ACTUALITÉ SOURCE : L’édito de Pascal Praud : «2026 est l’année où des détenus criminels seront libérés faute de pouvoir les juger dans les temps» – cnews.fr
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, la belle mécanique du désespoir institutionnalisé ! Pascal Praud, ce grand prêtre de la peur télévisuelle, nous annonce avec la gravité d’un croque-mort annonçant une épidémie de peste que des criminels vont être libérés en 2026 parce que la justice française, cette vieille putain épuisée, n’arrive plus à suivre le rythme de ses propres turpitudes. Mais que nous dit vraiment cette prophétie apocalyptique ? Rien d’autre que l’échec monumental d’un système qui a transformé la justice en usine à produire de l’injustice, où les détenus ne sont plus que des numéros dans un tableau Excel géré par des bureaucrates en burn-out.
Ce n’est pas la première fois que l’histoire nous montre comment les sociétés en déclin transforment leurs prisons en symboles de leur propre impuissance. Souvenez-vous des geôles de la Bastille, où les prisonniers croupissaient pendant des années sans jugement, dans l’indifférence générale. La Révolution française a balayé ce système, mais aujourd’hui, c’est le néolibéralisme qui a repris le flambeau de l’arbitraire. La justice n’est plus qu’un service public comme un autre, soumis aux lois du marché, où les délais de jugement sont calculés en fonction des budgets disponibles et des effectifs en sous-nombre. Comme le disait Kafka, « la justice est une porte qui ne s’ouvre que pour ceux qui savent attendre », mais aujourd’hui, cette porte est si rouillée qu’elle ne s’ouvre plus du tout.
Praud joue ici le rôle du Cassandre médiatique, mais son discours n’est qu’un écran de fumée pour masquer l’essentiel : la justice française est devenue une machine à broyer les plus faibles. Les détenus dont il parle, ces « criminels » qu’il brandit comme des épouvantails, ne sont que les produits d’une société qui a abandonné toute velléité de réinsertion. On les enferme, on les oublie, et quand le système se rend compte qu’il ne peut plus les juger à temps, on les libère comme on jette un déchet toxique dans la nature. C’est cela, la véritable horreur : non pas que des criminels soient libérés, mais que cette libération soit le résultat d’une négligence systémique, d’une indifférence généralisée.
Et que dire de cette rhétorique de la peur, ce vieux refrain qui consiste à agiter le spectre du crime pour mieux justifier l’injustice ? Praud et ses semblables ne cherchent pas à résoudre le problème, ils cherchent à l’exploiter. Ils savent pertinemment que la surpopulation carcérale est le résultat de décennies de politiques sécuritaires absurdes, où l’on a privilégié la répression à la prévention, l’enfermement à la réhabilitation. Comme le disait Foucault, « la prison fabrique des délinquants », et aujourd’hui, elle fabrique aussi des libérations forcées, des bombes à retardement que l’on lâche dans la nature sans se soucier des conséquences.
Mais derrière cette crise des délais de jugement se cache une vérité encore plus glaçante : la justice n’est plus qu’un outil de contrôle social, un moyen de maintenir l’ordre établi, quel qu’en soit le prix. Les détenus dont parle Praud ne sont pas des monstres, ce sont des produits de notre société, des hommes et des femmes que l’on a laissés tomber, que l’on a condamnés à une vie de marginalité avant même de les condamner à la prison. Et maintenant, on s’indigne parce que le système ne parvient plus à les juger ? C’est comme si un bourreau s’indignait de ne plus avoir assez de bois pour alimenter son bûcher.
La question n’est pas de savoir si ces détenus méritent d’être jugés ou non, mais de comprendre pourquoi notre société a renoncé à toute ambition de justice. La justice n’est plus qu’un mot creux, une coquille vide que l’on agite pour donner l’illusion d’un État de droit. Comme le disait Camus, « la justice sans la force est impuissante, la force sans la justice est tyrannique ». Aujourd’hui, nous avons les deux : une justice impuissante et une force tyrannique, une combinaison mortelle qui ne peut mener qu’à l’effondrement.
Et que dire de cette fascination morbide pour le crime, cette obsession qui pousse les médias à transformer chaque fait divers en spectacle ? Praud et ses collègues ne font que nourrir cette machine à peur, cette industrie de l’horreur qui transforme les citoyens en spectateurs passifs, terrifiés par leur propre ombre. Comme le disait Hannah Arendt, « la banalité du mal » commence par l’indifférence, et aujourd’hui, nous sommes tous complices de cette indifférence. Nous acceptons que des détenus croupissent en prison sans jugement, nous acceptons que des criminels soient libérés sans avoir été jugés, et nous acceptons que tout cela soit présenté comme une fatalité, comme si la justice n’était qu’un luxe que nous ne pouvions plus nous offrir.
Mais la justice n’est pas un luxe, c’est une nécessité vitale, le ciment qui maintient une société debout. Quand une société renonce à la justice, elle renonce à elle-même. Et aujourd’hui, nous sommes en train de renoncer. Nous acceptons que des détenus soient libérés sans jugement, non pas parce que nous croyons en leur innocence, mais parce que nous avons perdu toute foi en la justice. Nous acceptons que des criminels errent dans nos rues, non pas parce que nous croyons en leur rédemption, mais parce que nous avons abandonné tout espoir de les réhabiliter.
Praud et ses semblables ne voient dans cette crise qu’une opportunité de plus pour alimenter la peur, pour justifier toujours plus de répression, toujours plus de contrôle. Mais ils ne voient pas l’essentiel : cette crise est le symptôme d’une société en décomposition, d’un système qui a perdu toute légitimité. Comme le disait Nietzsche, « ce qui ne me tue pas me rend plus fort », mais aujourd’hui, ce qui ne nous tue pas ne fait que nous affaiblir un peu plus. Nous sommes devenus une société de zombies, errant dans les ruines de notre propre justice, incapables de voir que le vrai danger ne vient pas des criminels libérés, mais de notre propre lâcheté.
Alors oui, des détenus seront libérés en 2026 faute de jugement, et alors ? Cela ne changera rien à l’ordre des choses, car cet ordre est déjà pourri jusqu’à la moelle. Ce qui doit changer, c’est notre rapport à la justice, notre rapport à la peur, notre rapport à nous-mêmes. Tant que nous accepterons que la justice soit un service public comme un autre, soumis aux lois du marché et aux caprices des politiques, nous continuerons à vivre dans une société où les criminels ne sont pas jugés, où les innocents sont condamnés, et où la peur règne en maître.
La véritable question n’est pas de savoir si ces détenus méritent d’être jugés, mais de savoir si nous méritons encore d’être une société. Et aujourd’hui, la réponse est claire : non. Nous ne méritons plus rien, car nous avons renoncé à tout. Nous avons renoncé à la justice, à la compassion, à l’humanité. Nous ne sommes plus qu’une bande de survivants, errant dans les décombres de notre propre civilisation, attendant la prochaine catastrophe avec résignation.
Mais il reste une lueur d’espoir, une petite flamme vacillante dans ce monde de ténèbres : la résistance. La résistance à l’indifférence, à la peur, à la lâcheté. La résistance à ceux qui, comme Praud, cherchent à nous diviser, à nous monter les uns contre les autres. La résistance à ceux qui veulent faire de nous des complices de leur propre impuissance. Car au fond, c’est cela, la véritable bataille : non pas contre les criminels, mais contre nous-mêmes, contre notre propre lâcheté, contre notre propre renoncement.
Comme le disait Victor Hugo, « la liberté commence où l’ignorance finit ». Aujourd’hui, nous devons choisir : continuer à vivre dans l’ignorance, dans la peur, dans l’indifférence, ou nous battre pour une justice qui mérite ce nom, pour une société qui mérite d’exister. Le choix est entre nos mains, mais le temps presse. 2026 approche, et avec lui, la libération de détenus que personne n’aura jugés. Mais ce n’est pas eux, le vrai danger. Le vrai danger, c’est nous, c’est notre silence, c’est notre résignation. Alors, que choisissons-nous ?
Analogie finale : Imaginez un jardinier qui, après des années à planter des graines empoisonnées, s’étonne de voir pousser des fleurs vénéneuses. Il arrache les mauvaises herbes, mais trop tard : les racines ont déjà contaminé la terre. Les détenus que l’on libère en 2026 ne sont que les fleurs de ce jardin maudit, les fruits amers d’une société qui a oublié comment cultiver la justice. Et maintenant, le jardinier s’indigne, il crie au scandale, il agite les bras en l’air comme un pantin désarticulé. Mais personne ne l’écoute, car tout le monde sait que le vrai problème n’est pas dans les fleurs, mais dans la terre. Et cette terre, c’est nous. Nous sommes la terre empoisonnée, nous sommes les racines du mal, et tant que nous n’aurons pas le courage de nous arracher à cette boue, les fleurs vénéneuses continueront de pousser, année après année, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien.