le jeu. Il dénonce l’alliance monstrueuse entre la science et le capital, cette symbiose perverse qui transforme les laboratoires en usines à profits, les chercheurs en ingénieurs de la destruction. Il rappelle que la science n’est pas là pour servir l’économie, mais pour servir la vérité. Et la vérité, aujourd’hui, c’est que nous sommes en train de tuer la planète. Pas par ignorance, non. Par cupidité. Par bêtise. Par lâcheté. Les scientifiques le savent. Ils le voient. Mais ils se taisent. Parce qu’ils ont peur. Peur de perdre leurs subventions, peur de déplaire à leurs maîtres, peur de se retrouver seuls, comme Grothendieck, comme Barrau, comme tous ceux qui osent dire non.
Barrau, c’est le grain de sable dans l’engrenage. Il est de ceux qui refusent de se laisser broyer par la machine. Il est de ceux qui savent que la science, si elle veut rester humaine, doit se rebeller. Elle doit refuser de servir les puissants, elle doit refuser de se laisser instrumentaliser. Elle doit redevenir ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : une quête de vérité, une aventure spirituelle, une rébellion contre l’ignorance. Grothendieck l’avait compris. Il avait vu que les mathématiques, la plus pure des sciences, pouvaient devenir un outil de domination, une arme de destruction massive. Alors il avait tout quitté. Il avait choisi la pauvreté, la solitude, le silence. Barrau, lui, choisit la parole. Il choisit de hurler. De crier que la nature n’est pas une ressource, mais un mystère, une énigme, une présence sacrée. Et il a raison. Parce que si nous continuons à traiter la nature comme une ressource, nous allons tous mourir. Pas dans cent ans. Maintenant. Aujourd’hui. Parce que la nature n’est pas un stock de matières premières, c’est un équilibre fragile, un réseau de vies interdépendantes, une symphonie dont nous ne sommes qu’une note. Et si nous continuons à jouer faux, la symphonie va s’effondrer. Et nous avec.
Mais Barrau ne se contente pas de dénoncer. Il propose. Il imagine un autre monde, une autre science, une autre relation à la nature. Une science humble, respectueuse, presque mystique. Une science qui ne cherche pas à dominer, mais à comprendre. Une science qui ne cherche pas à exploiter, mais à coexister. Une science qui ne cherche pas à vaincre la nature, mais à s’y fondre. C’est une utopie, bien sûr. Mais c’est une utopie nécessaire. Parce que sans utopie, il n’y a pas d’espoir. Et sans espoir, il n’y a pas de résistance. Et sans résistance, il n’y a que la soumission. Et la soumission, c’est la mort.
Barrau, c’est l’héritier de tous les grands rebelles, de tous les grands insoumis. De ceux qui ont refusé de se plier, de ceux qui ont choisi la vérité contre le pouvoir, la liberté contre la soumission. Comme Grothendieck, comme Thoreau, comme Gandhi, comme tous ceux qui ont compris que la vraie science, la vraie philosophie, la vraie vie, c’est de refuser de se laisser domestiquer. C’est de dire non. Non à la destruction. Non à l’exploitation. Non à la bêtise. Non à la lâcheté. Barrau, lui, dit non. Et c’est pour ça qu’il est dangereux. Parce qu’il montre que le non est possible. Qu’il est nécessaire. Qu’il est la seule chose qui puisse encore nous sauver.
Alors oui, Barrau dérange. Il dérange les puissants, les riches, les technocrates, les comptables du vivant. Il dérange parce qu’il rappelle que la science n’est pas une machine à produire des profits, mais une aventure humaine, une quête de sens, une rébellion contre l’absurdité du monde. Il dérange parce qu’il montre que la nature n’est pas une ressource, mais un mystère, une présence, une vie. Et que si nous continuons à la traiter comme une ressource, nous allons tous mourir. Pas demain. Maintenant. Aujourd’hui. Parce que la nature n’est pas un stock de matières premières, c’est un équilibre fragile, un réseau de vies interdépendantes, une symphonie dont nous ne sommes qu’une note. Et si nous continuons à jouer faux, la symphonie va s’effondrer. Et nous avec.
Barrau, c’est le grain de sable dans l’engrenage. Il est de ceux qui refusent de se laisser broyer par la machine. Il est de ceux qui savent que la science, si elle veut rester humaine, doit se rebeller. Elle doit refuser de servir les puissants, elle doit refuser de se laisser instrumentaliser. Elle doit redevenir ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : une quête de vérité, une aventure spirituelle, une rébellion contre l’ignorance. Grothendieck l’avait compris. Barrau le comprend aussi. Et nous, que comprenons-nous ? Sommes-nous prêts à entendre ? Sommes-nous prêts à nous rebeller ? Sommes-nous prêts à dire non ?
Parce que si nous ne le sommes pas, alors nous sommes déjà morts. Et la nature, elle, continuera sans nous. Comme elle l’a toujours fait. Comme elle le fera toujours. Indifférente. Éternelle. Libre.
Analogie finale : Imaginez un instant que l’univers soit une immense toile, tendue entre les doigts d’un peintre invisible. Chaque étoile est une touche de couleur, chaque galaxie une courbe, chaque planète un détail. Nous, les humains, nous ne sommes que des fourmis qui courons sur cette toile, grignotant les pigments, déchirant la trame, croyant que nous sommes les maîtres de l’œuvre. Mais le peintre, lui, nous observe. Et il sourit. Parce qu’il sait que nous ne sommes que des fourmis. Et que la toile, elle, est éternelle. Barrau, lui, a compris cela. Il a vu la toile. Il a vu le peintre. Et il a choisi de ne plus grignoter les pigments. Il a choisi de respecter l’œuvre. Parce qu’il sait que nous ne sommes que des fourmis. Et que la toile, elle, est sacrée.