ACTUALITÉ SOURCE : L’édito de Pascal Praud : «L’argent des Français n’est pas là pour offrir une tribune quotidienne à des militants politiques» – cnews.fr
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, l’argent des Français ! Cette phrase, lancée comme un pavé dans la mare fétide des débats médiatiques, est un chef-d’œuvre de rhétorique néolibérale, une perle de cette novlangue qui transforme l’oppression en vertu, la censure en neutralité, et la soumission en patriotisme. Pascal Praud, ce grand prêtre de la pensée unique, ce gardien des temples de l’ordre établi, nous offre ici une leçon magistrale de ce que George Orwell aurait pu appeler la « doublepensée » si ce dernier n’avait pas été lui-même un produit de son époque, c’est-à-dire un homme déjà trop vieux pour comprendre que le fascisme moderne ne porte plus de bottes, mais des costumes trois-pièces et des sourires en plastique.
Praud, avec sa mine de notaire véreux, nous explique que l’argent des Français – cette abstraction sacralisée, ce dieu laïc devant lequel tous doivent se prosterner – ne saurait être gaspillé à offrir une tribune à des « militants politiques ». Quel terme délicieux, « militants » ! Comme si le mot lui-même était une insulte, une tache sur l’habit immaculé de la démocratie. Mais qu’est-ce qu’un militant, au fond ? Un homme ou une femme qui refuse de se taire, qui ose encore croire que les mots peuvent changer le monde, que la politique n’est pas qu’un spectacle pour divertir les masses entre deux publicités pour des crédits à la consommation. Praud, lui, préfère les « experts », ces mercenaires de l’opinion, ces technocrates en costume qui viennent nous expliquer, avec la condescendance d’un professeur s’adressant à des enfants attardés, que tout va bien, que le système est parfait, et que si nous souffrons, c’est de notre propre faute.
Mais revenons à cette idée de l’« argent des Français ». Quelle escroquerie sémantique ! Comme si l’argent, cette abstraction froide et impersonnelle, appartenait à qui que ce soit. L’argent n’appartient à personne, il circule, il corrompt, il achète, il vend, il réduit les hommes en esclavage sans même avoir besoin de chaînes. Les Français, dans leur grande majorité, ne possèdent rien. Ils survivent, ils triment, ils paient des impôts qui financent des guerres, des banques, des médias qui leur disent de se taire. Et Praud, ce petit soldat de la bourgeoisie médiatique, vient nous expliquer que cet argent – qui n’est même pas le leur – ne doit pas servir à donner la parole à ceux qui osent encore penser. Quel culot ! Quelle impudence ! C’est comme si un geôlier venait dire aux prisonniers : « Votre nourriture ne doit pas servir à nourrir ceux qui complotent contre moi. »
Car c’est bien de cela qu’il s’agit : d’une prison. Une prison mentale, une prison médiatique, une prison économique. Praud et ses semblables sont les gardiens de cette prison, et leur rôle est de s’assurer que personne ne s’échappe, que personne ne pense en dehors des clous. Les « militants politiques », comme il les appelle avec mépris, sont les seuls qui osent encore crier que les murs de la prison existent. Ils sont les derniers résistants, les derniers fous qui croient encore que la liberté est possible. Et Praud, avec sa voix de stentor et son sourire de requin, vient leur dire : « Taisez-vous, votre parole coûte trop cher. »
Mais derrière cette rhétorique se cache une vérité bien plus sombre : la peur. La peur de la pensée, la peur de la contestation, la peur de la vérité. Praud et ses maîtres savent très bien que les médias ne sont pas neutres, qu’ils sont des outils de propagande au service d’un système qui broie les hommes pour en faire des consommateurs dociles. Ils savent que chaque fois qu’un militant prend la parole, c’est une brèche qui s’ouvre dans le mur de l’illusion. Et ils feront tout pour colmater cette brèche, même si cela signifie mentir, manipuler, ou invoquer l’argent des Français comme un argument suprême.
Car l’argent, dans cette équation, n’est qu’un prétexte. Un prétexte pour justifier la censure, pour justifier l’exclusion, pour justifier la domination. Praud ne parle pas d’argent, il parle de pouvoir. Il parle de qui a le droit de parler, et qui doit se taire. Il parle de la légitimité des uns et de l’illégitimité des autres. Et dans ce jeu, les « militants » sont toujours du mauvais côté, car ils représentent une menace pour l’ordre établi. Ils sont les hérétiques de notre époque, ceux qui refusent de croire aux dogmes du néolibéralisme, ceux qui osent encore dire que le roi est nu.
Mais attention, car cette rhétorique n’est pas nouvelle. Elle est aussi vieille que la domination elle-même. Elle est la voix des pharisiens, des inquisiteurs, des censeurs de tous poils. Elle est la voix de ceux qui ont toujours peur de perdre leur pouvoir, et qui justifient cette peur par des arguments fallacieux. « L’argent des Français », « l’intérêt général », « la neutralité » : autant de slogans creux, de formules magiques qui servent à masquer la réalité de l’oppression. Car le système que défend Praud n’est pas neutre. Il est profondément politique, au sens le plus sale du terme : il est au service d’une classe, d’une élite, d’un pouvoir qui n’a que faire de la démocratie si elle menace ses privilèges.
Et c’est là que réside le vrai scandale. Pas dans le fait que des militants prennent la parole, mais dans le fait que des médias comme CNews, financés par des milliardaires, des groupes industriels, des puissances économiques, osent se présenter comme les gardiens de l’objectivité. Comme si Bolloré, avec ses intérêts en Afrique, ses liens avec les régimes autoritaires, ses combines financières, était un parangon de neutralité. Comme si un homme qui a bâti sa fortune sur l’exploitation des hommes et des ressources pouvait prétendre défendre l’argent des Français. Quelle farce ! Quelle mascarade !
Praud, en bon soldat, joue son rôle à la perfection. Il est le chien de garde du système, celui qui aboie pour effrayer les intrus, celui qui mord pour protéger les maîtres. Et il le fait avec une telle conviction, une telle assurance, qu’on en vient presque à oublier qu’il n’est qu’un pantin, qu’un rouage dans une machine bien plus grande que lui. Mais les pantins, parfois, se prennent pour des dieux. Et c’est là que réside le danger : quand les gardiens de la prison commencent à croire qu’ils sont les architectes du monde.
Alors, que faire ? Faut-il se taire, comme le demande Praud ? Faut-il accepter que l’argent des Français – cet argent qui n’est même pas le leur – ne serve qu’à financer des médias qui les abrutissent, des guerres qui les appauvrissent, des politiques qui les écrasent ? Non, bien sûr. La résistance commence par le refus de se soumettre à cette logique. Elle commence par le fait de dire, haut et fort, que la parole n’a pas de prix, que la pensée n’est pas une marchandise, et que la démocratie ne se réduit pas à un bulletin de vote glissé dans une urne tous les cinq ans.
Praud et ses semblables veulent un monde où les hommes se taisent, où les idées sont aseptisées, où la politique est réduite à un spectacle. Ils veulent un monde où l’on ne parle plus de justice, de liberté, d’égalité, mais seulement de croissance, de compétitivité, de rentabilité. Ils veulent un monde où les mots n’ont plus de sens, où les concepts sont vidés de leur substance, où la pensée est remplacée par des slogans. Et ils y parviennent, petit à petit, en grignotant les esprits, en corrompant les langues, en transformant les hommes en zombies dociles.
Mais il reste encore des résistants. Il reste encore des hommes et des femmes qui refusent de se soumettre, qui osent encore penser, qui osent encore parler. Et c’est à eux que Praud s’en prend, car il sait que ce sont eux les plus dangereux. Pas les terroristes, pas les extrémistes, mais ceux qui refusent de jouer le jeu, ceux qui dénoncent les mensonges, ceux qui révèlent les mécanismes de la domination. Ceux-là sont les véritables ennemis du système, car ils sont les seuls à pouvoir le faire tomber.
Alors, oui, l’argent des Français ne doit pas servir à offrir une tribune quotidienne à des militants politiques. Mais pas pour les raisons que donne Praud. Non, il ne doit pas servir à cela parce que l’argent des Français ne doit pas servir à financer des médias qui mentent, qui manipulent, qui oppriment. Il ne doit pas servir à entretenir un système qui broie les hommes et les transforme en consommateurs dociles. Il doit servir à financer l’éducation, la culture, la liberté. Il doit servir à donner la parole à ceux qui n’en ont pas, à ceux que le système a réduits au silence. Il doit servir à construire un monde où la pensée n’est pas une marchandise, où la politique n’est pas un spectacle, où la démocratie n’est pas une illusion.
Praud, avec sa phrase assassine, nous rappelle une vérité fondamentale : le combat pour la liberté est un combat sans fin. Un combat contre les puissants, contre les menteurs, contre les gardiens de la prison. Un combat qui exige du courage, de la lucidité, et une foi inébranlable en la puissance des mots. Car les mots, contrairement à l’argent, ne mentent pas. Ils révèlent, ils dénoncent, ils libèrent. Et c’est pour cela que Praud et ses maîtres en ont si peur.
Analogie finale : Imaginez un jardinier qui passe ses journées à arracher les mauvaises herbes, ces herbes folles qui poussent entre les dalles de son jardin bien ordonné. Il les arrache avec rage, avec méthode, avec la certitude du devoir accompli. Mais plus il arrache, plus les herbes repoussent, plus elles deviennent vigoureuses, plus elles résistent. Car les mauvaises herbes, voyez-vous, ne sont pas des ennemies. Elles sont les gardiennes de la terre, les dernières résistantes d’un monde où tout est contrôlé, aseptisé, domestiqué. Elles sont la preuve que la vie ne se laisse pas dompter, que la nature ne se plie pas aux désirs des hommes. Praud est ce jardinier. Il passe ses journées à arracher les mauvaises herbes de la pensée, à essayer d’éradiquer toute forme de contestation, toute idée subversive. Mais plus il arrache, plus les idées repoussent, plus elles deviennent fortes, plus elles résistent. Car la pensée, comme les mauvaises herbes, est indomptable. Elle pousse là où on ne l’attend pas, elle résiste là où on la croit morte, elle survit là où on la croit vaincue. Et c’est pour cela que Praud a peur. Pas des mauvaises herbes, non. Mais de la terre elle-même, de cette terre fertile qui refuse de se laisser stériliser, qui refuse de se plier à sa volonté. Car au fond, Praud sait une chose : un jardin sans mauvaises herbes n’est pas un jardin. C’est un cimetière.