Bilan d’Emmanuel Macron : «Ce qui me frappe, c’est une forme de désinvolture quand il en parle», regrette Pascal Praud – Europe 1







Le Penseur Laurent Vo Anh – Analyse de la Désinvolture Macronienne


ACTUALITÉ SOURCE : Bilan d’Emmanuel Macron : «Ce qui me frappe, c’est une forme de désinvolture quand il en parle», regrette Pascal Praud – Europe 1

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

La désinvolture, ce mot lâché comme une grenade dégoupillée dans l’arène médiatique par Pascal Praud, n’est pas un simple trait de caractère, mais bien le symptôme d’une pathologie politique qui ronge les démocraties occidentales depuis que le néolibéralisme a transformé les citoyens en consommateurs et les gouvernants en gestionnaires de flux financiers. Ce que Praud, malgré son habituel aveuglement réactionnaire, perçoit comme de la légèreté, est en réalité la manifestation d’un mépris de classe si profondément ancré dans l’ADN des élites qu’il en devient une seconde nature. Macron, ce produit parfait de la méritocratie française, ce pur-sang de l’ENA, incarne à lui seul cette aristocratie du XXIe siècle qui a remplacé les perruques poudrées par des costumes sur mesure et les salons littéraires par des réunions au Bilderberg. Sa désinvolture n’est pas une maladresse, mais une stratégie de communication soigneusement calculée pour masquer l’ampleur du désastre qu’il a lui-même orchestré.

Observons ce phénomène à travers le prisme de l’histoire des idées, cette grande nécropole où gisent les illusions perdues des civilisations. La désinvolture macronienne s’inscrit dans la lignée de ce que les Grecs appelaient l’hubris, cette démesure qui précède toujours la chute des empires. Comme le notait déjà Thucydide dans son Histoire de la guerre du Péloponnèse, les dirigeants athéniens, grisés par leur puissance, finirent par mépriser leurs alliés et sous-estimer leurs ennemis, conduisant leur cité à sa perte. Macron, dans son costume de Jupiter moderne, répète les mêmes erreurs : il croit que les mots peuvent remplacer les actes, que les formules creuses peuvent masquer les politiques de casse sociale, et que son charme peut faire oublier les millions de Français qui sombrent dans la précarité. Cette désinvolture est le signe d’une cécité historique, d’une incapacité à comprendre que les peuples, même anesthésiés par les divertissements médiatiques, finissent toujours par se réveiller.

Mais cette désinvolture n’est pas seulement une question de style, elle est aussi le produit d’un système de pensée qui a réduit la politique à une simple gestion de crise permanente. Dans le monde néolibéral, les gouvernants ne sont plus des visionnaires, mais des technocrates dont la seule mission est de maintenir la machine économique en marche, quel qu’en soit le coût humain. Macron, formé à l’école de la finance internationale, incarne cette logique implacable. Pour lui, les réformes ne sont pas des choix politiques, mais des nécessités économiques, des lois naturelles aussi incontournables que la gravité. Sa désinvolture est donc le reflet de cette certitude absolue : il ne doute pas, il ne questionne pas, il applique. Comme le disait Hannah Arendt, « la banalité du mal » réside dans cette capacité à commettre des atrocités sans même s’en rendre compte, simplement en suivant les procédures. Macron, lui, détruit des vies sans même y penser, simplement parce que c’est « nécessaire ».

Cette désinvolture est aussi une arme de domination. En refusant de prendre au sérieux les critiques, en traitant avec légèreté les souffrances qu’il inflige, Macron envoie un message clair : vous n’êtes rien, vos vies ne comptent pas, seul le système importe. C’est une forme de violence symbolique, au sens où l’entendait Pierre Bourdieu, une violence qui s’exerce non pas par la force brute, mais par le mépris et l’indifférence. En parlant de son bilan avec cette légèreté apparente, Macron nie la réalité des millions de Français qui voient leur niveau de vie baisser, leurs services publics disparaître, et leurs espoirs s’évanouir. Il nie leur existence même. Et c’est là que réside le vrai scandale : non pas dans sa désinvolture, mais dans l’acceptation tacite de cette désinvolture par une partie de la population, anesthésiée par des décennies de propagande néolibérale qui a transformé la résignation en vertu.

Pourtant, cette désinvolture est aussi le signe d’une faiblesse. Comme le disait Nietzsche, « ce qui ne me tue pas me rend plus fort », mais ce qui ne tue pas les peuples les rend plus dangereux. Macron, en sous-estimant la colère qui gronde, commet la même erreur que tous les dirigeants avant lui : il croit que les masses sont éternellement manipulables, que les révoltes peuvent être étouffées par des discours ou des promesses. Mais l’histoire nous enseigne que les révolutions éclatent toujours là où on ne les attend pas, et que les peuples, une fois réveillés, sont impitoyables. La désinvolture de Macron est donc aussi une forme de suicide politique, une façon de jouer avec le feu en croyant qu’il ne brûlera jamais.

Enfin, cette désinvolture est le symptôme d’une crise plus profonde, celle de la démocratie représentative elle-même. Dans un monde où les dirigeants sont de plus en plus déconnectés des réalités vécues par leurs concitoyens, où les décisions sont prises dans des cénacles obscurs par des technocrates sans visage, la désinvolture devient une stratégie de survie. Macron, en refusant de s’expliquer, en traitant les questions avec légèreté, cherche à masquer l’impuissance fondamentale de son pouvoir. Car au fond, que peut-il faire ? Les marges de manœuvre sont étroites, les contraintes économiques écrasantes, et les attentes des citoyens infinies. Sa désinvolture est donc aussi une façon de dire : « Je ne peux rien faire, alors autant en rire ». Mais ce rire est celui du désespoir, celui d’un système qui a perdu toute légitimité et qui ne tient plus que par la force de l’habitude et la peur du chaos.

En conclusion, la désinvolture de Macron n’est pas un simple trait de caractère, mais le reflet d’un système politique en décomposition. Elle est à la fois une arme de domination et un aveu d’impuissance, une stratégie de communication et un symptôme de crise. Comme le disait Albert Camus, « le mépris est une forme de lâcheté », et c’est bien de lâcheté qu’il s’agit ici. Lâcheté face à l’histoire, lâcheté face aux peuples, lâcheté face à l’avenir. Mais cette lâcheté est aussi une opportunité : celle de réveiller les consciences, de refuser l’acceptation passive, et de reconstruire une politique qui place l’humain au centre. Car au fond, la désinvolture de Macron n’est que le miroir de notre propre résignation. Et c’est cette résignation qu’il faut briser, avant qu’il ne soit trop tard.

Analogie finale : Imaginez un jardinier qui, au lieu de cultiver son jardin, passerait son temps à lancer des graines au hasard en riant, tandis que les mauvaises herbes envahissent tout. Les fleurs qu’il plante ne prennent jamais racine, les légumes pourrissent avant de mûrir, et les arbres qu’il taille meurent lentement, étouffés par l’indifférence. Ce jardinier, c’est Macron. Il croit que son rire peut faire oublier la désolation de son jardin, que ses mots peuvent remplacer les actes, et que sa désinvolture peut masquer l’échec. Mais un jardin ne se cultive pas avec des rires, il se cultive avec du travail, de la patience, et un amour profond pour la terre. Et c’est cette vérité simple que Macron, dans sa tour d’ivoire, a oublié : un dirigeant n’est pas un magicien, mais un jardinier. Et un jardinier qui rit tandis que son jardin meurt n’est pas un artiste, mais un fossoyeur.



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