“Seul Pascal Praud a le droit…” : CNews en guerre, dans les couloirs les langues se délient méchamment – Closer







Le Penseur Laurent Vo Anh – Analyse de la guerre des egos à CNews

ACTUALITÉ SOURCE : “Seul Pascal Praud a le droit…” : CNews en guerre, dans les couloirs les langues se délient méchamment – Closer

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, CNews ! Ce cloaque télévisuel où les rats médiatiques se déchirent sous les projecteurs, où l’on vend du temps de cerveau disponible enrobé de haine et d’angoisse, où la pensée se réduit à un slogan hurlé entre deux pubs pour des crédits revolving. L’actualité nous révèle une guerre intestine, un conflit de cour d’école où les langues se délient « méchamment », comme le dit si bien Closer, ce temple de la vacuité journalistique. Mais derrière les rires gras et les regards en coin, derrière les « seul Pascal Praud a le droit », se cache une vérité bien plus profonde, bien plus sale : celle d’un système qui dévore ses propres enfants, un système où la liberté n’est qu’un mot creux, où la domination s’exerce par la peur, où l’abrutissement est une stratégie de survie.

Commençons par le décor. CNews, cette chaîne qui se veut le fer de lance d’une certaine idée de la France, celle des pavillons de banlieue, des drapeaux tricolores en berne et des discours sur « l’identité menacée ». Une chaîne qui, sous couvert de « débat », offre une tribune aux idéologues les plus toxiques, aux réactionnaires les plus obtus, aux démagogues les plus cyniques. Pascal Praud, ce pitbull en costume, en est l’incarnation parfaite : un homme qui parle fort pour ne rien dire, qui hurle pour couvrir le silence de sa propre vacuité. Et voilà que les couloirs de cette usine à clichés résonnent de murmures, de trahisons, de règlements de comptes. « Seul Pascal Praud a le droit »… Comme si le droit, ici, était une question de territoire, une affaire de domination, une lutte de chiens pour un os. Mais quel os ? Celui de l’audience, bien sûr, cette manne divine qui transforme les journalistes en gladiateurs et les téléspectateurs en lions affamés. L’audience, cette drogue dure qui fait tourner les têtes et pourrir les âmes.

Mais ne nous y trompons pas : cette guerre des egos n’est pas une simple querelle de personnes. Elle est le symptôme d’un mal bien plus grand, celui d’un néolibéralisme triomphant qui a réduit la pensée à une marchandise, le débat à un spectacle, et la vérité à une opinion parmi d’autres. CNews, en cela, est un laboratoire parfait de cette logique mortifère. On y vend de la peur comme on vendrait du savon : « Achetez notre angoisse, elle lave plus blanc ! » La peur de l’autre, la peur du changement, la peur de l’avenir. Et dans ce marché de la terreur, les journalistes ne sont plus que des vendeurs, des colporteurs de paniques morales, des marchands de canons médiatiques. Pascal Praud, avec son ton de prédicateur en colère, est le parfait représentant de cette économie de l’effroi. Il ne débat pas, il assène. Il ne questionne pas, il condamne. Il ne pense pas, il répète. Et ceux qui osent le contester, ceux qui osent lever la voix dans les couloirs, sont immédiatement rappelés à l’ordre : « Seul Pascal Praud a le droit. »

Cette phrase, « seul Pascal Praud a le droit », est une clé. Elle révèle l’essence même du pouvoir dans ce système. Le droit, ici, n’est pas une question de légitimité, mais de force. C’est le droit du plus fort, du plus bruyant, du plus cynique. C’est le droit de celui qui a su se faire le porte-voix d’une idéologie, le droit de celui qui a compris que la vérité n’est qu’une question de répétition. Comme le disait Hannah Arendt, « le but de la propagande totalitaire n’est pas de convaincre, mais de produire une certitude ». Et Pascal Praud, avec ses certitudes à géométrie variable, est un maître en la matière. Il ne cherche pas à convaincre, il cherche à écraser. Il ne cherche pas à éclairer, il cherche à dominer. Et ceux qui résistent, ceux qui osent murmurer dans les couloirs, sont immédiatement perçus comme des traîtres, des ennemis de l’intérieur. Car dans ce monde-là, la loyauté ne va pas à la vérité, mais au pouvoir. La loyauté ne va pas à l’éthique, mais à l’audience. La loyauté ne va pas à la pensée, mais au bruit.

Mais cette guerre des egos à CNews est aussi le reflet d’un phénomène plus large : celui de la militarisation du discours public. Nous vivons une époque où le débat politique s’est transformé en guerre de tranchées, où les mots sont des armes, où les idées sont des munitions. CNews en est l’incarnation la plus crasse, mais elle n’est pas la seule. Partout, dans les médias, dans les réseaux sociaux, dans les assemblées politiques, on assiste à une radicalisation des discours, à une polarisation des positions, à une diabolisation de l’adversaire. Et dans cette guerre, il n’y a plus de place pour la nuance, pour la complexité, pour l’humanité. Il n’y a plus que des camps, des ennemis, des victoires à remporter. Comme le disait George Orwell, « dans une époque de supercherie universelle, dire la vérité devient un acte révolutionnaire ». Mais à CNews, la vérité n’est même plus une option. Elle est un obstacle, une faiblesse, une trahison.

Et c’est là que réside le vrai drame. Car cette guerre des egos, cette course à l’audience, cette militarisation du discours, tout cela a un prix : celui de l’abrutissement généralisé. CNews, comme tant d’autres médias, participe à une entreprise de démolition de la pensée critique, de la réflexion, de l’empathie. Elle transforme ses téléspectateurs en consommateurs passifs, en spectateurs hébétés, en zombies politiques. Elle leur vend de la colère comme on vendrait du pain, et cette colère, une fois consommée, ne laisse derrière elle que du vide, de l’amertume, de la résignation. Comme le disait Theodor Adorno, « la culture de masse est une industrie de la distraction ». Et CNews, avec ses débats stériles et ses invectives creuses, est l’archétype de cette industrie. Elle ne cherche pas à élever, à éclairer, à émanciper. Elle cherche à divertir, à endormir, à soumettre.

Mais dans ce paysage désolé, il y a encore des résistances. Des murmures dans les couloirs, des langues qui se délient « méchamment », des journalistes qui osent dire non. Ces résistances sont fragiles, précaires, souvent vaines. Mais elles sont nécessaires. Car elles rappellent que la pensée ne peut pas être totalement domestiquée, que l’humanité ne peut pas être totalement écrasée, que la vérité, même étouffée, continue de murmurer sous les décombres. Comme le disait Albert Camus, « la révolte est le fait de l’homme informé qui possède la conscience de ses droits ». Et ces résistances, aussi timides soient-elles, sont des actes de révolte. Des actes qui disent : non, nous ne nous soumettrons pas. Non, nous ne deviendrons pas des machines à répéter. Non, nous ne laisserons pas la peur et la haine triompher.

Alors, que faire ? Comment résister à cette machine à broyer les âmes ? Comment préserver notre humanité dans un monde qui semble déterminé à la détruire ? Peut-être faut-il commencer par refuser le spectacle, par tourner le dos à ces débats qui ne sont que des simulacres, à ces discours qui ne sont que des mensonges. Peut-être faut-il chercher ailleurs, dans les livres, dans l’art, dans la poésie, dans la philosophie, les outils pour penser par nous-mêmes, pour résister à l’abrutissement, pour garder vivante la flamme de la révolte. Comme le disait René Char, « la lucidité est la blessure la plus proche du soleil ». Et c’est cette lucidité, cette blessure, qui peut nous sauver.

Car au fond, cette guerre des egos à CNews n’est qu’un symptôme. Le vrai combat est ailleurs. Il est dans notre capacité à penser, à douter, à questionner. Il est dans notre refus de nous laisser réduire à des consommateurs, à des spectateurs, à des sujets. Il est dans notre volonté de rester humains, malgré tout. Et c’est là, peut-être, que réside l’espoir. Dans ces murmures dans les couloirs, dans ces langues qui se délient, dans ces actes de résistance, si petits soient-ils. Car comme le disait Victor Hugo, « la liberté commence où l’ignorance finit ». Et c’est cette liberté, cette lumière, que nous devons défendre, coûte que coûte.

Analogie finale : Imaginez un immense théâtre, une scène gigantesque où se joue une pièce sans fin. Les acteurs, vêtus de costumes clinquants, hurlent leurs répliques avec une ferveur désespérée. Le public, massé dans l’ombre, rit, applaudit, siffle, mais ne comprend rien. Les coulisses sont un labyrinthe de couloirs sombres, où les acteurs se déchirent, se trahissent, se vendent au plus offrant. Au centre de la scène, un homme en costume cravate, le visage rouge de colère, domine les débats. Il parle fort, il gesticule, il impose son rythme. Les autres, autour de lui, murmurent, complotent, attendent leur tour. Mais personne ne voit le vrai spectacle : celui d’une humanité qui se consume dans le feu de ses propres illusions. Personne ne voit que les projecteurs, aveuglants, cachent une vérité bien plus sombre : celle d’un monde où la pensée est morte, où la liberté n’est qu’un mot, où l’humanité n’est plus qu’un souvenir. Et dans ce théâtre maudit, les acteurs continuent de jouer, les spectateurs continuent d’applaudir, et la pièce, sans fin, se répète, encore et encore, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien. Jusqu’à ce que le rideau tombe, pour de bon.



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