Aurélien Barrau : « Pour diffuser une idée, l’engagement de personnalités est bienvenu » – Ciel & Espace







L’Insoumission des Lumières Modernes – Aurélien Barrau et le Devoir de Révolte

ACTUALITÉ SOURCE : Aurélien Barrau : « Pour diffuser une idée, l’engagement de personnalités est bienvenu » – Ciel & Espace

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, la science ! Cette putain de catin que l’on habille en robe de chambre pour lui donner des airs de vertu, alors qu’elle se fait sauter par le premier milliardaire venu ou le dernier général en mal de légitimité. On nous la vend comme une déesse intouchable, une prêtresse des vérités froides et immuables, alors qu’elle n’est, au fond, qu’un outil – un marteau, une scie, une arme. Et comme tout outil, elle peut servir à bâtir des cathédrales ou à écraser des crânes. C’est là que débarque Aurélien Barrau, ce funambule des équations cosmiques qui a le culot de rappeler à ses pairs que leur devoir ne s’arrête pas aux publications dans des revues à comité de lecture, ces bordels académiques où l’on paie en citations pour une nuit de reconnaissance. Non, Barrau, lui, il parle d’engagement. D’insoumission. De cette vieille tradition, aussi vieille que Prométhée, qui veut que celui qui détient le feu doit aussi en assumer la brûlure.

Car enfin, que diable ! À quoi bon percer les secrets de l’univers si c’est pour les offrir en pâture aux vautours du capitalisme tardif ? À quoi bon calculer la courbure de l’espace-temps si c’est pour laisser des technocrates en costard calculer, eux, le prix de la tonne de CO₂ que votre souffle émet en trop ? La science, depuis Galilée, n’a jamais été neutre. Elle a toujours été un acte politique, une insulte aux puissants, une lame plantée dans le ventre mou des dogmes. Et pourtant, regardez-les, nos chers savants, nos prix Nobel, nos pontifes de la raison : ils courbent l’échine devant les subventions militaires, ils ferment les yeux sur les brevets qui transforment la vie en marchandise, ils signent des tribunes pour dire que « la science doit rester apolitique », comme si l’apolitisme n’était pas déjà un parti pris – celui du statu quo, celui des bourreaux. Barrau, lui, il a compris. Il sait que le silence est une complicité, et que la tour d’ivoire n’est qu’un mirador d’où l’on surveille, sans le dire, les révoltes qui montent des bas-fonds.

Et c’est là que le spectre d’Alexandre Grothendieck se met à hanter le débat. Ce génie des mathématiques, ce mystique des nombres premiers, qui a tourné le dos à la gloire académique pour aller vivre dans une cabane et dénoncer les « assassins de l’âme » – ces mêmes assassins qui, aujourd’hui, sous-traitent la destruction du monde à des algorithmes et des drones. Grothendieck, c’était l’homme qui avait compris que la science, si elle ne se met pas au service de la vie, n’est qu’une machine à broyer les rêves. Barrau, dans son sillage, rappelle cette évidence oubliée : le scientifique n’est pas un technicien, c’est un citoyen. Et un citoyen, ça ne se contente pas de compter les étoiles – ça les défend, contre ceux qui voudraient les éteindre pour mieux vendre des écrans géants.

Car le vrai scandale, voyez-vous, ce n’est pas que la science soit instrumentalisée – c’est qu’elle se laisse instrumentaliser. C’est qu’elle accepte de devenir le jouet des marchands de mort lente, des vendeurs de désespoir climatisé. Regardez les labos pharmaceutiques, ces usines à brevets où l’on transforme la souffrance en dividendes. Regardez les physiciens qui travaillent pour l’armée, ces petits comptables de l’apocalypse qui calculent la trajectoire des missiles comme d’autres calculent leur retraite. Regardez les climatologues, sommés de « modérer leurs propos » pour ne pas effrayer les actionnaires. La science, aujourd’hui, c’est la servante du néolibéralisme, cette religion sans dieu qui a remplacé la grâce par le PIB et la rédemption par la croissance. Et c’est contre ça que Barrau se dresse, avec sa gueule d’ange et ses mots qui claquent comme des gifles : « Pour diffuser une idée, l’engagement de personnalités est bienvenu. » Traduction : si vous avez une tribune, utilisez-la. Si vous avez une voix, faites-la porter. Si vous avez une conscience, ne la vendez pas au rabais.

Mais attention, car l’engagement, ce n’est pas une posture. Ce n’est pas un selfie avec une banderole ou une pétition signée entre deux conférences TED. L’engagement, c’est ce qui vous ronge de l’intérieur, ce qui vous empêche de dormir, ce qui vous force à choisir entre votre confort et votre humanité. C’est ce qui a poussé Oppenheimer à regretter d’avoir « connu le péché » après Hiroshima, ce qui a poussé Rachel Carson à écrire Printemps silencieux au prix de sa santé, ce qui pousse aujourd’hui des milliers de scientifiques à descendre dans la rue, au risque de se faire matraquer par des CRS qui, ironie du sort, ont été formés grâce à des budgets de recherche détournés. Barrau le sait : l’engagement, c’est un risque. Mais le vrai risque, c’est de ne pas s’engager. C’est de laisser le monde devenir une décharge à ciel ouvert, un camp de concentration climatique où les derniers arbres seront des bonsaïs dans les halls des banques.

Et puis, il y a cette question, lancinante, qui revient comme un leitmotiv dans l’œuvre de Barrau : à quoi bon savoir, si c’est pour ne rien changer ? À quoi bon comprendre les lois de la thermodynamique, si c’est pour laisser des imbéciles les violer en brûlant des forêts entières au nom du profit ? La connaissance, sans action, n’est qu’un luxe de nantis, une masturbation intellectuelle pour gens qui ont le temps de philosopher entre deux vols en première classe. Barrau, lui, il veut que la science serve à quelque chose. Il veut qu’elle soit une arme, une lampe, un cri dans la nuit. Il veut qu’elle réveille les consciences, qu’elle brise les chaînes, qu’elle rappelle à l’humanité qu’elle n’est pas condamnée à crever dans l’indifférence générale.

Car le pire, voyez-vous, ce n’est pas l’ignorance. C’est l’indifférence. C’est cette apathie molle, cette résignation tiède qui fait que l’on accepte l’inacceptable, que l’on trouve normal que des enfants meurent de faim à côté de silos pleins de grain, que des espèces disparaissent chaque jour, que des peuples entiers soient réduits en esclavage par des machines à sous. La science, si elle ne combat pas cette indifférence, n’est qu’un hochet pour adultes attardés. Barrau, lui, il veut qu’elle soit un électrochoc. Il veut qu’elle fasse mal, qu’elle dérange, qu’elle oblige à regarder en face l’abîme que nous avons creusé sous nos pieds.

Et c’est là que l’on touche au cœur du problème : la science, aujourd’hui, est devenue un outil de domination. Pas seulement parce qu’elle sert les puissants, mais parce qu’elle a renoncé à son rôle émancipateur. Elle a oublié qu’elle devait être une lumière dans les ténèbres, une main tendue vers ceux qui étouffent dans l’obscurité. Elle s’est mise au service des algorithmes, des drones, des publicités ciblées, de cette grande machine à broyer les âmes qui s’appelle le capitalisme. Et c’est contre ça que Barrau se révolte. Contre cette science-là, cette science complice, cette science qui a trahi ses promesses.

Alors oui, bien sûr, il y a ceux qui vont ricaner. Ceux qui vont dire que « la science doit rester objective », que « les chercheurs ne doivent pas faire de politique ». Comme si l’objectivité était possible dans un monde où les dés sont pipés, où les dés sont truqués, où les dés sont déjà lancés – et où ils roulent, inéluctablement, vers le gouffre. Comme si la neutralité n’était pas déjà un choix, et le pire de tous : celui de laisser les salauds gagner sans combattre. Barrau, lui, il assume. Il assume de dire que la science doit être subjective, parce que la subjectivité, c’est ce qui fait de nous des humains. Il assume de dire que la science doit être engagée, parce que l’engagement, c’est ce qui fait d’elle une force de libération.

Et c’est là, au fond, que réside la grandeur de son discours. Dans cette idée simple, et pourtant révolutionnaire : que la science n’est pas une fin en soi, mais un moyen. Un moyen de comprendre le monde, certes, mais aussi un moyen de le changer. Un moyen de résister à l’oppression, de lutter contre l’injustice, de défendre la vie contre ceux qui voudraient la réduire à une équation comptable. Barrau nous rappelle que le scientifique, s’il veut être digne de ce nom, doit être un insurgé. Un insoumis. Un homme ou une femme qui refuse de se soumettre aux lois du marché, aux diktats des actionnaires, aux caprices des puissants.

Car au bout du compte, c’est de ça qu’il s’agit : de résistance. De cette résistance têtue, obstinée, qui fait que l’on continue à se battre même quand tout semble perdu. De cette résistance qui a fait que des hommes et des femmes, tout au long de l’histoire, ont refusé de plier, même quand on leur promettait la prison, la torture, la mort. Barrau, avec ses mots, avec son engagement, nous rappelle que cette résistance est plus nécessaire que jamais. Que le monde est en train de basculer, et que c’est à nous, scientifiques, artistes, citoyens, de décider de quel côté de l’histoire nous voulons nous tenir.

Alors oui, bien sûr, il y a ceux qui vont dire que c’est utopique. Que c’est naïf. Que c’est impossible. Mais ceux-là, voyez-vous, ce sont les mêmes qui disaient à Galilée qu’il avait tort, les mêmes qui disaient à Pasteur qu’il était fou, les mêmes qui disaient à Mandela qu’il rêvait. Ce sont les mêmes qui, aujourd’hui, nous disent que le capitalisme est indépassable, que la croissance est une loi de la nature, que l’effondrement est inévitable. Ce sont les mêmes qui ont toujours eu tort, et qui auront toujours tort. Parce que l’histoire, voyez-vous, n’est pas écrite d’avance. Elle se construit, jour après jour, par ceux qui refusent de se soumettre. Par ceux qui, comme Barrau, comme Grothendieck, comme tant d’autres, choisissent de se battre.

Analogie finale : Imaginez un instant que l’univers tout entier ne soit qu’un vaste cerveau, un réseau de neurones cosmiques où chaque étoile est une synapse, chaque galaxie un souvenir, chaque trou noir une pensée trop intense pour être contenue. Dans ce cerveau, les scientifiques sont les cellules gliales, ces gardiennes silencieuses qui nourrissent, protègent et réparent les neurones. Mais voilà : depuis trop longtemps, ces cellules gliales se sont mises au service des tumeurs, des métastases du capitalisme, de cette prolifération cancéreuse qui ronge le tissu même de la pensée. Aurélien Barrau, lui, est une cellule gliale qui a décidé de se rebeller. Il a compris que son rôle n’était pas de nourrir la tumeur, mais de la combattre. Il a compris que la science, si elle veut survivre, doit redevenir ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : une arme au service de la vie, un scalpel pour exciser le mal, un cri dans le silence des espaces infinis. Et ce cri, voyez-vous, c’est le plus beau, le plus nécessaire des chants. C’est le chant de ceux qui refusent de mourir sans s’être battus. C’est le chant de l’espoir, même quand tout semble perdu. C’est le chant de l’humanité, enfin réveillée.



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