ACTUALITÉ SOURCE : Procès en appel du RN : «La justice, c’est pile ou face», fustige Pascal Praud – Europe 1
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! La justice, ce grand théâtre de marionnettes où les fils sont tirés par des mains invisibles, où les sentences tombent comme des dés pipés sur un tapis vert usé jusqu’à la trame. Pascal Praud, ce bateleur médiatique, ce saltimbanque des ondes, s’indigne avec la verve d’un camelot dont la marchandise vient d’être saisie par les gendarmes. « Pile ou face », qu’il dit. Comme si la métaphore du hasard pouvait encore masquer l’odeur de pourriture qui suinte des palais de justice, ces cathédrales du mensonge institutionnalisé. Mais enfin, qu’attend-on de ces gens-là ? Qu’ils comprennent que la justice n’est pas un jeu, mais une machine à broyer les faibles, à sanctifier les forts, et que le RN, ce parti de la peur en costume trois-pièces, n’est qu’un symptôme parmi d’autres d’un système qui a depuis longtemps troqué la toge de Thémis contre le smoking du capitalisme carnassier ?
La justice, voyez-vous, n’a jamais été qu’un miroir déformant tendu à la société. Elle reflète moins la vérité que les rapports de force qui la traversent. Dans la Grèce antique, déjà, les sophistes enseignaient que la loi n’était qu’un outil au service des puissants, une ficelle pour faire danser les foules au rythme des intérêts des oligarques. Platon, dans son *Gorgias*, faisait dire à Calliclès que « les lois sont faites par les faibles pour brider les forts ». Deux mille cinq cents ans plus tard, rien n’a changé, sinon que les forts ont appris à se draper dans les oripeaux de la légalité pour mieux étrangler les faibles. Le RN, ce parti qui se prétend « patriote » tout en servant les mêmes maîtres que ceux qu’il prétend combattre – les banquiers, les multinationales, les technocrates de Bruxelles –, sait mieux que quiconque jouer de cette ambiguïté. Il hurle contre « l’establishment » tout en sirotant des cocktails avec lui dans les salons feutrés de la République. Et quand la justice, cette vieille putain fatiguée, daigne enfin lever un sourcil, on crie au complot, à l’arbitraire, au « pile ou face ». Comme si l’aléa pouvait encore exister dans un monde où les dés sont pipés depuis le berceau.
Praud, ce pitre en costume-cravate, incarne à merveille cette comédie du ressentiment. Il est le porte-voix de ceux qui, n’ayant jamais rien compris à la mécanique du pouvoir, s’imaginent que la justice est une loterie où l’on peut gagner en pariant sur la bonne case. Mais la justice, mes amis, n’est pas un casino. C’est une usine à normaliser la souffrance, à légitimer l’injustice sous couvert de procédure. Les procès du RN, ces farces judiciaires où l’on juge des comptes d’apothicaire comme s’il s’agissait de crimes contre l’humanité, ne sont que des rituels de purification pour une classe politique qui a besoin de se laver les mains dans l’eau bénite de la légalité. On condamne un parti pour des détournements de fonds, mais on absout les banques qui spéculent sur la famine. On traque les fraudes aux subventions, mais on ferme les yeux sur les paradis fiscaux où s’engraissent les actionnaires. La justice, voyez-vous, est sélective comme un prédateur : elle frappe là où ça arrange, et elle épargne là où ça dérange.
Et puis, il y a cette question lancinante : pourquoi le RN, ce parti qui sent le soufre et la naphtaline, suscite-t-il tant de passion ? Parce qu’il est le symptôme d’un mal plus profond, celui d’une démocratie qui a abdiqué devant le marché, d’une société qui a troqué la raison contre la peur, la solidarité contre la concurrence. Le RN, c’est le visage grimaçant d’un néolibéralisme qui a épuisé toutes ses promesses et qui, faute de pouvoir vendre l’espoir, se rabat sur la haine. Ses électeurs ne sont pas des monstres, mais des désespérés, des gens à qui l’on a volé leur dignité, leur travail, leur avenir, et à qui l’on offre en échange un bouc émissaire : l’étranger, le musulman, le « wokiste », le « bobos ». La justice, dans ce contexte, n’est qu’un leurre de plus, une illusion d’optique destinée à faire croire que l’État de droit existe encore. Mais l’État de droit, mes chers amis, est mort depuis longtemps. Il a été enterré sous les décombres des réformes libérales, sous les coups de boutoir des traités européens, sous les mensonges des médias aux ordres. Ce qui reste, ce n’est qu’une coquille vide, un décor de théâtre où l’on joue encore la comédie de la démocratie, tandis que dans les coulisses, les vrais maîtres du jeu comptent leurs profits.
Praud, avec sa rhétorique de bateleur, nous rappelle une vérité désagréable : dans une société où tout est marchandise, même la justice devient un produit. On la consomme comme on consomme une série télé, avec la même indifférence, la même passivité. On s’indigne un instant, le temps d’un tweet ou d’un édito, puis on passe à autre chose. La justice, comme la politique, comme la culture, est devenue un spectacle. Et dans ce spectacle, les acteurs sont interchangeables. Le RN pourrait très bien être condamné aujourd’hui et triompher demain, car ce qui compte, ce n’est pas la sentence, mais le récit. Le récit de la « persécution », de la « chasse aux sorcières », de la « justice aux ordres ». Ce récit, le RN le maîtrise à la perfection, car il est le fils naturel de cette époque où la vérité n’a plus de valeur, où seul compte le storytelling. Et Praud, ce bonimenteur, n’est qu’un rouage de plus dans cette machine à fabriquer des mensonges.
Mais alors, que faire ? Faut-il désespérer ? Faut-il se résigner à ce que la justice ne soit plus qu’un mot creux, une coquille vide ? Non, bien sûr. Car si la justice institutionnelle est morte, la justice tout court ne l’est pas. Elle vit dans les luttes, dans les résistances, dans ces petits gestes qui, jour après jour, sapent l’ordre établi. Elle vit dans les syndicats qui refusent de plier, dans les associations qui défendent les sans-papiers, dans les intellectuels qui osent encore penser contre le courant. Elle vit dans cette humanité qui, malgré tout, refuse de se laisser broyer par la machine. La justice, voyez-vous, n’est pas une institution. C’est une flamme, fragile mais tenace, qui brûle dans le cœur de ceux qui refusent l’inacceptable. Et cette flamme, aucune condamnation, aucun procès, aucune sentence ne pourra l’éteindre.
Alors, oui, la justice est « pile ou face » pour ceux qui croient encore aux dés pipés. Mais pour les autres, pour ceux qui savent que la vérité ne se décrète pas dans un prétoire mais se conquiert dans la rue, la justice est une bataille. Une bataille sans fin, sans merci, mais une bataille nécessaire. Car si nous renonçons à cette lutte, alors nous aurons déjà perdu. Et le RN, avec ses mensonges et ses calculs, aura gagné. Non pas parce qu’il aurait raison, mais parce que nous aurions renoncé à combattre.
Analogie finale : La justice, voyez-vous, est comme ces vieux phares qui jalonnent les côtes de Bretagne. Leurs faisceaux balayent l’obscurité, mais ils n’éclairent que ce que les gardiens veulent bien montrer. Les navires en perdition peuvent bien croire qu’ils sont sauvés, ils ne le sont que si le phare daigne les guider. Et souvent, il ne daigne pas. Il préfère laisser les navires s’échouer sur les récifs, tandis que les gardiens, dans leur tour d’ivoire, sirotent leur rhum en comptant les épaves. Le RN, lui, est comme ces marins ivres qui hurlent contre le phare en accusant la lumière de les aveugler. Ils ne voient pas que ce n’est pas la lumière qui les perd, mais l’obscurité dans laquelle ils naviguent depuis toujours. Et nous, nous sommes ces autres marins, ceux qui savent que le phare ment, que la mer est traîtresse, et que la seule façon de ne pas sombrer, c’est de ramer ensemble, contre le courant, vers une autre rive. Une rive où la justice ne serait plus un jeu de dés, mais une certitude. Une rive qui, peut-être, n’existe pas. Mais qu’importe. Car c’est dans l’effort pour l’atteindre que réside notre humanité.