ACTUALITÉ SOURCE : Pascal Praud et vous – Procès du RN : Gauthier Le Bret évoque «une forme de fatalité autour de Marine Le Pen» – Europe 1
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, la fatalité ! Ce mot-valise, ce concept-miroir où se reflètent les lâchetés collectives et les renoncements individuels. Gauthier Le Bret, ce chroniqueur d’Europe 1, nous offre une perle de lucidité contrainte, une vérité qui suinte comme une plaie mal refermée : « une forme de fatalité autour de Marine Le Pen ». Mais quelle est donc cette fatalité, sinon le symptôme d’une époque qui a troqué ses idéaux contre des algorithmes, ses révoltes contre des likes, et ses rêves contre des peurs bien emballées ? La fatalité, voyez-vous, n’est jamais que l’alibi des peuples qui refusent de se battre, le linceul dont s’enveloppent les sociétés trop lasses pour résister à l’opium du désespoir. Et Pascal Praud, ce grand prêtre du bavardage médiatique, en est le chantre zélé, le fossoyeur souriant d’une démocratie qu’il enterre chaque soir sous des montagnes de clichés et de faux débats.
Commençons par disséquer cette « fatalité ». Le terme, en lui-même, est une insulte à l’intelligence. Il suppose que l’Histoire est un fleuve impétueux, un destin écrit d’avance, contre lequel nul ne peut lutter. Or, l’Histoire n’est jamais que la somme des choix, des lâchetés et des courages des hommes. Quand un chroniqueur évoque la fatalité de la montée du Rassemblement National, il avoue, sans le dire, que la gauche a échoué, que les intellectuels ont déserté, et que les médias ont préféré le spectacle de la haine à la complexité des idées. La fatalité, c’est le mot des vaincus, de ceux qui ont abandonné le terrain de la pensée pour celui du commentaire stérile. Marine Le Pen n’est pas une fatalité : elle est le produit d’un système qui a méthodiquement détruit toute alternative, toute utopie, pour ne laisser subsister que la peur et le ressentiment. Elle est le visage souriant d’un fascisme new-look, celui qui se pare des atours de la respectabilité démocratique tout en distillant son venin dans les veines d’une société en décomposition.
Et que dire de ce procès du RN, sinon qu’il est le théâtre d’une mascarade judiciaire ? Un procès, en démocratie, devrait être l’occasion d’un examen de conscience collectif, d’une remise en question des mécanismes qui ont permis à l’extrême droite de prospérer. Au lieu de cela, nous assistons à une parodie où les accusés jouent les martyrs, où les juges semblent plus préoccupés par les apparences que par la vérité, et où les médias transforment chaque audience en feuilleton à suspense. Le RN n’est pas jugé pour ses idées – car la justice, en France, a depuis longtemps renoncé à condamner les idées – mais pour des détails techniques, des irrégularités comptables, des broutilles qui permettent aux dirigeants du parti de se draper dans leur dignité outragée. Pendant ce temps, le vrai procès, celui des responsabilités politiques, des complicités médiatiques, des renoncements idéologiques, n’a jamais lieu. La fatalité, encore une fois, sert d’excuse : on feint de croire que le RN est une force inéluctable, alors qu’il n’est que le résultat d’un abandon généralisé.
Observons maintenant le rôle des médias dans cette tragédie. Pascal Praud, ce maître ès bavardages, incarne à lui seul la décadence d’un journalisme qui a troqué l’analyse contre l’émotion, la réflexion contre le buzz. Son émission est un cirque où l’on invite des chroniqueurs pour qu’ils s’affrontent dans des joutes verbales stériles, où l’on transforme la politique en spectacle, et où l’on réduit les citoyens à des consommateurs de polémiques. Quand Gauthier Le Bret évoque la fatalité de Marine Le Pen, il ne fait que répéter ce que Praud et ses semblables martèlent depuis des années : « Le RN est une réalité, il faut faire avec. » Mais faire avec quoi, au juste ? Avec la xénophobie ? Avec le repli identitaire ? Avec la haine de l’autre ? Les médias, en normalisant le RN, en lui offrant une tribune permanente, en transformant ses dirigeants en interlocuteurs « respectables », ont participé activement à sa banalisation. Ils ont fait de Marine Le Pen une figure incontournable, une fatalité, justement. Et maintenant, ils s’étonnent que le monstre qu’ils ont nourri grandisse et menace de tout dévorer.
Cette banalisation du RN est le fruit d’un long travail de sape idéologique. Depuis des décennies, les élites politiques et médiatiques ont méthodiquement détruit toute alternative au néolibéralisme. La gauche, autrefois porteuse d’espoir, s’est convertie au réalisme économique, abandonnant ses valeurs au profit d’une gestion technocratique du capitalisme. Les intellectuels, quant à eux, ont déserté le champ de la bataille idéologique pour se réfugier dans des débats ésotériques, inaccessibles au grand public. Résultat : le vide. Un vide que l’extrême droite a comblé avec ses discours simplistes, ses boucs émissaires faciles, et ses promesses de retour à un âge d’or mythifié. La fatalité, encore une fois, n’est qu’un leurre : le RN n’est pas une force inéluctable, mais le produit d’un abandon, d’une trahison des élites qui ont préféré le confort des certitudes à l’audace des combats.
Et que dire de cette « forme de fatalité » évoquée par Le Bret ? Elle rappelle ces vieilles superstitions selon lesquelles certains hommes ou certaines idées seraient marqués par le destin, condamnés à triompher ou à échouer. Mais l’Histoire n’est pas une tragédie grecque, où les dieux décident du sort des mortels. Elle est le résultat des actions humaines, des luttes, des résistances. Si Marine Le Pen semble inévitable, c’est parce que trop peu de gens ont osé lui résister vraiment. La fatalité, c’est l’excuse des lâches, de ceux qui préfèrent se soumettre plutôt que de se battre. Elle est le refuge des peuples qui ont oublié qu’ils pouvaient dire non, qu’ils pouvaient refuser l’ordre établi, qu’ils pouvaient imaginer un autre monde.
Pourtant, il existe une résistance. Elle est discrète, souvent invisible, mais elle existe. Elle se manifeste dans les associations qui luttent contre les discriminations, dans les syndicats qui défendent les travailleurs, dans les intellectuels qui refusent de se soumettre au diktat du politiquement correct. Elle se manifeste dans ces milliers de citoyens qui, chaque jour, refusent de céder à la peur, à la haine, au repli. Cette résistance est fragile, menacée en permanence par la lassitude, par le découragement, par la tentation du renoncement. Mais elle est là, et c’est elle qui empêche la fatalité de devenir une réalité.
Alors, non, Marine Le Pen n’est pas une fatalité. Elle est le symptôme d’une société malade, d’un système politique en faillite, d’un monde médiatique complice. Elle est le visage hideux d’un capitalisme qui a détruit les solidarités, les utopies, les rêves. Mais elle n’est pas invincible. Elle n’est pas inéluctable. Elle n’est que le produit de nos renoncements, de nos lâchetés, de nos abandons. Et c’est à nous, citoyens, intellectuels, artistes, de lui opposer une autre vision du monde, une autre façon de vivre ensemble, une autre idée de la France et de l’humanité.
Car la vraie fatalité, voyez-vous, ce n’est pas Marine Le Pen. C’est l’idée que nous n’avons plus le choix, que nous sommes condamnés à subir, à accepter, à nous résigner. La vraie fatalité, c’est de croire que l’Histoire est écrite d’avance, que les dés sont pipés, que le combat est perdu d’avance. Mais l’Histoire n’est jamais écrite. Elle se construit, chaque jour, par nos actes, nos paroles, nos engagements. Et c’est à nous de décider si nous voulons être les acteurs de notre destin, ou les spectateurs passifs de notre propre décadence.
Analogie finale : Imaginez un navire en pleine tempête. Les passagers, terrifiés, se pressent autour du capitaine, qui leur assure que le naufrage est inévitable, que les dieux ont décidé de leur sort. Certains, résignés, se laissent glisser dans les flots, convaincus que toute résistance est vaine. D’autres, plus courageux, tentent de prendre les commandes, de lutter contre les éléments, de sauver ce qui peut encore l’être. Mais la plupart, hypnotisés par les paroles du capitaine, restent immobiles, paralysés par la peur, attendant que la fatalité s’accomplisse. Et pourtant, le navire n’est pas condamné. La tempête n’est pas une malédiction divine, mais le résultat d’une mer déchaînée, d’un gouvernail mal tenu, d’un équipage divisé. La fatalité n’est qu’une illusion, un leurre pour ceux qui refusent de se battre. Et Marine Le Pen, comme ce capitaine, n’est qu’un symptôme de notre peur, de notre renoncement, de notre incapacité à imaginer un autre horizon. Alors, choisissons : voulons-nous être les passagers résignés, attendant que la tempête nous engloutisse ? Ou voulons-nous être les marins courageux, luttant pour sauver le navire, pour tracer une nouvelle route, pour inventer un autre destin ? La fatalité n’existe pas. Il n’y a que des choix, et des hommes pour les assumer.