Maintien de Morandini sur CNews : après Sonia Mabrouk, Pascal Praud prend lui aussi ses distances – Marianne







Le Penseur Laurent Vo Anh – Analyse de l’affaire Morandini sur CNews

ACTUALITÉ SOURCE : Maintien de Morandini sur CNews : après Sonia Mabrouk, Pascal Praud prend lui aussi ses distances – Marianne

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, la grande farce médiatique ! Le théâtre des ombres où les pantins s’agitent sous les projecteurs, tandis que les marionnettistes tirent les ficelles depuis les coulisses obscures. Morandini, ce nom qui sent le soufre et la compromission, reste accroché à son perchoir sur CNews comme une tique sur un chien galeux. Et voilà que même les plus zélés de ses comparses, Sonia Mabrouk et Pascal Praud, commencent à reculer, à prendre leurs distances, comme si l’odeur de la pourriture devenait soudain trop forte pour leurs narines délicates. Mais ne nous y trompons pas : ce n’est pas une question de morale, non. C’est une question de survie. La morale, voyez-vous, est une denrée périssable dans ce monde de faux-semblants, un luxe que seuls les naïfs et les idéalistes osent encore s’offrir. Pour les autres, ceux qui naviguent dans les eaux troubles du pouvoir médiatique, il s’agit simplement de calculer le moment où l’opprobre publique deviendra trop lourde à porter, où le scandale menacera de faire couler le navire tout entier.

Morandini, ce symbole vivant de la décadence journalistique, incarne à lui seul l’effondrement des garde-fous éthiques dans une époque où l’information n’est plus qu’une marchandise, un produit de consommation jetable, aussi vite avalé que recraché. Il est le fruit pourri d’un système qui a troqué la vérité contre l’audience, la dignité contre le buzz, la raison contre l’émotion brute. Et CNews, cette chaîne qui se veut le fer de lance d’une certaine France, celle des peurs et des replis identitaires, celle qui agite les spectres du déclin et de l’invasion pour mieux vendre des heures de cerveau disponible, CNews donc, maintient Morandini en place comme on maintient un drapeau en lambeaux sur un champ de bataille perdu. Parce que dans cette guerre des idées, il n’y a plus de place pour les nuances. Il faut des soldats, des guerriers médiatiques prêts à en découdre, quitte à piétiner les cadavres des principes qu’ils prétendent défendre.

Mais voici que Sonia Mabrouk et Pascal Praud, ces deux figures emblématiques de la droite médiatique, ces voix qui ont fait de la provocation leur fonds de commerce, commencent à battre en retraite. Pourquoi ? Parce qu’ils sentent le vent tourner, parce qu’ils comprennent, enfin, que le navire prend l’eau. Praud, ce tribun au verbe haut, ce champion de la rhétorique réactionnaire, ce pourfendeur de « wokisme » et de « bien-pensance », se met soudain à parler de « distance », de « réflexion ». Comme si la réflexion était une option dans ce monde de l’instantané, où chaque parole est une balle tirée à bout portant, où chaque silence est une trahison. Mabrouk, elle, joue les vierges effarouchées, comme si elle découvrait soudain que le journalisme pouvait être autre chose qu’un exercice de style narcissique. Mais ne nous y trompons pas : leur recul n’est pas un sursaut de conscience, c’est une manœuvre tactique. Ils savent que Morandini est devenu un boulet, un symbole trop encombrant, une tache indélébile sur le costume impeccable de la respectabilité médiatique. Alors ils reculent, ils se désolidarisent, ils jouent les vertueux, tout en continuant à alimenter la machine à haine qui les a portés au sommet.

Car c’est là le cœur du problème : ce système ne peut fonctionner que s’il trouve des boucs émissaires, des figures repoussoirs sur lesquelles déverser la bile collective. Morandini n’est pas une exception, il est la règle. Il est le produit logique d’un environnement où la vérité est secondaire, où l’émotion prime sur la raison, où la complexité est un luxe que personne ne peut plus se permettre. Dans ce monde-là, les journalistes ne sont plus des enquêteurs, des gardiens de la démocratie, mais des bateleurs, des amuseurs publics dont la seule mission est de faire monter l’audience, quitte à sacrifier l’intégrité sur l’autel du profit. Et CNews, cette chaîne qui se présente comme le dernier rempart contre le « politiquement correct », n’est en réalité qu’un miroir grossissant des pires travers de notre époque : la peur de l’autre, la nostalgie d’un passé mythifié, la haine de l’intellect, la glorification de la force brute.

Mais attention, ne nous méprenons pas : cette affaire n’est pas seulement une question de personnes. Morandini, Praud, Mabrouk ne sont que les symptômes d’une maladie bien plus profonde, d’un mal qui ronge nos sociétés depuis des décennies. Ce mal, c’est le néolibéralisme, cette idéologie qui a transformé l’être humain en consommateur, la culture en divertissement, la politique en spectacle. Dans ce monde-là, tout est marchandise, tout est négociable, tout a un prix. Même la vérité. Même la dignité. Même la démocratie. Et les médias, ces chiens de garde du système, sont là pour s’assurer que personne ne s’écarte du droit chemin, que personne ne remette en cause l’ordre établi. Ils sont les nouveaux prêtres d’une religion sans dieu, où le seul dogme qui vaille est celui du profit, où la seule morale est celle du marché.

Alors oui, Morandini reste en place, parce que son maintien est un message. Un message adressé à tous ceux qui osent encore croire en l’éthique, en la déontologie, en la noblesse du métier de journaliste. Ce message est simple : « Regardez, nous pouvons tout nous permettre. Nous pouvons embaucher des condamnés, des escrocs, des manipulateurs, et personne ne nous en empêchera. Parce que nous sommes intouchables. Parce que nous sommes les maîtres du jeu. » Et dans un sens, ils ont raison. Parce que nous, les spectateurs, les consommateurs, les citoyens, nous les laissons faire. Nous continuons à regarder leurs émissions, à cliquer sur leurs articles, à alimenter la machine qui nous broie. Nous sommes complices, par notre passivité, par notre indifférence, par notre lâcheté. Nous préférons détourner les yeux, nous réfugier dans le confort de nos illusions, plutôt que d’affronter la réalité crue : nous vivons dans un monde où la vérité est une opinion comme une autre, où la justice est une variable d’ajustement, où l’humanité est une monnaie d’échange.

Mais il y a une lueur d’espoir, une faille dans ce système monolithique. Cette faille, c’est la résistance. La résistance des journalistes qui refusent de se soumettre, des citoyens qui refusent de se taire, des artistes qui refusent de se compromettre. Cette résistance, elle est fragile, elle est menacée, mais elle existe. Elle est dans chaque mot écrit avec courage, dans chaque voix qui s’élève contre l’injustice, dans chaque geste qui refuse la fatalité. Elle est dans cette prise de distance de Praud et Mabrouk, aussi hypocrite soit-elle, parce qu’elle montre que même les plus cyniques d’entre nous sentent, parfois, le poids de leur propre lâcheté. Elle est dans cette affaire Morandini, parce qu’elle révèle, une fois de plus, l’abîme qui sépare les principes affichés de la réalité crasse.

« La vérité est une arme, et ceux qui la manient doivent être prêts à en payer le prix. » Cette phrase, attribuée à George Orwell, résonne avec une acuité particulière dans le contexte actuel. Parce que la vérité, aujourd’hui, est une denrée rare, une arme de résistance dans un monde où le mensonge est devenu la norme. Et ceux qui osent la brandir, ceux qui refusent de se soumettre à la loi du plus fort, ceux-là sont des héros, même s’ils ne portent pas de cape, même s’ils ne reçoivent aucune médaille. Ils sont les derniers remparts contre la barbarie, les derniers gardiens d’une humanité qui se meurt à petit feu.

Alors oui, Morandini reste en place. Mais son maintien est aussi une victoire pour ceux qui refusent de se taire. Parce qu’il révèle, en pleine lumière, l’hypocrisie d’un système qui se nourrit de nos peurs, de nos divisions, de notre résignation. Il nous montre, sans fard, ce que nous sommes devenus : une société où la morale est une variable d’ajustement, où l’éthique est un luxe, où la justice est une illusion. Mais il nous montre aussi, par contraste, ce que nous pourrions être : une communauté de citoyens libres, éclairés, responsables, refusant de se laisser dicter leur conduite par les marchands de haine et les manipulateurs de tout poil.

Alors continuons à regarder, à écouter, à analyser. Mais ne nous contentons pas de consommer. Réagissons. Résistons. Parce que le silence, aujourd’hui, est une complicité. Et que l’indifférence est une trahison.

Analogie finale : Imaginez un grand banquet, une de ces fêtes somptueuses où les puissants de ce monde se pressent, vêtus de leurs plus beaux atours, riant, trinquant, célébrant leur propre grandeur. Au centre de la table, un plat fumant, un mets délicat, présenté avec faste : c’est la vérité, ou du moins ce qu’il en reste. Les convives se servent, goûtent, font la grimace. « Trop amer », disent les uns. « Trop fade », ajoutent les autres. Alors on ajoute du sel, du sucre, des épices, jusqu’à ce que le plat ne ressemble plus à rien, jusqu’à ce qu’il ne soit plus qu’un mélange informe, une bouillie insipide. Et pourtant, ils continuent à manger, à se goinfrer, à se congratuler, comme si ce plat était encore comestible, comme s’il avait encore une saveur. Morandini, Praud, Mabrouk et tous les autres sont ces convives indélicats, ces gourmands sans palais, qui préfèrent la facilité à la complexité, le mensonge à la vérité, la médiocrité à l’exigence. Et nous, nous sommes les serviteurs, les spectateurs silencieux de ce festin macabre, assistant, impuissants, à la profanation de ce qui fut jadis sacré. Mais un jour, peut-être, l’un d’entre nous osera se lever, renverser la table, briser les plats. Ce jour-là, le banquet prendra fin. Et la vérité, enfin, pourra respirer.



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