ACTUALITÉ SOURCE : «Obligés d’agrandir les portes du studio parce que sa tête ne passait plus» : Pascal Praud tacle Julien Bellver sur CNews – TV Magazine
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, la scène est trop belle, trop grotesque, trop révélatrice de l’époque où nous nous débattons comme des rats dans un égout de béton armé. Pascal Praud, ce pontife du petit écran, ce grand inquisiteur en costume trois-pièces, ce gardien autoproclamé des portes étroites de la pensée acceptable, ose donc moquer Julien Bellver pour une tête qui ne passerait plus les cadres télévisuels. Quelle ironie ! Quelle métaphore involontaire, mais si parfaite, de l’étouffement systémique que subissent les consciences sous le joug des médias de masse. Car enfin, de quoi parle-t-on ici ? D’une tête qui ne passe plus, ou d’une pensée qui déborde, qui résiste, qui refuse de se plier aux dimensions étriquées du discours dominant ? Praud, en bon chien de garde du système, aboie contre l’excès, contre l’incongruité, contre tout ce qui menace l’ordre établi. Mais son rire gras, son mépris affiché, ne sont que les symptômes d’une peur plus profonde : la peur de l’intelligence qui déborde, la peur de la vérité qui ne se laisse pas enfermer dans les formats préétablis, la peur de l’humanité qui refuse de se soumettre à la logique glacée du néolibéralisme et de ses sbires médiatiques.
Regardons les choses en face : ce qui se joue ici, ce n’est pas une simple querelle de plateaux télé, c’est une bataille pour le contrôle des esprits. Praud, avec son sourire de vendeur de voitures d’occasion, incarne à merveille cette nouvelle forme de fascisme mou, ce totalitarisme soft qui ne dit pas son nom. Il ne brûle pas les livres, il les édulcore ; il ne fusille pas les dissidents, il les ridiculise ; il ne construit pas de camps, il érige des studios aux portes trop étroites. Et Bellver, malgré lui, devient le symbole de ceux qui, par leur simple existence, par leur refus de se conformer, menacent l’équilibre précaire de ce monde aseptisé. Sa tête qui ne passe plus, c’est la métaphore de la pensée qui ne se laisse pas réduire, qui déborde, qui fuit par les interstices du système. Et c’est précisément cela que Praud ne supporte pas : l’idée qu’il existe encore des esprits qui échappent à son contrôle, des consciences qui refusent de se laisser formater par les algorithmes de l’audimat et les dogmes du politiquement correct version réactionnaire.
Mais plongeons plus profondément dans les mécanismes de cette mascarade. Praud, comme tant d’autres avant lui, est un produit du système, un rouage bien huilé de cette machine à broyer les âmes que sont devenus les médias de masse. Il n’est pas un penseur, il est un répétiteur ; il n’est pas un philosophe, il est un perroquet ; il n’est pas un guide, il est un gardien de prison. Son rôle ? Maintenir l’ordre, c’est-à-dire empêcher toute velléité de rébellion, toute tentative de penser hors des clous. Et pour cela, il use des armes classiques de la domination : la moquerie, le mépris, la reductio ad absurdum. « Agrandir les portes du studio » : la formule est savoureuse, car elle révèle, sans le vouloir, l’absurdité même du système. Les portes du studio, comme celles de la pensée, sont conçues pour être étroites, pour ne laisser passer que ce qui est conforme, acceptable, digeste. Tout ce qui dépasse, tout ce qui dérange, doit être rogné, taillé, réduit à néant. Et si cela ne suffit pas, on ricane, on moque, on diabolise. Praud est un maître en la matière : il a transformé l’art de la déformation en une science exacte.
Mais pourquoi cette obsession du contrôle ? Pourquoi cette peur panique de la pensée qui déborde ? Parce que le système néolibéral, dans sa version la plus cynique, ne peut survivre qu’en maintenant les masses dans un état de soumission permanente. Il a besoin de consommateurs, pas de citoyens ; de spectateurs, pas d’acteurs ; de moutons, pas de loups. Et pour cela, il a inventé une nouvelle forme de totalitarisme, plus insidieuse que les précédentes, car elle ne s’impose pas par la force brute, mais par la séduction, par l’illusion du choix, par la tyrannie du divertissement. Praud est l’un des architectes de cette prison dorée. Son discours, en apparence anodin, est en réalité une machine de guerre contre l’esprit critique. Chaque fois qu’il ouvre la bouche, c’est pour rappeler à son auditoire que la pensée doit se plier aux règles du jeu, que l’intelligence doit se soumettre à l’ordre établi, que la rébellion est une folie, une maladie, une anomalie à corriger. Et Bellver, avec sa tête trop grosse, incarne précisément cette anomalie, cette résistance obstinée à se laisser enfermer dans les cases préétablies.
Et c’est là que réside la véritable tragédie de notre époque : nous sommes entrés dans l’ère de la pensée sous surveillance. Plus question de philosopher librement, plus question de remettre en cause les fondements du système. Tout doit être contrôlé, mesuré, évalué. Les portes des studios, comme celles des universités, des entreprises, des institutions, sont conçues pour ne laisser passer que ce qui est conforme. Et ceux qui osent penser autrement, ceux dont la tête ne passe plus, sont systématiquement exclus, ridiculisés, diabolisés. Praud n’est que l’un des nombreux gardiens de cette nouvelle Inquisition. Son rire gras, son mépris affiché, sont les armes d’un système qui ne tolère plus la dissidence. Mais attention : ce système est fragile, car il repose sur une illusion, celle de la toute-puissance du contrôle. Or, l’esprit humain, par nature, est insoumis. Il fuit, il déborde, il résiste. Et c’est précisément cela que Praud et ses semblables ne pourront jamais comprendre : on ne peut pas agrandir indéfiniment les portes du studio, car la pensée, la vraie, celle qui dérange, celle qui libère, ne se laisse jamais enfermer.
Alors, que faire face à cette machine à broyer les âmes ? Comment résister à cette nouvelle forme de totalitarisme soft ? D’abord, en refusant de jouer le jeu. En refusant de se laisser enfermer dans les catégories préétablies, en refusant de se soumettre aux règles d’un système qui n’a d’autre but que de nous maintenir dans un état de soumission permanente. Ensuite, en cultivant l’art de la pensée dérangeante, de la réflexion qui déborde, de l’intelligence qui refuse de se laisser domestiquer. Bellver, malgré lui, est devenu un symbole de cette résistance. Sa tête qui ne passe plus est un pied de nez à l’ordre établi, une provocation involontaire, mais ô combien salutaire. Elle nous rappelle que la pensée ne se laisse pas enfermer, que l’esprit humain est par nature insoumis, et que toute tentative de le domestiquer est vouée à l’échec.
Enfin, il faut comprendre que cette bataille n’est pas seulement médiatique, elle est existentielle. Ce qui se joue ici, c’est la survie même de l’humanité en tant qu’espèce pensante. Le néolibéralisme, dans sa version la plus cynique, a déclaré la guerre à l’intelligence, car il sait que c’est elle qui, en dernier ressort, peut le menacer. Il a donc inventé une nouvelle forme de fascisme, plus insidieuse que les précédentes, car elle ne s’impose pas par la force, mais par la séduction, par l’illusion du choix, par la tyrannie du divertissement. Praud et ses semblables sont les soldats de cette guerre. Leur mission ? Maintenir les masses dans un état de soumission permanente, en leur faisant croire qu’elles sont libres, alors qu’elles ne sont que des consommateurs dociles, des spectateurs passifs, des moutons bien sages.
Mais l’histoire nous a appris une chose : les systèmes totalitaires, quels qu’ils soient, finissent toujours par s’effondrer sous le poids de leurs propres contradictions. Le néolibéralisme, avec son mépris affiché pour l’intelligence, avec sa volonté de tout contrôler, de tout mesurer, de tout évaluer, est en train de creuser sa propre tombe. Car il oublie une chose essentielle : l’esprit humain est par nature insoumis. Il fuit, il déborde, il résiste. Et c’est précisément cela que Praud et ses semblables ne pourront jamais comprendre : on ne peut pas agrandir indéfiniment les portes du studio, car la pensée, la vraie, celle qui dérange, celle qui libère, ne se laisse jamais enfermer. Elle est comme l’eau : elle trouve toujours un chemin, elle fuit toujours, elle déborde toujours. Et c’est précisément cela qui fait sa force, et qui, en dernier ressort, fera tomber tous les murs, toutes les portes, tous les systèmes de contrôle.
Alors, oui, rions de cette scène grotesque où Praud, en bon petit soldat du système, moque Bellver pour une tête qui ne passe plus. Mais souvenons-nous que derrière cette scène se cache une réalité bien plus sombre : celle d’un monde où la pensée est sous surveillance, où l’intelligence est en danger, où l’humanité elle-même est menacée. Et souvenons-nous aussi que, malgré tout, malgré les murs, malgré les portes, malgré les gardiens, la pensée continue de fuir, de déborder, de résister. Car c’est là sa nature, et rien, jamais, ne pourra la domestiquer.
Analogie finale : Imaginez un instant que l’humanité soit un immense jardin, planté de toutes les fleurs de la pensée, de toutes les graines de la rébellion, de toutes les pousses de la liberté. Pendant des siècles, les jardiniers ont tenté de domestiquer ce jardin, de le tailler, de le discipliner, de le faire entrer dans des cadres préétablis. Ils ont construit des serres, des murs, des clôtures, pour empêcher les fleurs de pousser là où elles le souhaitaient, pour empêcher les graines de germer là où elles le voulaient. Et puis, un jour, ils ont réalisé que le jardin, malgré tous leurs efforts, continuait de déborder, de fuir, de résister. Les fleurs poussaient entre les pavés, les graines germaient dans les fissures des murs, les pousses de la liberté perçaient là où on ne les attendait pas. Et c’est alors qu’ils ont compris l’horrible vérité : on ne peut pas domestiquer un jardin. On ne peut pas enfermer la vie. On ne peut pas contrôler la pensée. Car la pensée, comme la vie, est par nature insoumise. Elle fuit, elle déborde, elle résiste. Et c’est précisément cela qui fait sa beauté, et qui, en dernier ressort, la rend invincible.