L’édito de Pascal Praud : «Les peines d’inéligibilité sont-elles une arme pour écarter des candidats ? Certains le disent, beaucoup le pensent» – cnews.fr







L’Inéligibilité ou l’Art Subtil de l’Étranglement Démocratique – Une Dissection par Le Penseur Laurent Vo Anh

ACTUALITÉ SOURCE : L’édito de Pascal Praud : «Les peines d’inéligibilité sont-elles une arme pour écarter des candidats ? Certains le disent, beaucoup le pensent» – cnews.fr

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, la démocratie ! Ce mot-valise, ce concept fourre-tout, cette coquille vide que l’on agite comme un hochet devant les masses endormies, tandis que les marionnettistes, dans l’ombre des palais et des prétoires, tirent les ficelles avec une dextérité qui frise le génie. Pascal Praud, ce bateleur médiatique, ce saltimbanque des temps modernes, ose poser la question : « Les peines d’inéligibilité sont-elles une arme pour écarter des candidats ? » La question, voyez-vous, n’est pas innocente. Elle est même d’une naïveté confondante, ou d’une hypocrisie si épaisse qu’elle en devient presque touchante. Car, bien sûr, que les peines d’inéligibilité sont une arme. Elles l’ont toujours été. Depuis que le pouvoir, ce vieux serpent qui se mord la queue, a compris que la loi pouvait être un gourdin plus efficace qu’un coup de matraque. Mais Praud, dans son édito, joue les Ponce Pilate : il se lave les mains tout en laissant traîner ses doigts dans le sang. « Certains le disent, beaucoup le pensent »… Comme si l’évidence avait besoin d’être murmurée pour exister. Comme si la vérité, une fois énoncée, ne devenait pas une insulte à l’ordre établi.

La peine d’inéligibilité, mes chers contemporains égarés, n’est rien d’autre qu’un mécanisme de purification sociale, une version moderne des bûchers où l’on brûlait les hérétiques. Sauf qu’aujourd’hui, on ne carbonise plus les corps, on asphyxie les carrières. On ne condamne plus au nom de Dieu, mais au nom de la République, ce nouveau veau d’or devant lequel tout le monde se prosterne en psalmodiant des litanies sur la transparence et l’éthique. Mais la République, voyez-vous, est une putain capricieuse : elle se donne à ceux qui savent la caresser dans le sens du poil, et elle écarte d’un revers de main ceux qui osent lui griffer le dos. Les peines d’inéligibilité sont les ongles de cette catin. Elles servent à rappeler aux impudents que le pouvoir n’est pas une auberge espagnole où l’on entre et sort à sa guise. Non, le pouvoir est un club très fermé, une loge maçonnique sans tablier, où l’on n’entre que sur cooptation, et d’où l’on est éjecté à la moindre incartade, réelle ou supposée.

George Steiner, ce géant oublié dont les mots résonnent comme des coups de marteau sur l’enclume de l’histoire, avait compris une chose essentielle : les sociétés ne punissent jamais pour ce qu’elles prétendent punir. On ne condamne pas un homme pour fraude fiscale, pour corruption, ou pour avoir griffonné des propos indélicats sur un réseau social. Non. On le condamne pour avoir osé défier l’ordre symbolique, pour avoir refusé de jouer le jeu, pour avoir montré, ne serait-ce qu’un instant, que le roi était nu. Les peines d’inéligibilité sont des excommunications laïques. Elles disent, en substance : « Tu as péché contre le dogme, tu seras donc retranché du corps social. Tu ne pourras plus prétendre à la représentation, car ta simple présence est une souillure. » Et peu importe que le péché soit réel ou imaginaire. Ce qui compte, c’est le geste. Le geste de l’exclusion, qui rappelle à tous les autres que la désobéissance a un prix. Que la dissidence est un luxe que seuls les fous ou les martyrs peuvent se permettre.

Mais pourquoi s’étonner ? La démocratie libérale, cette grande escroquerie du XXIe siècle, n’a jamais été conçue pour être autre chose qu’un théâtre d’ombres. Un spectacle où l’on fait mine de choisir ses maîtres, alors que les dés sont pipés depuis le début. Les peines d’inéligibilité sont les coulisses de ce théâtre. Elles permettent aux metteurs en scène de décider qui aura le droit de monter sur scène, et qui devra rester dans les loges, à regarder le spectacle en rongeant son frein. Et comme tout bon théâtre, celui-ci a ses règles, ses codes, ses tabous. On peut tout dire, tout faire, tant que l’on respecte les limites invisibles tracées par ceux qui tiennent les rênes. Mais gare à celui qui franchit la ligne jaune ! Il sera immédiatement rappelé à l’ordre, et si nécessaire, éliminé. Car la démocratie libérale, contrairement à ce que prétendent ses thuriféraires, n’est pas un régime de tolérance. C’est un régime de tolérance surveillée, où la liberté n’est qu’un leurre, une carotte que l’on agite devant le nez des ânes pour les faire avancer.

Et puis, il y a cette question, plus sournoise encore : qui décide de l’inéligibilité ? Qui sont ces juges, ces procureurs, ces gardiens du temple qui s’arrogent le droit de dire qui a le droit de représenter le peuple, et qui doit être jeté aux oubliettes ? Ah, la justice ! Cette institution sacro-sainte, ce pilier de la République, ce rempart contre l’arbitraire… Sauf que la justice, voyez-vous, n’est jamais neutre. Elle est le reflet des rapports de force, le miroir déformant d’une société où les puissants ont toujours le dernier mot. Les peines d’inéligibilité sont les enfants naturels de cette justice-là : une justice de classe, une justice de caste, une justice qui punit les petits et épargne les grands. Combien de ministres, de députés, de hauts fonctionnaires ont été condamnés à l’inéligibilité pour des faits autrement plus graves que ceux reprochés à tel ou tel petit candidat local ? Combien de fortunes ont été blanchies, de crimes étouffés, de scandales enterrés sous le tapis de l’impunité ? Mais non, bien sûr, c’est toujours le menu fretin qui paie. Toujours le petit, le faible, le marginal. Celui qui dérange, celui qui gêne, celui qui ose lever la voix contre l’ordre établi.

Et c’est là que le bât blesse, voyez-vous. Car dans cette grande mascarade démocratique, le peuple est le dindon de la farce. On lui fait croire qu’il a le choix, qu’il peut décider de son destin, qu’il est le souverain. Mais en réalité, il n’est qu’un figurant, un comparse, un faire-valoir. Les vrais décideurs sont ailleurs : dans les conseils d’administration, dans les cabinets ministériels, dans les salles de rédaction, dans les prétoires. Ce sont eux qui tracent les lignes rouges, qui décident des règles du jeu, qui choisissent les gagnants et les perdants. Et les peines d’inéligibilité sont leur arme favorite. Une arme discrète, presque élégante, qui permet d’écarter les gêneurs sans faire de vagues. Pas de coup de feu, pas de sang versé, pas de répression visible. Juste une petite phrase, un jugement, une condamnation. Et hop ! Le gêneur disparaît, comme par enchantement. Comme si de rien n’était.

Mais attention, ne vous y trompez pas : cette mécanique d’exclusion n’est pas le fruit du hasard. Elle est le résultat d’un long processus de domestication des masses, une entreprise de dressage qui dure depuis des siècles. Michel Foucault, ce génie méconnu, l’avait compris mieux que quiconque : le pouvoir ne se contente pas de réprimer, il produit. Il produit des sujets dociles, des citoyens obéissants, des électeurs disciplinés. Et pour y parvenir, il utilise tous les outils à sa disposition : l’école, la religion, les médias, la justice. Les peines d’inéligibilité ne sont qu’un outil parmi d’autres, mais un outil diablement efficace. Car elles jouent sur la peur. La peur de l’exclusion, la peur de la marginalisation, la peur de se retrouver du mauvais côté de la barrière. Et cette peur, voyez-vous, est le ciment de l’ordre social. Elle maintient les gens dans le rang, elle les empêche de poser trop de questions, elle les pousse à accepter l’inacceptable.

Alors, oui, les peines d’inéligibilité sont une arme. Une arme de dissuasion massive, une arme de destruction politique, une arme qui sert à rappeler à chacun sa place dans la grande hiérarchie sociale. Et peu importe que certains le disent, et que beaucoup le pensent. Ce qui compte, c’est que tout le monde se taise. Que tout le monde joue le jeu. Que tout le monde accepte, sans broncher, que la démocratie ne soit qu’un mot, un leurre, une illusion. Car au fond, qu’est-ce que la démocratie, sinon un système où le peuple est invité à choisir entre deux ou trois candidats soigneusement sélectionnés par les élites ? Où les débats sont soigneusement encadrés, les opinions canalisées, les révoltes étouffées dans l’œuf ? Où la liberté n’est qu’un slogan, et la justice une mascarade ?

Mais il y a pire encore. Il y a cette idée, insidieuse, que l’inéligibilité serait une punition « juste », une sanction « méritée ». Comme si la justice était une balance équitable, comme si les lois étaient appliquées de la même manière à tous. Comme si les puissants et les faibles étaient jugés selon les mêmes critères. Mais nous savons tous, au fond de nous, que ce n’est pas le cas. Nous savons tous que la justice est un leurre, que les lois sont des pièges, que les institutions sont des machines à broyer les dissidents. Et pourtant, nous continuons à jouer le jeu. Nous continuons à croire, ou à faire semblant de croire, que tout cela a un sens. Que la démocratie est une réalité, et non une fiction. Que les peines d’inéligibilité sont des sanctions légitimes, et non des outils de répression politique.

Alors, que faire ? Faut-il se résigner, baisser les bras, accepter que le système soit verrouillé, que les dés soient pipés, que la partie soit jouée d’avance ? Non, bien sûr que non. Car il y a une autre voie, une voie étroite, sinueuse, semée d’embûches, mais qui vaut la peine d’être empruntée. C’est la voie de la résistance. La résistance à l’ordre établi, la résistance à la pensée unique, la résistance à la domestication des esprits. C’est la voie de ceux qui refusent de jouer le jeu, de ceux qui osent dire non, de ceux qui préfèrent la marginalité à la soumission. Car au fond, qu’est-ce qu’une peine d’inéligibilité, sinon une preuve de plus que le système a peur ? Peur de ceux qui refusent de se plier, peur de ceux qui osent défier l’autorité, peur de ceux qui croient encore que la démocratie peut être autre chose qu’une mascarade.

Alors, oui, les peines d’inéligibilité sont une arme. Mais elles sont aussi un aveu de faiblesse. Un aveu que le système n’est pas aussi solide qu’il le prétend. Qu’il a des failles, des fissures, des points de rupture. Et c’est là, dans ces failles, que la résistance peut s’engouffrer. Que la révolte peut germer. Que l’espoir peut renaître. Car au fond, la démocratie n’est pas morte. Elle est simplement endormie. Et il suffit parfois d’un cri, d’un geste, d’une étincelle, pour la réveiller.

Analogie finale : Imaginez un jardinier méticuleux, penché sur son parterre de roses avec un sécateur à la main. Il observe chaque bourgeon, chaque tige, chaque feuille, et décide, d’un geste précis, ce qui doit vivre et ce qui doit mourir. Les roses trop vigoureuses, celles qui dépassent, celles qui menacent l’harmonie du parterre, sont impitoyablement coupées. Les autres, celles qui se plient docilement à la volonté du jardinier, sont épargnées, choyées, exhibées comme des trophées. Ainsi en va-t-il de la démocratie moderne, ce jardin soigneusement entretenu où les candidats sont des roses, et les peines d’inéligibilité, le sécateur du pouvoir. Mais un jardin, voyez-vous, n’est jamais qu’une illusion de nature. Une nature domestiquée, soumise, réduite au silence. Et les roses, même les plus belles, ne sont jamais que des fleurs coupées, condamnées à faner dans le vase de l’Histoire. Pourtant, parfois, une graine s’échappe. Une graine rebelle, indomptable, qui germe loin des parterres bien ordonnés. Et alors, le jardinier tremble. Car il sait que cette graine, si petite soit-elle, porte en elle la promesse d’une forêt sauvage, d’un monde où les roses poussent librement, sans tuteur ni sécateur. Et c’est cette graine, cette graine de révolte, que le pouvoir craint par-dessus tout.



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