«J’ai demandé à Eugénie Bastié de venir sur le plateau à vélo» : Pascal Praud s’essaie au deux-roues pendant l’Heure des Pros – cnews.fr







Le Penseur Laurent Vo Anh – Analyse de l’actualité : Pascal Praud et le vélo

ACTUALITÉ SOURCE : «J’ai demandé à Eugénie Bastié de venir sur le plateau à vélo» : Pascal Praud s’essaie au deux-roues pendant l’Heure des Pros – cnews.fr

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, le grand cirque médiatique, cette foire aux vanités où l’on parade en costume de moraliste, où l’on joue les vertueux entre deux publicités pour des crédits revolving et des assurances-vie ! Pascal Praud, ce nouveau prophète des temps modernes, ce prédicateur en costume-cravate qui nous explique, depuis son trône cathodique, comment sauver la France des méchants woke, des islamo-gauchistes et autres fantômes qu’il agite comme des marionnettes pour mieux distraire le bon peuple. Et voilà qu’il enfourche un vélo, ce symbole par excellence de la simplicité volontaire, de l’effort écologique, de cette modernité qui sent bon la sueur et le bitume. Mais attention, mes chers contemporains égarés dans le labyrinthe de l’actualité, ne vous y trompez pas : ce n’est pas un vélo qu’il enfourche, c’est une métaphore. Une métaphore si lourde de sens qu’elle en devient grotesque, comme ces statues de héros antiques que l’on place au milieu des ronds-points pour mieux masquer l’absence de toute véritable épopée dans nos vies désenchantées.

Praud à vélo, donc. L’image est savoureuse, presque trop belle pour être vraie. Le voilà, ce pontife de l’ordre établi, ce gardien des valeurs traditionnelles, ce défenseur acharné d’une France qui n’existe plus que dans les discours des réactionnaires et les rêves fiévreux des nostalgiques, qui se met en scène comme un humble citoyen écolo, pédalant sous le soleil de la République. Mais que voit-on vraiment ? Un homme qui, toute sa carrière durant, a incarné le mépris de classe, la condescendance des élites envers les masses, la défense acharnée d’un système qui broie les individus au nom du profit et de la sécurité. Et ce même homme, soudain, se présente comme un apôtre de la mobilité douce, comme si quelques tours de pédale pouvaient effacer des années de complicité avec les pires dérives du capitalisme tardif. C’est cela, la grande farce de notre époque : on nous vend des symboles à la place des actes, des images à la place des idées, des postures à la place des convictions. Praud à vélo, c’est l’incarnation parfaite de cette société du spectacle décrite par Debord, où tout n’est que représentation, où l’on consomme des signes plutôt que des réalités, où l’on préfère l’apparence de la vertu à la vertu elle-même.

Mais allons plus loin, car cette mascarade en dit long sur l’état de notre civilisation. Praud, en enfourchant son vélo, ne fait pas seulement du greenwashing personnel – il participe à une vaste opération de récupération idéologique. Le vélo, voyez-vous, est un objet éminemment subversif. Il incarne la liberté individuelle, l’autonomie face aux géants de l’automobile et du pétrole, cette résistance silencieuse mais tenace contre l’emprise des lobbies et des multinationales. Il est, depuis son invention, un symbole de l’émancipation des classes populaires, des ouvriers qui l’utilisaient pour se rendre à l’usine, des suffragettes qui l’ont adopté comme outil de leur combat pour l’égalité. Et voilà que ce même objet, ce même symbole de résistance, est détourné par l’un des plus fervents défenseurs de l’ordre établi. Praud, en pédalant, ne célèbre pas la liberté – il la domestique, il la neutralise, il en fait un accessoire de plus dans sa panoplie de bonimenteur médiatique. C’est cela, le génie du système néolibéral : il absorbe tout, même ce qui le conteste, et le transforme en produit de consommation, en spectacle, en divertissement. Le vélo de Praud, c’est la preuve ultime que rien n’échappe à la logique du marché, pas même les symboles les plus rebelles.

Et que dire de ce public, ce bon peuple de France qui regarde, amusé ou indigné, cette pitrerie cathodique ? Car c’est là que réside la véritable tragédie de notre époque : nous sommes devenus des spectateurs passifs de notre propre aliénation. Nous rions, nous critiquons, nous partageons des memes sur les réseaux sociaux, mais nous ne faisons rien. Nous sommes comme ces Romains des derniers jours de l’Empire, assis dans les gradins du Colisée, regardant les gladiateurs s’entretuer pour notre divertissement, tandis que les barbares frappent déjà aux portes de la cité. Praud à vélo, c’est notre gladiateur moderne, un bouffon tragique qui nous distrait de l’effondrement en cours. Et nous, nous applaudissons, nous sifflons, nous zappons, mais nous ne bougeons pas. Nous sommes complices, par notre passivité, de cette grande mascarade. Comme l’écrivait Kafka : « Le mensonge est devenu ordre du monde, et nous y participons tous, même ceux qui le combattent. »

Mais il y a pire encore. En se mettant en scène à vélo, Praud ne se contente pas de récupérer un symbole – il participe à une entreprise plus vaste, plus insidieuse : la dépolitisation de tout. Le vélo, dans son geste, n’est plus un outil de transformation sociale, mais un simple accessoire, un gadget, une mode. Il devient l’équivalent écologique des baskets de luxe ou des montres connectées : un objet de consommation comme un autre, un marqueur social, une façon de se distinguer sans jamais remettre en cause les fondements du système. Praud, en pédalant, ne milite pas pour une société plus juste, plus durable – il milite pour lui-même, pour son image, pour sa marque personnelle. Il est l’incarnation parfaite de cette nouvelle aristocratie médiatique, cette caste de commentateurs qui ont remplacé les intellectuels, ces bateleurs qui monopolisent le débat public sans jamais proposer autre chose que des slogans et des postures. Comme le disait Adorno : « La culture de masse est la barbarie organisée. » Et Praud, avec son vélo, en est l’un des plus zélés organisateurs.

Alors, que faire ? Faut-il rire, pleurer, ou simplement tourner la page ? La réponse, mes chers contemporains, est plus simple qu’il n’y paraît : il faut résister. Résister à cette entreprise de dépolitisation, résister à cette logique du spectacle, résister à cette tentation de tout transformer en divertissement. Le vélo de Praud n’est pas qu’une anecdote – c’est un symptôme. Un symptôme de notre époque, de notre lâcheté collective, de notre incapacité à penser au-delà des apparences. Mais il est aussi une invitation. Une invitation à nous réapproprier les symboles, à leur redonner leur sens originel, à refuser qu’ils soient détournés par les marchands de soupe idéologique. Le vélo, après tout, reste un outil de liberté. À nous de l’utiliser pour autre chose que des selfies ou des performances médiatiques. À nous de pédaler, non pas pour la caméra, mais pour la révolution. Car, comme le disait Camus : « La vraie générosité envers l’avenir consiste à tout donner au présent. »

Et si nous donnions tout, justement ? Si nous refusions de jouer le jeu de Praud et de ses semblables ? Si nous cessions d’être des spectateurs pour redevenir des acteurs ? Le vélo, dans cette perspective, n’est plus un accessoire – il devient une arme. Une arme contre l’apathie, contre la résignation, contre cette société du spectacle qui nous vole jusqu’à notre capacité à penser. Alors, pédalons. Mais pédalons pour de vrai. Pas pour la galerie, pas pour les likes, pas pour les applaudissements. Pédalons pour changer le monde. Car, au fond, c’est cela, la seule réponse possible à la mascarade de Praud : ne pas lui laisser le dernier mot. Ne pas lui laisser le monopole des symboles. Et surtout, ne pas lui laisser croire qu’il peut tout récupérer, tout domestiquer, tout transformer en produit de consommation. Le vélo, comme la liberté, comme la justice, ne se négocie pas. Il se prend.

Analogie finale : Imaginez un instant que vous êtes au bord d’un fleuve immense, un de ces fleuves qui charrient les débris de civilisations entières, les épaves des rêves brisés, les cadavres des illusions perdues. Sur l’autre rive, une foule immense, bruyante, gesticulante, se presse autour d’un homme juché sur un vélo doré. Cet homme, c’est Praud, ou du moins son double mythologique, un bateleur qui harangue la foule, leur promettant monts et merveilles s’ils acceptent de traverser le fleuve sur son vélo magique. Certains, fascinés par l’éclat de l’or, se jettent à l’eau, croyant pouvoir marcher sur les flots. D’autres, plus prudents, restent sur la berge, mais ne font rien pour empêcher les fous de se noyer. Et puis, il y a ceux qui, silencieux, regardent le fleuve et comprennent enfin : le vélo doré n’est qu’un leurre, une illusion destinée à masquer l’absence de pont, l’absence de tout passage vers l’autre rive. Alors, ils se mettent à construire, patiemment, avec les débris que le fleuve a rejetés sur la berge, un radeau. Un radeau fait de planches pourries, de cordes usées, de clous rouillés – mais un radeau tout de même. Et tandis que la foule, sur l’autre rive, continue de s’agglutiner autour du vélo doré, eux, ils embarquent. Ils savent que le fleuve est dangereux, que les courants sont traîtres, que les tempêtes peuvent les engloutir. Mais ils savent aussi une chose : rester sur la berge, c’est mourir à petit feu. Alors, ils rament. Pas pour l’or, pas pour la gloire, pas pour les applaudissements. Ils rament pour la simple raison qu’il n’y a pas d’autre choix. Et c’est ainsi, dans le silence obstiné de ceux qui refusent de se laisser distraire, que se construit, lentement mais sûrement, une autre histoire.



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