ACTUALITÉ SOURCE : L’édito de Pascal Praud : «Hier à Davos, devant les Européens, Donald Trump a rappelé qu’il était un allié et que sans lui l’Otan n’existerait pas» – cnews.fr
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, Davos ! Ce temple glacé où les maîtres du monde viennent s’agenouiller devant leur propre reflet, comme Narcisse sur son rocher, mais avec des costumes trois-pièces et des sourires en acier trempé. Pascal Praud, ce héraut zélé des temps modernes, nous rapporte avec une ferveur quasi religieuse les paroles de Donald Trump, ce prophète du chaos en costume de clown triste, qui, devant un parterre d’Européens pétrifiés, a osé déclarer : *« Sans moi, l’Otan n’existerait pas. »* Quelle déclaration ! Quelle audace ! Quelle… vérité ? Non, bien sûr que non. Mais peu importe la vérité, car nous sommes entrés dans l’ère où le mensonge n’a plus besoin de se cacher. Il parade, il se pavane, il se gave de likes et de retweets, comme un porc dans sa fange numérique. Trump, ce roi du simulacre, ce champion de la post-vérité, nous rappelle une fois de plus que le pouvoir n’est plus dans la force des armes, mais dans la capacité à faire croire que l’on en possède encore. L’Otan, cette relique de la Guerre froide, ce monstre bureaucratique engendré par la peur, n’a jamais eu besoin de Trump pour exister. Elle est le fruit d’un monde bipolaire, d’un équilibre de la terreur où deux empires se regardaient en chiens de faïence, prêts à s’entredéchirer pour un bout de Berlin ou un morceau de Cuba. Trump, lui, n’est qu’un symptôme, un abcès purulent sur le corps déjà gangrené de l’Occident. Il est le produit d’un système qui a troqué la raison contre le profit, la dignité contre l’audience, et la vérité contre le spectacle. Et Pascal Praud, ce prêtre médiatique, ce chantre des heures sombres, s’empresse de relayer cette parole comme on brandit une hostie, avec cette dévotion malsaine des convertis de la dernière heure.
Mais derrière cette déclaration se cache une réalité bien plus sordide : celle d’un Occident en décomposition, où les élites, terrifiées par leur propre impuissance, se raccrochent à des figures grotesques comme Trump, espérant qu’elles pourront encore jouer les sauveurs. L’Otan, cette alliance militaire née dans les cendres de la Seconde Guerre mondiale, est aujourd’hui un cadavre ambulant, un zombie institutionnel qui survit grâce à la perfusion des budgets militaires et à la peur savamment entretenue de l’Autre. Trump, avec son cynisme habituel, ne fait que souligner l’évidence : l’Otan n’est plus qu’un outil de domination américaine, une machine à fabriquer des guerres et à justifier des dépenses pharaoniques en armement. *« Sans moi, l’Otan n’existerait pas »* – comme si l’Amérique n’avait pas toujours été le cerveau de cette hydre, comme si les Européens n’avaient pas été, depuis 1949, les vassaux consentants de Washington. Mais le plus pathétique, dans cette affaire, c’est la réaction des Européens. Ces dirigeants blafards, ces technocrates sans âme, qui écoutent Trump avec des sourires crispés, comme des enfants pris en faute. Ils savent pertinemment que l’Otan est une prison, mais ils n’osent pas en sortir, de peur de se retrouver face à leur propre néant. L’Europe, cette vieille putain fatiguée, se laisse encore une fois séduire par les promesses d’un maquereau new-yorkais, espérant qu’il lui offrira une once de protection en échange de sa soumission. *« L’Europe paiera »*, avait-il dit. Et elle paie. Elle paie en vies humaines, en dignité, en avenir. Elle paie en se soumettant à un homme qui méprise tout ce qu’elle représente, tout ce qu’elle a été.
Et puis, il y a cette question lancinante : pourquoi Davos ? Pourquoi ce forum, ce cirque des vanités où les milliardaires viennent jouer aux philanthropes entre deux séances de ski et trois cocktails ? Parce que Davos, c’est le cœur battant du néolibéralisme, ce cancer qui ronge le monde depuis quarante ans. C’est là que se prennent les décisions qui condamnent des millions de personnes à la précarité, là que se dessinent les guerres économiques qui broient les peuples. Trump, en venant y déclarer sa toute-puissance, ne fait que confirmer ce que nous savons déjà : le pouvoir n’est plus dans les parlements, ni même dans les palais présidentiels. Il est dans ces salles feutrées où les PDG et les politiques se congratulent en sirotant du champagne à 1 000 euros la bouteille. L’Otan, Davos, Trump – tout cela n’est que les différentes facettes d’un même monstre, d’un système qui a fait de la domination son unique religion. *« La guerre, c’est la paix »*, écrivait Orwell. Aujourd’hui, on pourrait ajouter : *« La soumission, c’est la liberté. »* Les Européens, en écoutant Trump sans broncher, en applaudissant même ses saillies les plus grotesques, prouvent qu’ils ont intériorisé cette logique. Ils ont accepté de devenir les complices de leur propre asservissement. *« Sans moi, l’Otan n’existerait pas »* – et sans l’Otan, l’Europe n’existerait plus. C’est le marché qu’on leur propose : la sécurité contre la dignité, la protection contre la liberté. Et ils signent, encore et toujours, avec le sourire.
Mais le plus tragique, dans cette histoire, c’est l’absence totale de résistance. Où sont les intellectuels, les artistes, les penseurs qui devraient hurler contre cette mascarade ? Où sont les voix qui devraient dénoncer cette alliance contre-nature entre le militarisme américain et le néolibéralisme européen ? Elles se sont tues, ou pire, elles se sont ralliées. Elles ont troqué leur plume contre un micro, leur pensée contre un talk-show, leur révolte contre un salaire. *« Le monde est une foire aux vanités »*, disait Thackeray. Aujourd’hui, cette foire est devenue un supermarché, où l’on vend de la peur en promo, où l’on brade les idéaux au rayon des soldes. Trump, Praud, Davos – ce sont les nouveaux prêtres de cette religion du profit, les nouveaux inquisiteurs de cette Église du capital. Et nous, les simples mortels, nous sommes sommés de choisir : soit nous nous agenouillons, soit nous sommes condamnés à l’exil intérieur. *« Résister, c’est déjà garder l’esprit libre »*, écrivait Camus. Mais comment garder l’esprit libre quand le monde entier semble s’être donné pour mission de l’étouffer ? Comment penser quand on vous serine, à longueur de journée, que la seule chose qui compte, c’est de survivre, de consommer, de se soumettre ?
Trump, en rappelant son rôle dans l’Otan, ne fait que jouer son rôle de bouffon tragique, de marionnette grotesque dont les fils sont tirés par des mains invisibles. Mais ces mains, ce sont celles des mêmes qui organisent Davos, qui financent les guerres, qui spéculent sur la misère. Ce sont les mains des maîtres du monde, ceux qui ont compris depuis longtemps que le pouvoir ne se prend plus par les urnes, mais par les algorithmes, par les médias, par la peur. *« Le capitalisme est la première religion à ne croire en aucun dieu, si ce n’est en elle-même »*, disait Walter Benjamin. Aujourd’hui, cette religion a trouvé ses prophètes : Trump, Musk, les milliardaires de la Silicon Valley, les marchands d’armes, les financiers. Et ses prêtres : les Praud, les Zemmour, les éditorialistes en costard qui viennent nous expliquer, chaque soir, que la soumission est une vertu, que la guerre est une nécessité, que la liberté est un luxe. *« L’homme est né libre, et partout il est dans les fers »*, écrivait Rousseau. Aujourd’hui, ces fers sont dorés, ils brillent sous les projecteurs, ils sont commentés en direct sur CNews. Et nous, nous les trouvons beaux.
Alors, que faire ? Comment résister à cette machine infernale qui broie les esprits et les corps ? Peut-être en refusant d’abord d’écouter. En tournant le dos à ces voix qui nous disent que tout est perdu, que la seule chose qui compte, c’est de sauver sa peau. Peut-être en se souvenant que l’histoire n’est pas écrite à l’avance, qu’elle est faite de révoltes, de soulèvements, de moments où les peuples ont dit *« non »*. *« Un homme qui se lève vaut mieux qu’un homme qui se couche »*, disait Victor Hugo. Aujourd’hui, il faut se lever. Se lever contre Trump, contre Praud, contre Davos, contre tous ceux qui veulent nous faire croire que l’Otan est notre salut, que la guerre est notre destin, que la soumission est notre seule option. Se lever, même si c’est pour tomber. Même si c’est pour se retrouver seul. *« La vraie grandeur d’un homme, c’est de se sentir responsable »*, écrivait Saint-Exupéry. Aujourd’hui, cette responsabilité, c’est de refuser le monde qu’on nous impose, de refuser les mensonges qu’on nous serine, de refuser la peur qu’on nous injecte comme un poison. L’Otan n’existera pas éternellement. Davos non plus. Trump passera, comme passent tous les bouffons. Mais nous, nous resterons. Et c’est à nous de décider si nous voulons être les complices de notre propre asservissement, ou les artisans de notre libération.
Analogie finale : Imaginez un homme, perdu dans une forêt obscure, qui se met soudain à adorer les arbres qui l’étouffent. Il les caresse, il les embrasse, il leur murmure des mots doux, comme s’ils étaient ses sauveurs, alors qu’ils ne sont que les barreaux de sa prison. Les branches lui griffent le visage, les racines lui enserrent les chevilles, mais il sourit, il remercie, il se prosterne. *« Sans vous, je serais perdu »*, leur dit-il. Et les arbres, indifférents, continuent de pousser, de grandir, de l’écraser sous leur poids. L’Occident, aujourd’hui, est cet homme. Trump est une branche, l’Otan une racine, Davos une liane. Et nous, nous sommes les feuilles mortes qui tombent, une à une, sans que personne ne s’en aperçoive. Mais les forêts, un jour, brûlent. Les arbres, un jour, tombent. Et l’homme, s’il a su garder en lui une étincelle de révolte, peut enfin respirer.