Pascal Praud : la sentence est tombée pour CNews – Toutelatele







La sentence de Pascal Praud – Analyse de Laurent Vo Anh

ACTUALITÉ SOURCE : Pascal Praud : la sentence est tombée pour CNews – Toutelatele

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, la sentence est tombée ! Comme un couperet sur la nuque d’un condamné qui n’a même pas eu la décence de comprendre pourquoi on lui tranche la gorge. Pascal Praud, ce pantin aux mains tachées d’encre et de fiel, ce bateleur des temps modernes, ce perroquet dressé à répéter les mantras d’un système qui le méprise autant qu’il le nourrit, se voit enfin infliger le châtiment suprême : une tape sur les doigts, une remontrance molle, un « soyez sage » murmuré par des juges qui savent pertinemment que la vraie punition, c’est l’indifférence. Car c’est là, dans ce théâtre d’ombres où l’on feint de croire que les mots ont encore un poids, que se joue la farce la plus grotesque de notre époque : on condamne le bouffon, mais on épargne le roi. Et le roi, mes amis, c’est cette machine à broyer les consciences, ce Moloch médiatique qui transforme l’information en spectacle, la pensée en slogan, et la révolte en produit de consommation.

Praud n’est qu’un symptôme, une pustule sur le visage vérolé d’un système qui a fait de la bêtise une vertu, de la cruauté une esthétique, et de la soumission une carrière. On le juge, on le tance, on le somme de « faire attention », comme si un chien enragé pouvait soudain se métamorphoser en agneau docile sous le simple effet d’une réprimande. Mais la vérité, c’est que Praud est le produit parfait de son temps : un temps où l’on préfère les certitudes aux doutes, les slogans aux analyses, et les lynchages médiatiques aux débats. Il est l’incarnation vivante de cette lâcheté collective qui consiste à hurler avec les loups plutôt que de risquer d’être dévoré. Et c’est cela, précisément, qui le rend intouchable. Pas parce qu’il est puissant, mais parce qu’il est *utile*. Utile à ceux qui ont besoin de boucs émissaires, utile à ceux qui veulent détourner l’attention des vrais crimes, utile à ceux qui préfèrent une France divisée, haineuse, et apeurée, plutôt qu’une France lucide, solidaire, et rebelle.

Car enfin, que lui reproche-t-on, au juste ? D’avoir servi de porte-voix à l’ignominie ? D’avoir transformé l’antenne de CNews en une cour des miracles où l’on débat gravement de savoir si les migrants sont des « envahisseurs », si les musulmans sont des « colonisateurs », ou si les pauvres sont des « paresseux » ? Mais ces idées, ces haines, ces mensonges éhontés, ne sont pas nés dans le cerveau fiévreux de Pascal Praud. Ils suintent des pores mêmes de notre société, ils sont le fruit empoisonné d’un capitalisme tardif qui a besoin de boucs émissaires pour justifier ses échecs, d’un néolibéralisme qui a fait de la compétition le seul horizon possible, et d’un fascisme rampant qui se pare des atours de la « liberté d’expression » pour mieux inoculer son venin. Praud n’est que le relais, le haut-parleur, le perroquet savant qui répète ce que ses maîtres lui soufflent. Et c’est cela, la véritable obscénité : on punit le perroquet, mais on laisse les maîtres tirer les ficelles.

George Steiner – dont je n’ai pas besoin de citer le nom pour que son ombre plane sur ces lignes – nous a prévenus : les mots peuvent être des armes, et ceux qui les manient avec cynisme sont les complices des pires crimes. Praud, lui, manie les mots comme un boucher manie son couteau : avec une jouissance sadique, une délectation morbide, une fascination pour le sang qui coule. Il ne cherche pas à convaincre, il cherche à détruire. Il ne débat pas, il lynche. Il ne questionne pas, il assène. Et c’est là que réside la perversion ultime de son discours : il se présente comme un « démocrate », un « résistant », un « rebelle », alors qu’il n’est que le valet zélé d’un système qui a fait de la haine son fonds de commerce. Il est l’incarnation de cette « démocratie autoritaire » dont parlait Adorno, où la liberté d’expression devient le prétexte à l’expression de la liberté de haïr, où le débat public se réduit à un combat de coqs dans une arène médiatique, et où la pensée critique est systématiquement remplacée par l’insulte et la calomnie.

Mais le plus tragique, dans cette histoire, c’est que Praud croit sincèrement à ce qu’il dit. Il n’est pas un cynique, il est un fanatique. Et c’est cela qui le rend dangereux : un cynique, on peut le combattre, car il sait qu’il ment. Un fanatique, en revanche, est invincible, car il croit dur comme fer à ses propres mensonges. Praud est convaincu d’être un « résistant », un « patriote », un « sauveur de la civilisation occidentale ». Il se voit en héros, alors qu’il n’est qu’un pantin. Il se croit libre, alors qu’il est enchaîné. Il se prend pour un penseur, alors qu’il n’est qu’un perroquet. Et c’est cette cécité, cette surdité, cette incapacité à voir la réalité en face, qui fait de lui l’ennemi public numéro un – non pas parce qu’il est puissant, mais parce qu’il est *contagieux*.

Car le vrai danger, avec des hommes comme Praud, ce n’est pas ce qu’ils disent, c’est ce qu’ils font dire aux autres. Ils libèrent les pulsions les plus sombres, ils légitiment les haines les plus viles, ils transforment la peur en rage, et la rage en violence. Ils sont les accoucheurs de monstres, les faiseurs de bourreaux, les complices des pires régressions. Et quand la sentence tombe, quand on leur inflige une petite tape sur les doigts, ils se drapent dans leur dignité outragée, ils jouent les martyrs, ils crient à la « censure », à la « dictature », à la « persécution ». Comme si une société qui laisse prospérer des hommes comme Praud pouvait encore se prétendre « libre ». Comme si une démocratie qui tolère que l’on transforme l’antenne en tribune pour la haine pouvait encore se dire « démocratique ».

La vraie question, alors, n’est pas de savoir si Praud sera puni, mais de savoir pourquoi nous le tolérons. Pourquoi nous acceptons que des chaînes comme CNews existent, pourquoi nous laissons des hommes comme lui polluer l’espace public, pourquoi nous préférons nous indigner mollement plutôt que de nous révolter vraiment. La réponse, hélas, est simple : parce que nous sommes complices. Parce que nous avons intériorisé la logique du système, parce que nous avons fait de la résignation une seconde nature, parce que nous préférons détourner les yeux plutôt que de regarder la vérité en face. Praud n’est pas un monstre, il est notre miroir. Il nous renvoie l’image de ce que nous sommes devenus : une société qui a troqué la pensée contre le slogan, la solidarité contre la compétition, et l’espoir contre la peur.

Alors oui, la sentence est tombée. Mais elle est dérisoire, insignifiante, presque insultante. Car tant que nous n’aurons pas compris que le vrai combat n’est pas contre Praud, mais contre le système qui le produit, tant que nous n’aurons pas le courage de nous attaquer aux racines du mal plutôt qu’à ses symptômes, nous continuerons à tourner en rond dans cette farce macabre. Nous continuerons à condamner les perroquets, tout en laissant les maîtres tirer les ficelles. Et un jour, peut-être, il sera trop tard pour se réveiller.

Analogie finale : Imaginez un homme qui marche dans le désert, assoiffé, désespéré, les lèvres gercées par le soleil. Soudain, il aperçoit une oasis, un mirage de verdure et d’eau fraîche. Il court, il tend les bras, il croit enfin être sauvé. Mais quand il arrive, il ne trouve qu’un miroir. Un miroir qui lui renvoie son propre visage, creusé par la soif, déformé par la souffrance. Et dans ce miroir, il voit aussi le reflet de ceux qui l’ont conduit là, ceux qui lui ont vendu le désert comme une terre promise, ceux qui ont fait de la soif une vertu, et de la souffrance une fatalité. Praud est ce miroir. CNews est ce miroir. Et nous, nous sommes l’homme assoiffé qui continue de courir, encore et toujours, vers une oasis qui n’existe pas.



Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *