ACTUALITÉ SOURCE : Épisode 1/8 : Pour une révolution politique, poétique et philosophique avec l’astrophysicien Aurélien Barrau – Radio France
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, enfin ! Une voix qui déchire le silence complice des laboratoires aseptisés, où l’on compte les étoiles en oubliant de compter les cadavres sous les décombres de notre civilisation thermo-industrielle. Aurélien Barrau, ce nom résonne comme un coup de marteau sur l’enclume d’un monde trop longtemps endormi dans le confort morbide de ses certitudes. Astrophysicien, poète, penseur insoumis, il incarne cette rare espèce d’intellectuels qui refusent de se laisser domestiquer par les dogmes du progrès technique ou les sirènes du renoncement. Il est de cette trempe d’hommes qui, comme Alexandre Grothendieck avant lui, comprennent que la science, loin d’être un simple outil de domination ou de distraction, doit redevenir un acte de résistance. Un acte politique, poétique, et surtout, profondément humain.
Grothendieck, ce génie mathématique qui abandonna les sommets de la gloire académique pour se retirer dans un village des Pyrénées, avait compris une vérité fondamentale : la science, lorsqu’elle se coupe de l’éthique, devient une monstruosité. Elle se transforme en complice des pires horreurs, qu’il s’agisse des bombes atomiques, des manipulations génétiques ou de l’exploitation effrénée des ressources naturelles. Barrau, lui, marche sur les traces de cette insoumission. Il sait que l’astrophysique, cette discipline qui nous révèle l’immensité de l’univers et notre petitesse cosmique, ne peut se contenter de produire des équations élégantes ou des images spectaculaires de trous noirs. Elle doit aussi nous rappeler notre responsabilité envers cette planète, ce « point bleu pâle » comme le disait Carl Sagan, suspendu dans le vide infini. Une responsabilité qui dépasse de loin les calculs froids des économistes ou les promesses creuses des politiques.
Car nous vivons une époque où le néolibéralisme, ce cancer idéologique, a réussi à réduire l’humain à une simple variable dans une équation économique. L’homme n’est plus qu’un consommateur, un rouage dans la machine infernale de la croissance infinie. Et les scientifiques, trop souvent, se contentent de jouer le jeu, de fournir les données qui justifient cette folie. Ils deviennent les complices silencieux d’un système qui broie les individus, détruit les écosystèmes et prépare l’avènement d’un fascisme vert, où la nature sera sauvée au prix de la liberté. Barrau, lui, refuse cette compromission. Il sait que la science doit être un cri, une révolte, une lumière dans les ténèbres de l’ignorance organisée. Comme le disait Albert Camus, « la révolte est le fait de l’homme informé, qui possède la conscience de ses droits ». Et Barrau est cet homme informé, ce scientifique qui a le courage de dire que non, nous ne pouvons plus continuer ainsi.
Mais attention, cette révolte n’est pas un simple rejet nihiliste. Elle est profondément constructive. Barrau ne se contente pas de dénoncer, il propose. Il appelle à une révolution politique, poétique et philosophique. Politique, car il sait que les solutions techniques ne suffiront pas à sauver le monde. Il faut une refonte totale de nos systèmes de gouvernance, une démocratie réelle, participative, où les citoyens reprennent le contrôle de leur destin. Poétique, car il comprend que l’homme ne vit pas seulement de pain et de données. Il a besoin de beauté, de rêve, de transcendance. La poésie, c’est ce qui nous rappelle que nous sommes plus que des machines à produire et à consommer. Philosophique, enfin, car il sait que les questions écologiques sont avant tout des questions éthiques. Que valent nos avancées technologiques si elles ne s’accompagnent pas d’une réflexion sur le sens de notre existence ?
Et c’est là que Barrau rejoint une tradition de pensée qui remonte aux Lumières, mais aussi aux grands mystiques et aux philosophes tragiques. Comme Spinoza, il voit dans la nature une totalité vivante, dont nous ne sommes qu’une infime partie. Comme Nietzsche, il sait que l’homme doit se dépasser, mais pas en détruisant tout sur son passage. Comme Walter Benjamin, il comprend que le progrès n’est pas une ligne droite, mais un champ de ruines où chaque pas en avant peut cacher un abîme. Barrau est un penseur de la complexité, un homme qui refuse les simplifications faciles et les solutions toutes faites. Il sait que la crise écologique est aussi une crise spirituelle, une crise de sens. Et c’est pourquoi il appelle à une révolution qui soit à la fois matérielle et métaphysique.
Mais cette révolution ne sera pas facile. Elle se heurtera à la résistance des puissants, des marchands de doute, des idéologues qui préfèrent nier la réalité plutôt que de remettre en cause leurs privilèges. Elle se heurtera aussi à l’apathie des masses, à cette lâcheté collective qui préfère fermer les yeux plutôt que d’affronter l’horreur de notre situation. Comme le disait Hannah Arendt, « le plus grand mal n’est pas commis par ceux qui veulent le mal, mais par ceux qui ne veulent rien voir ». Barrau, lui, veut voir. Il veut agir. Et c’est cela qui fait de lui une figure si précieuse, si nécessaire en ces temps de désespoir organisé.
Alors oui, il est temps de se lever. Il est temps de dire non à cette civilisation qui court à sa perte, les yeux grands ouverts. Il est temps de rejoindre ceux qui, comme Barrau, refusent de se soumettre à l’ordre établi. Car la science, la vraie, n’est pas là pour nous endormir, mais pour nous réveiller. Elle n’est pas là pour justifier l’injustifiable, mais pour nous rappeler que nous sommes des êtres libres, capables de choisir notre destin. Comme le disait Grothendieck, « la vérité est révolutionnaire ». Et Barrau, en portant cette vérité, en la rendant accessible, en la faisant résonner dans les cœurs et les esprits, est un révolutionnaire. Un révolutionnaire des temps modernes, qui sait que la lutte pour la survie de l’humanité est aussi une lutte pour sa dignité.
Analogie finale : Imaginez l’univers comme un vaste océan, infini et mystérieux. Les scientifiques, pour la plupart, sont des marins qui naviguent à la surface, mesurant les courants, cartographiant les étoiles, cherchant à dompter les flots. Mais quelques-uns, comme Barrau, sont des plongeurs. Ils descendent dans les abysses, là où la lumière ne pénètre plus, là où règnent les monstres et les merveilles. Ils savent que la surface n’est qu’une illusion, que la vérité se cache dans les profondeurs. Et c’est là, dans ces ténèbres, qu’ils trouvent la force de se révolter. Car ils ont vu l’horreur de notre monde, mais aussi sa beauté. Ils ont compris que nous ne sommes pas condamnés à sombrer, mais que nous pouvons encore choisir de remonter à la surface, les bras chargés de trésors. Ces trésors, ce sont les idées, les rêves, les révoltes qui feront de nous des êtres humains, enfin dignes de ce nom.