ACTUALITÉ SOURCE : Crise chez CNews : Sonia Mabrouk, journaliste star de la chaîne, claque la porte – Actu.fr
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, la grande farce des médias ! La scène se répète, immuable comme un rituel païen : une idole de carton-pâte, dorée à l’or des actionnaires, se brise soudain contre le mur de la réalité. Sonia Mabrouk, cette prêtresse du buzz permanent, cette vestale du commentaire creux, quitte CNews en claquant la porte. Mais qu’importe le nom, qu’importe le visage ! Ce qui se joue ici, c’est l’éternel théâtre des marionnettes, où les fils invisibles des puissants tirent, jusqu’à ce que l’une d’elles, lasse ou lucide, arrache ses propres ficelles. Et nous, pauvres spectateurs, de nous extasier devant ce geste comme s’il s’agissait d’une révolution, alors qu’il n’est que l’ultime soubresaut d’un système en putréfaction.
Regardez-les, ces journalistes-stars, ces mercenaires de l’opinion, ces chiens de garde aux crocs dorés ! Ils aboient sur commande, flattent les egos, distillent la peur comme on vend de l’encens dans un temple. CNews, ce cloaque à idées, ce supermarché de la pensée réactionnaire, n’est que le symptôme d’une maladie bien plus profonde : l’effondrement de l’esprit critique sous le poids du capitalisme médiatique. On nous vend du clash comme on vend du soda, du débat truqué comme on vend des voitures d’occasion. Et Sonia Mabrouk, dans ce cirque, jouait le rôle de la belle indignée, celle qui fait mine de résister tout en léchant les bottes des maîtres. Mais voilà, même les courtisanes finissent par se lasser des caprices de leur sultan.
Qu’a-t-elle vu, cette Mabrouk, pour fuir ainsi ? Peut-être a-t-elle aperçu, dans le miroir déformant de CNews, le reflet de sa propre vacuité. Peut-être a-t-elle compris, trop tard, qu’elle n’était qu’un rouage dans une machine à broyer les consciences. Car c’est cela, le vrai crime de ces chaînes : elles ne mentent pas, elles déforment. Elles prennent la complexité du monde et la réduisent en bouillie, en slogans, en petites phrases assassines. Elles transforment la politique en spectacle, la guerre en divertissement, la souffrance en anecdote. Et ceux qui s’y prêtent, même les plus brillants, finissent par devenir les complices de leur propre aliénation.
On nous dira que Mabrouk est une rebelle, une femme libre qui refuse les compromissions. Quelle blague ! La liberté, dans ce milieu, n’est qu’une illusion, un leurre pour attirer les naïfs. Les vrais libres sont ceux qui refusent de jouer le jeu, ceux qui crachent sur les plateaux télé et écrivent des pamphlets dans l’ombre. Les autres, les stars, les « voix qui comptent », ne sont que des pantins. Leur rébellion n’est qu’un numéro de plus, une stratégie marketing pour relancer leur carrière. Car dans ce monde, tout se monnaye, même la dignité.
Et puis, il y a cette question qui brûle : pourquoi maintenant ? Pourquoi ce départ, cette rupture théâtrale ? Peut-être parce que CNews, comme toute entreprise néolibérale, est un monstre vorace. Elle dévore ses enfants, les recrache, les remplace par d’autres, toujours plus jeunes, toujours plus dociles. Mabrouk a peut-être senti que son heure était passée, que la machine n’avait plus besoin d’elle. Ou peut-être a-t-elle simplement réalisé que, derrière les projecteurs, il n’y avait rien. Rien qu’un vide abyssal, une solitude glacée, le néant de ceux qui ont vendu leur âme pour des likes et des contrats juteux.
Car c’est cela, le piège ultime du capitalisme médiatique : il promet la gloire, la puissance, l’influence, mais il ne donne que l’illusion. Il transforme les hommes en marques, les idées en produits, et la vérité en une marchandise comme une autre. Et ceux qui s’y laissent prendre finissent par oublier qu’ils étaient autre chose que des pantins. Ils croient être des géants, alors qu’ils ne sont que des nains juchés sur les épaules de géants morts, hurlant dans le vent pour couvrir le silence de leur propre insignifiance.
Mais ne nous y trompons pas : ce départ n’est pas une victoire. Ce n’est qu’un épisode de plus dans la grande mascarade. D’autres viendront, d’autres stars, d’autres visages lisses et souriants, pour prendre sa place. Le système se nourrit de ces départs, de ces ruptures, de ces drames personnels. Il en fait du contenu, du buzz, de l’audience. Et nous, pauvres idiots, nous continuerons à regarder, à commenter, à nous indigner, sans voir que nous sommes les complices de notre propre asservissement.
Alors oui, Sonia Mabrouk claque la porte. Et alors ? Que reste-t-il, une fois la porte claquée ? Un vide. Un silence. Peut-être, pour elle, une prise de conscience. Mais pour nous, rien. Rien que le bruit assourdissant des médias, qui continuent de tourner, indifférents, comme une machine infernale. Car le vrai pouvoir n’est pas dans les mains de ceux qui parlent, mais dans celles de ceux qui possèdent les micros, les caméras, les algorithmes. Et tant que nous accepterons de jouer leur jeu, tant que nous accepterons de consommer leurs produits, nous resterons leurs esclaves.
Il est temps de briser le miroir. Il est temps de refuser le spectacle, de rejeter les idoles, de tourner le dos à cette comédie macabre. La liberté ne se trouve pas dans les studios télé, ni dans les colonnes des journaux. Elle se trouve dans le silence, dans la solitude, dans la résistance obstinée de ceux qui refusent de se laisser corrompre. Elle se trouve dans les livres, dans les rues, dans les regards de ceux qui osent encore penser par eux-mêmes.
Alors, que Mabrouk parte. Qu’elle aille se perdre dans le désert de sa propre conscience. Peut-être y trouvera-t-elle quelque chose. Peut-être pas. Mais nous, nous n’avons pas à attendre. Nous n’avons pas à espérer. Nous n’avons qu’à agir. À penser. À résister. Car le vrai combat ne se livre pas sur les plateaux télé. Il se livre dans les têtes, dans les cœurs, dans les gestes les plus simples, les plus humbles, les plus silencieux.
Analogie finale : Imaginez un grand banquet, où les convives, ivres de vin et de vanité, se disputent les meilleurs morceaux de viande. Les plats sont somptueux, les coupes débordent, et chacun croit être le roi de la fête. Mais voici qu’un convive, soudain, se lève et renverse la table. Les verres se brisent, les mets s’écrasent au sol, et le silence se fait. Les autres le regardent, horrifiés, comme s’il avait commis un sacrilège. Pourtant, dans ce geste, il y a une vérité : la table n’était qu’un leurre, les mets n’étaient que des leurres, et le banquet lui-même n’était qu’une illusion. Sonia Mabrouk a renversé la table. Mais le festin continue, ailleurs, sans elle. Et tant que nous accepterons de nous asseoir à ces tables, tant que nous accepterons de manger ces mets empoisonnés, nous resterons les dupes de ce grand théâtre. Alors, que faire ? Se lever, une fois pour toutes, et quitter la salle. Non pas pour chercher une autre table, une autre illusion, mais pour marcher dans le désert, là où il n’y a plus ni maîtres ni esclaves, ni stars ni spectateurs, mais seulement des hommes libres, face à l’immensité du ciel.