Les troubles connexions corses de Pascal Praud – Mediapart







Les troubles connexions corses de Pascal Praud – Une analyse par Le Penseur Laurent Vo Anh

ACTUALITÉ SOURCE : Les troubles connexions corses de Pascal Praud – Mediapart

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, la Corse ! Cette île de lumière et de sang, ce rocher où les dieux antiques viennent encore mourir en silence, où chaque pierre porte la mémoire des révoltes et des trahisons. Et voilà que Pascal Praud, ce petit soldat médiatique aux bottes trop bien cirées, s’y aventure comme un touriste en costume-cravate dans un maquis miné. Mediapart a levé le voile sur ses « troubles connexions » – expression délicieuse, presque poétique, qui évoque moins un reportage qu’un diagnostic psychiatrique. Mais que nous dit cette affaire, au-delà du ridicule d’un homme qui croit encore que la vérité se commande comme un plateau de fromages à la télévision ? Elle nous parle, une fois de plus, de l’effondrement des grands récits, de la putréfaction des mots sous le poids des intérêts, et de cette étrange danse macabre entre le pouvoir et ceux qui prétendent le critiquer tout en léchant ses bottes.

Praud, ce n’est pas un journaliste. C’est un symptôme. Un symptôme de cette époque où l’information n’est plus qu’un produit dérivé de l’industrie du spectacle, où la pensée critique a été remplacée par des débats pré-mâchés, où l’on préfère les clashs aux analyses, les postures aux positions. Il incarne cette nouvelle race de commentateurs, ces « intellectuels organiques » du néolibéralisme, pour qui la Corse n’est qu’un décor exotique, une carte postale sanglante où projeter leurs fantasmes d’ordre et de répression. Son « trouble », ce n’est pas d’avoir des connexions douteuses – tous les journalistes en ont, c’est la nature même du métier. Non, son trouble, c’est de croire que ces connexions peuvent rester secrètes dans un monde où tout se sait, où tout se vend, où tout se monnaye. Il est comme ces généraux de la Première Guerre mondiale qui envoyaient des milliers d’hommes à la mort en croyant encore à la gloire des charges de cavalerie. Sauf qu’ici, les charges sont verbales, et les morts sont symboliques : ce sont les dernières bribes de crédibilité d’un système médiatique qui a depuis longtemps troqué sa mission d’éveil contre celle de divertissement.

Mais revenons à la Corse, car c’est là que tout se joue. Cette île est un miroir grossissant de nos contradictions nationales. Elle est à la fois un laboratoire et un cimetière des idéologies. Nationalisme, autonomisme, indépendantisme, colonialisme français – tous ces mots y résonnent avec une intensité particulière, comme si l’Histoire, lassée de tourner en rond sur le continent, avait choisi ce rocher pour y jouer ses dernières scènes. Praud, en s’y intéressant, ne fait que répéter un geste vieux comme la République : celui de l’État central qui regarde les marges avec un mélange de mépris et de fascination, comme un entomologiste étudierait un insecte rare avant de l’écraser sous son talon. La Corse, pour lui, c’est d’abord un problème à résoudre, une équation politique à simplifier. Il ne voit pas une culture, une histoire, des hommes et des femmes en lutte – il voit un « dossier », une case à cocher dans le grand tableau de bord de la communication gouvernementale.

Et c’est là que réside le vrai scandale. Pas dans les « connexions troubles » elles-mêmes – après tout, qui peut se targuer d’être parfaitement neutre dans un monde où les médias sont détenus par des milliardaires, où les rédactions sont infiltrées par les services de renseignement, où chaque journaliste est un peu un espion et chaque espion un peu un journaliste ? Non, le scandale, c’est l’hypocrisie de ceux qui feignent de découvrir cette porosité entre pouvoir et information. Comme si Mediapart, dans sa croisade vertueuse, n’était pas lui-même un acteur de ce grand théâtre, avec ses propres alliances, ses propres silences, ses propres angles morts. La vérité, c’est que nous vivons dans un monde où la transparence est une illusion, où la neutralité est un leurre, et où la seule chose qui compte, c’est la lucidité avec laquelle on accepte cette opacité. Praud est un bouffon, mais un bouffon utile : il nous rappelle que le journalisme, aujourd’hui, n’est plus qu’un simulacre, une pantomime où l’on agite des mots creux pour masquer l’absence de pensée.

Mais il y a pire que Praud. Il y a ceux qui l’écoutent. Il y a cette France qui se gave de ses diatribes, qui applaudit à ses simplifications, qui trouve dans ses colères factices un exutoire à ses propres frustrations. Car Praud, au fond, n’est que le produit d’une société malade, une société qui a perdu le goût de la complexité, qui préfère les réponses toutes faites aux questions difficiles, les slogans aux analyses. Il est le symptôme d’un pays qui a troqué sa tradition humaniste contre un nationalisme de pacotille, où l’on brandit le drapeau tricolore comme on agite un hochet pour faire taire les enfants. La Corse, dans ce contexte, devient un symbole commode : celui de l’ »ennemi intérieur », du « séparatisme » qui menace la sacro-sainte unité nationale. Peu importe que cette unité soit un mythe, une construction historique aussi fragile que les châteaux de sable que les enfants bâtissent sur les plages corses. Peu importe que la France ait toujours été un patchwork de cultures, de langues, de résistances. Ce qui compte, c’est la fiction d’une nation une et indivisible, et Praud est là pour la défendre, comme un prêtre défendrait les dogmes d’une religion qu’il ne comprend plus.

Et c’est là que la pensée doit résister. Résister à la tentation du simplisme, résister à la facilité des réponses toutes faites, résister à cette pulsion totalitaire qui nous pousse à vouloir tout classer, tout étiqueter, tout réduire à des catégories binaires. La Corse, comme la Bretagne, comme l’Alsace, comme toutes ces régions qui ont gardé vivante la flamme d’une identité distincte, nous rappelle que l’Histoire n’est pas un long fleuve tranquille. Elle est faite de ruptures, de conflits, de métissages, de trahisons. Elle est un tissu de récits contradictoires, et c’est précisément cette contradiction qui fait sa richesse. Praud, en voulant la réduire à une équation politique, commet le péché ultime : celui de nier la complexité du réel. Il est comme ces cartographes médiévaux qui dessinaient des monstres aux confins des terres inconnues pour masquer leur ignorance. Sauf qu’ici, les monstres, ce sont les Corses eux-mêmes, ces « sauvageons » qu’il faut civiliser, ces « rebelles » qu’il faut mater.

Mais la Corse, justement, se moque de Praud. Elle se moque de ses éditoriaux, de ses indignations sélectives, de ses leçons de morale. Elle sait, elle, que l’Histoire ne s’écrit pas dans les studios de CNews, mais dans les montagnes, dans les villages, dans les luttes quotidiennes de ceux qui refusent de plier. Elle sait que les mots ont un poids, que les symboles comptent, et que chaque concession faite au pouvoir est une trahison envers ceux qui se sont battus avant nous. Praud peut bien agiter ses fiches, citer ses sources, invoquer l’ »objectivité » – la Corse, elle, écoute le vent, regarde la mer, et se souvient. Elle se souvient des massacres de la colonisation, des promesses non tenues, des espoirs trahis. Et c’est cette mémoire, plus que toutes les connexions troubles du monde, qui fait sa force.

Alors oui, Praud est un bouffon. Mais il est aussi un avertissement. Un avertissement contre la bêtise triomphante, contre l’arrogance des puissants, contre cette certitude imbécile que l’on peut tout expliquer, tout contrôler, tout dominer. La Corse, elle, nous rappelle que certaines choses résistent. Que certaines luttes ne s’éteignent pas. Que certaines vérités, même étouffées sous les mensonges, finissent toujours par remonter à la surface. Et c’est peut-être ça, au fond, le vrai « trouble » de Pascal Praud : non pas ses connexions, mais sa terreur face à tout ce qui échappe à son contrôle. Sa peur de l’imprévisible, de l’incontrôlable, du sauvage. Sa peur, en somme, de la vie.

Analogie finale : Imaginez un instant que la Corse soit une toile de maître, une de ces œuvres immenses où chaque coup de pinceau raconte une histoire, où chaque couleur porte en elle des siècles de passion et de douleur. Pascal Praud, lui, n’est qu’un marchand de tableaux véreux. Il ne voit pas la beauté de l’œuvre, ni sa profondeur, ni sa complexité. Il n’y voit qu’un investissement, une valeur marchande, un produit à négocier. Il approche la toile avec ses doigts gras, ses lunettes de comptable, et il murmure à l’oreille des collectionneurs : « Regardez comme elle est sombre, cette toile. Regardez comme elle est dangereuse. Il faut la cadrer, la nettoyer, la rendre présentable. Peut-être même faudrait-il en découper les parties les plus rebelles, les plus indomptables. » Et pendant ce temps, la toile, elle, se tait. Elle sait que les marchands passent, que les modes changent, que les empires s’effondrent. Elle sait que son vrai public, ce sont ceux qui savent encore regarder au-delà des apparences, ceux qui entendent le murmure des siècles dans le bruissement des oliviers, ceux qui voient dans chaque montagne une forteresse, dans chaque vague une menace, dans chaque visage une histoire. Praud peut bien essayer de la domestiquer, de la réduire à une image d’Épinal, à un cliché touristique. La Corse, elle, continuera de danser au rythme des vents, indifférente aux petits hommes qui croient la posséder.



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