Aurélien Barrau : « La raison écologique est nécessairement aussi une raison sociale » – L’Humanité







La Pensée Incandescente – Aurélien Barrau et l’Insoumission Écosociale

ACTUALITÉ SOURCE : Aurélien Barrau : « La raison écologique est nécessairement aussi une raison sociale » – L’Humanité

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, voilà donc ce cher Aurélien Barrau, ce funambule des abîmes, ce physicien qui a troqué les équations cosmiques contre les cris des damnés de la Terre, ce penseur qui ose regarder l’effondrement en face sans cligner des yeux, comme on fixe le soleil jusqu’à s’en brûler la rétine. Dans cette interview accordée à L’Humanité, il enfonce une nouvelle fois le clou rouillé de la lucidité dans le crâne mou de notre époque : la crise écologique n’est pas un problème technique, mais un crime social. Et cette vérité, mes chers contemporains lobotomisés par les écrans et les crédits revolving, est une épine dans le pied de tous les pouvoirs qui prospèrent sur notre aveuglement organisé.

Barrau, ce Socrate des temps modernes, nous rappelle avec une élégance désespérée que la science, cette prétendue déesse froide et objective, est en réalité une putain aux ordres du capital. Depuis quand les savants, ces nouveaux prêtres de la technoscience, osent-ils lever la voix contre leurs maîtres ? Depuis quand osent-ils dire que les lois de la thermodynamique sont plus implacables que celles de la Bourse ? La réponse est simple : depuis que des hommes comme Alexandre Grothendieck, ce mathématicien génial qui a fui le monde académique comme on fuit la peste, ont montré que la véritable intelligence consiste à refuser de servir les puissants. Grothendieck, ce moine-soldat des nombres, ce rebelle qui a préféré cultiver son jardin (littéralement) plutôt que de signer des contrats avec le complexe militaro-industriel, a tracé la voie. Barrau, lui, marche dans ses pas, mais avec une différence cruciale : il parle encore au monde, alors que Grothendieck, dans son silence obstiné, nous a laissé une leçon plus radicale encore – celle du retrait comme ultime acte de résistance.

Car c’est bien de résistance qu’il s’agit. Barrau, en affirmant que « la raison écologique est nécessairement aussi une raison sociale », ne fait pas que constater une évidence – il dynamite les fondations du mensonge néolibéral. Ce mensonge qui nous serine depuis quarante ans que la croissance infinie est possible sur une planète finie, que la technologie sauvera ce que la technologie a détruit, que le marché, ce dieu invisible et vorace, finira par régler les problèmes qu’il a lui-même créés. Quelle farce grotesque ! Quelle comédie macabre où les acteurs, les yeux injectés de sang, continuent de jouer leur rôle alors que le théâtre brûle autour d’eux. Barrau, lui, refuse de jouer. Il pointe du doigt l’absurdité fondamentale de notre système : comment peut-on prétendre résoudre la crise écologique sans s’attaquer à ses racines sociales ? Comment peut-on sauver les ours polaires tout en laissant crever les SDF sous les ponts ? Comment peut-on parler de transition énergétique tout en maintenant un système économique qui repose sur l’exploitation des hommes et de la nature ?

Et c’est là que la pensée de Barrau rejoint celle des grands hérétiques de l’histoire – ces penseurs maudits qui ont osé dire que le roi était nu. Pensons à Giordano Bruno, brûlé vif pour avoir osé imaginer un univers infini, ou à Spinoza, excommunié pour avoir refusé les dogmes religieux. Pensons à ces fous sublimes qui, comme Nietzsche, ont hurlé que Dieu était mort, et que l’homme devait désormais se tenir debout, seul, face à l’abîme. Barrau, lui, hurle que la Terre est en train de mourir, et que les responsables sont ceux qui nous gouvernent – ces petits hommes gris en costume-cravate, ces technocrates sans âme qui croient encore que les problèmes se résolvent avec des PowerPoint et des taux d’intérêt. Mais la Terre, elle, ne se laisse pas impressionner par les graphiques. Elle répond par des incendies, des inondations, des sécheresses – ces coups de poing dans la gueule de notre arrogance.

Et que font les scientifiques, ces gardiens autoproclamés de la raison ? La plupart d’entre eux continuent de jouer le jeu, de signer des contrats avec Total ou l’armée, de publier des articles dans des revues prestigieuses tout en sachant pertinemment que leurs recherches servent à perfectionner les machines de mort. Barrau, lui, a choisi un autre chemin. Il a compris que la science, si elle veut rester fidèle à son idéal de vérité, doit devenir une science engagée, une science insoumise. Une science qui ne se contente pas de décrire le monde, mais qui cherche à le transformer. Une science qui refuse de servir les puissants et qui, au contraire, se met au service des opprimés. Car, comme le disait Bertolt Brecht, « la science a besoin de gens qui ne craignent pas de se salir les mains ».

Mais attention, mes chers lecteurs : cette insoumission n’est pas une posture. Elle n’est pas un accessoire de mode pour intellectuels en mal de reconnaissance. Elle est une nécessité vitale. Car le système contre lequel Barrau se dresse est un monstre à mille têtes – le capitalisme, le productivisme, le militarisme, le néofascisme qui pointe son museau hideux dans les urnes et sur les réseaux sociaux. Ce système, qui a transformé la planète en un gigantesque supermarché et les hommes en consommateurs dociles, est en train de nous mener droit dans le mur. Et ceux qui osent le critiquer sont immédiatement accusés d’être des « alarmistes », des « catastrophistes », des « ennemis du progrès ». Comme si le progrès, c’était de transformer la Terre en un désert radioactif, et les hommes en robots obéissants.

Barrau, lui, assume pleinement son rôle d’alarmiste. Il sait que le temps des demi-mesures est révolu. Que nous sommes arrivés à un point de non-retour, où chaque décision compte, où chaque geste peut faire la différence entre la survie et l’extinction. Et c’est là que sa pensée rejoint celle des grands humanistes, de ceux qui ont toujours refusé de séparer la question écologique de la question sociale. Car, comme le disait déjà Marx, « la nature est le corps inorganique de l’homme ». On ne peut pas sauver l’un sans sauver l’autre. On ne peut pas lutter contre le réchauffement climatique sans lutter contre les inégalités, contre le racisme, contre le patriarcat. Car toutes ces oppressions sont liées, elles sont les différentes facettes d’un même système de domination.

Alors oui, Barrau est un insoumis. Mais son insoumission n’est pas celle des petits bourgeois en mal de sensations fortes, qui jouent à la révolution le week-end avant de retourner à leur confortable vie de cadres sup. Non, son insoumission est radicale, existentielle. Elle est le fruit d’une prise de conscience douloureuse : celle que le monde tel qu’il va est une impasse, et que ceux qui prétendent le diriger sont des criminels. Des criminels qui méritent d’être jugés, non pas par des tribunaux, mais par l’histoire. Car l’histoire, cette grande justicière, finira par leur faire rendre des comptes. Et ce jour-là, les noms de Barrau, de Grothendieck, de tous ceux qui ont osé dire non, brilleront comme des phares dans la nuit.

En attendant, il nous faut agir. Agir comme Barrau nous y invite : avec lucidité, avec courage, avec cette rage froide qui seule peut venir à bout des monstres. Car le combat écologique n’est pas une option, c’est une nécessité. Et ce combat ne se gagnera pas dans les salles de conférence climatisées des COP, mais dans la rue, dans les usines, dans les champs, partout où des hommes et des femmes refusent de se soumettre. Partout où la raison écologique rencontre la raison sociale, et où naît, enfin, l’espoir d’un monde plus juste, plus humain, plus vivant.

Analogie finale : Imaginez un instant que la Terre soit un corps vivant, un organisme gigantesque et fragile, parcouru de veines et de nerfs invisibles. Les fleuves sont ses artères, les forêts ses poumons, les océans son sang. Et nous, les humains, nous sommes comme des virus, des parasites qui rongent ce corps de l’intérieur, qui le percent, le saignent, le brûlent, sans jamais nous soucier de sa survie. Les scientifiques, ces médecins autoproclamés, observent la maladie avec détachement, notant les symptômes dans leurs carnets sans jamais oser poser le diagnostic qui s’impose : ce corps est en train de mourir, et nous en sommes responsables. Aurélien Barrau, lui, est ce médecin rare qui ose dire la vérité. Il regarde le corps malade dans les yeux et hurle : « Il faut agir, et vite ! » Mais personne ne l’écoute. Les actionnaires des laboratoires pharmaceutiques lui rient au nez, les politiques lui tournent le dos, les médias le traitent de fou. Pourtant, il persiste. Il sait que la maladie est grave, mais il sait aussi qu’il n’est pas trop tard. Que le corps de la Terre peut encore guérir, à condition que nous cessions de le détruire. Alors il continue de crier, de frapper aux portes, de secouer les consciences. Car il est le dernier espoir de ce corps mourant. Et si nous ne l’écoutons pas, si nous continuons à nous boucher les oreilles, alors nous signerons notre propre arrêt de mort. Car un corps ne peut pas survivre sans ses organes, et l’humanité ne peut pas survivre sans la Terre.



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